Les jeunes de l’UNESCO revendiquent leur rôle pour la construction de la paix

Coprésidé par le Ministre et le Directeur général de l'UNESCO, cet événement a constitué le point d'aboutissement d'un travail réalisé par 145 jeunes de 135 pays constituant le Forum des Jeunes de l’UNESCO.
Coprésidé par le Ministre et le Directeur général de l'UNESCO, cet événement a constitué le point d'aboutissement d'un travail réalisé par 145 jeunes de 135 pays constituant le Forum des Jeunes de l’UNESCO.
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Les jeunes de l’UNESCO revendiquent leur rôle pour la construction de la paix

Les jeunes de l’UNESCO revendiquent leur rôle pour la construction de la paix
  • Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’adressait à une jeunesse qu’il décrit comme impatiente d’agir, désireuse de changer le monde et refusant de le recevoir « en héritage » sans participer à sa construction.
  • Une jeunesse qui, au cœur de ses aspirations, porte une ambition simple et pourtant terriblement difficile à réaliser : vivre dans un monde en paix.

PARIS: « Ce siècle est le vôtre, il vous appartient de le fabriquer. » Cette phrase de Jean-Noël Barrot, prononcée à la Sorbonne à l’ouverture de la deuxième édition de la « Fabrique de la diplomatie », résonne comme une invitation et comme une responsabilité.

Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’adressait à une jeunesse qu’il décrit comme impatiente d’agir, désireuse de changer le monde et refusant de le recevoir « en héritage » sans participer à sa construction.

Une jeunesse qui, au cœur de ses aspirations, porte une ambition simple et pourtant terriblement difficile à réaliser : vivre dans un monde en paix.

Cette volonté n’est pas restée au stade des discours. Quelques heures plus tôt, à l’UNESCO, 145 jeunes venus de 135 pays avaient présenté un appel pour une « nouvelle culture de la paix » au XXIe siècle, durant une cérémonie présidée par Jean-Noël Barrot et le directeur général de l’organisation, Khaled El Enany.

Ce texte mérite qu’on s’y arrête, car il dit quelque chose de notre époque et, surtout, de la manière dont une nouvelle génération entend y répondre.

Apprendre à distinguer le désaccord de la haine, développer l’esprit critique, comprendre les différences et savoir dialoguer deviennent des outils de paix aussi importants que les instruments diplomatiques classiques.

Ce qui frappe d’abord, c’est la volonté des jeunes de ne plus se considérer comme de simples destinataires des politiques publiques : ils veulent être des acteurs et des partenaires.

Leur participation aux processus de paix, à la prévention des conflits et à la réconciliation ne devrait plus être symbolique. Ils demandent une place réelle dans les mécanismes de décision, y compris au sein des institutions internationales.

Cette revendication rejoint directement l’appel de Jean-Noël Barrot à « se saisir » du texte, à en devenir les relais et à le faire vivre.

L’UNESCO fête ses quatre-vingts ans

L’Appel va ensuite beaucoup plus loin que la seule diplomatie traditionnelle et rappelle que la paix ne se construit pas uniquement autour des tables de négociation, mais qu’elle se prépare dans les écoles, les universités, les laboratoires, les médias et les espaces numériques.

L’éducation apparaît donc comme une première ligne de défense contre la haine et la division. Apprendre à distinguer le désaccord de la haine, développer l’esprit critique, comprendre les différences et savoir dialoguer deviennent des outils de paix aussi importants que les instruments diplomatiques classiques.

Cette approche paraît particulièrement juste à une époque où une partie des batailles idéologiques se joue sur les écrans, alors que la désinformation, la manipulation et la polarisation peuvent aujourd’hui franchir les frontières en quelques secondes.

Dans ce contexte, défendre une information fiable et un journalisme indépendant devient, lui aussi, un acte de paix.

Autre axe de l’Appel : la science et le savoir comme instruments de rapprochement. La science ouverte, l’accès aux connaissances et la coopération internationale peuvent créer des ponts là où la politique échoue parfois à le faire.

L’Appel souligne d’ailleurs une réalité inquiétante : alors que le nombre d’assassinats de journalistes a fortement augmenté entre 2022 et 2023, le taux d’impunité reste extrêmement élevé.

Comment prétendre, le cas échéant, construire une culture de la paix lorsque ceux qui cherchent à informer sont eux-mêmes menacés ?

Autre axe de l’Appel : la science et le savoir comme instruments de rapprochement. La science ouverte, l’accès aux connaissances et la coopération internationale peuvent créer des ponts là où la politique échoue parfois à le faire.

Mais cela implique de réduire les inégalités d’accès au savoir, qui restent considérables selon les pays et les régions.

La culture et la mémoire occupent également une place centrale. L’Appel refuse que l’histoire devienne une arme supplémentaire pour diviser les peuples et insiste sur la nécessité d’enseigner les conflits à partir de faits établis, d’accepter la pluralité des récits et de préserver le patrimoine culturel.

Enfin, les jeunes s’attaquent à l’un des grands défis de notre temps : l’intelligence artificielle.

Ils ne la rejettent pas, mais demandent au contraire qu’elle soit encadrée afin qu’elle serve la paix plutôt que la division. Ils demandent également à être associés aux décisions qui détermineront l’avenir de technologies appelées à transformer leur vie.

C’est peut-être là que le discours de Jean-Noël Barrot prend tout son sens. « Partez au combat », leur a-t-il lancé, en les appelant à s’armer « des armes de l’esprit » contre les mensonges et les discours de haine, à construire des ponts plutôt que des murs.

L’UNESCO fête ses quatre-vingts ans. Son mandat — « construire les défenses de la paix dans l’esprit des femmes et des hommes » — avait été pensé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Quatre-vingts ans plus tard, le monde a changé, les menaces aussi.

La véritable question est donc de savoir si cet appel restera un beau texte prononcé dans les salons internationaux ou s’il parviendra à entrer dans les écoles, les universités et les associations.