PARIS: Le mouvement de blocage des lycéens, rejoint par les étudiants pour demander davantage de moyens, s'est enflammé jeudi dans plusieurs grandes villes de France, le gouvernement accusant pour sa part la gauche radicale d'être à la manœuvre.
A sept mois de la présidentielle en France, où la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen est donnée comme favorite par les sondages, et dans un climat social électrique en raison de l'inflation et de la flambée des carburants, le dossier est particulièrement sensible.
La mobilisation est partie de plusieurs lycées de banlieue parisienne il y a une semaine avec le soutien affiché de responsables de La France insoumise (LFI, gauche radicale).
Le nombre de blocages ou incidents autour du mouvement des lycées s'est accru pour atteindre jeudi le chiffre de "900 actions" recensées sur tout le territoire français, selon une source sécuritaire.
Tous les départements sont concernés désormais et les services ont constaté depuis mercredi "une accentuation" du phénomène, "une bascule avec un changement de discours, plus radical" et "des violences urbaines aux abords des lycées", selon la même source.
Le mouvement a basculé vers des "violences urbaines", a par ailleurs affirmé le gouvernement, qui s'appuie sur les services de renseignement pour évoquer une "manoeuvre organisée" par la gauche radicale.
Le coordinateur de LFI Manuel Bompard a aussitôt reproché au gouvernement de "sombrer dans le complotisme". "Il est temps que le Premier Ministre renonce à jouer la stratégie du pourrissement et de la provocation", a-t-il dit à l'AFP.
Eclaboussés d'essence
En région parisienne, plus de 200 lycées étaient perturbés, dont une cinquantaine étaient "le théâtre de violences, d’affrontements et de dégradations", selon la Région.
Dans plusieurs villes, des feux ont été allumés devant ou dans les établissements scolaires, des abribus brisés et des mortiers d'artifice et gaz lacrymogènes tirés, ont constaté des journalistes de l'AFP.
A Nantes (ouest), un "incendie volontaire", dont l'origine n'a pas été précisée, a été déclenché dans le hall du lycée Nelson Mandela.
Plusieurs proviseurs ont été molestés ou agressés dans le pays.
A Marseille (sud), deuxième ville de France, un proviseur et son adjoint ont été éclaboussés par de l'essence que des individus mettaient dans des conteneurs, a indiqué le rectorat.
Des pompiers ont été pris à partie alors qu'ils intervenaient sur un feu de détritus devant un lycée. Un de leurs camions a été incendié et un pompier a eu le nez fracturé.
Devant ce même lycée, un journaliste de M6 a également été agressé et blessé au front, et sa caméra cassée, a indiqué le groupe audiovisuel, qui a annoncé porter plainte.
"Chair à canon"
"On manifeste contre les classes surchargées, contre ce gouvernement qui (...) n'investit pas dans du chauffage, des climatisations, les salaires de nos profs", a expliqué à l'AFP Maëlle, lycéenne de 16 ans à Caen (nord-est).
"Les jeunes doivent foutre la merde pour qu'on les entende, on n'a pas d'autre manière", a estimé de son côté Lola, élève de seconde, devant un lycée bloqué à Rennes (ouest).
Appelant à un "acte deux" après la première mobilisation nationale de mardi, les étudiants ont rejoint le mouvement jeudi, avec une trentaine de campus bloqués, selon le syndicat l'Union étudiante.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait dénoncé lundi sur le réseau X une "surenchère irresponsable" d'élus de la France insoumise qui avaient appelé, comme le député Louis Boyard, à "étendre" le mouvement de blocage des lycées.
Le leader LFI et candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon lui avait aussitôt répondu en l'accusant d'avoir "ordonné la répression" du mouvement "avec un arrière-goût raciste évident" et en appelant élus et militants Insoumis à s'"interposer partout où" ils le peuvent.
Les politiques ont multiplié les réactions face à la gestion du mouvement: le patron du Parti socialiste Olivier Faure a fustigé "l'irresponsabilité du gouvernement" tandis que Bruno Retailleau, candidat de droite à la présidentielle, a appelé à faire interdire LFI.
Le candidat centriste Gabriel Attal a de son côté accusé les insoumis "d'utiliser les jeunes comme de la chair à canon".
"L'exploitation cynique des lycéens par LFI et les forces politiques qui veulent tout conflictualiser est scandaleuse. Tout peut déraper très vite", a renchéri son concurrent de centre-droit à la présidentielle Edouard Philippe.





