PARIS: À l’heure où le Moyen-Orient connaît une fragile accalmie, Emmanuel Macron s’apprête à entreprendre une tournée de trois jours dans le Golfe, du 19 au 21 octobre, qui le conduira au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar.
Derrière cet itinéraire diplomatique, la principale préoccupation est de maintenir le dialogue avec des partenaires stratégiques exposés aux conséquences d’une guerre qui s’enlise, de préserver la sécurité des approvisionnements énergétiques et de réaffirmer la fiabilité de la France dans une région où les équilibres demeurent particulièrement précaires.
Mais un autre sujet pèsera sur les échanges : celui de la sécurité de l’Arabie saoudite, de nouveau confrontée aux menaces et aux attaques des Houthis.
Si le royaume ne figure pas parmi les étapes du déplacement présidentiel, la question de sa protection est bel et bien présente dans les esprits. Elle rappelle que les tensions régionales ne connaissent pas de frontières étanches et que la vulnérabilité d’un pays du Golfe concerne l’ensemble de ses voisins.
Interrogé sur l’absence de Riyad au programme, l’Élysée a tenu à rappeler que les relations franco-saoudiennes ne se résument pas à un déplacement présidentiel.
Emmanuel Macron a reçu le prince héritier Mohammed ben Salmane à Paris à la fin du mois d’août, à l’occasion d’une visite importante, et les contacts entre les deux capitales sont constants.
Surtout, Paris affirme contribuer depuis le premier jour de la crise à la défense du territoire saoudien. Le président a également annoncé le déploiement de moyens destinés à soutenir la protection des infrastructures pétrolières du royaume.
Le message est clair : la France entend poursuivre son soutien à Riyad, notamment face aux menaces pesant sur les infrastructures stratégiques.
Sur les modalités précises de cette coopération, l’Élysée reste toutefois discret. Les questions de défense et de sécurité figureront au cœur des entretiens, sans que Paris ne dévoile, à ce stade, d’éventuelles décisions ou offres militaires supplémentaires.
La tournée répond aussi à une urgence très concrète : les conséquences de la crise régionale sur l’énergie, qui pèsent lourdement sur le quotidien des Français.
Le détroit d’Ormuz demeure un point névralgique du commerce mondial des hydrocarbures. Sa sécurisation et le rétablissement durable de la libre navigation constituent donc une priorité pour Paris.
Depuis le début du conflit, Macron défend une initiative visant à permettre la reprise de la circulation maritime dans le détroit.
La France présente cette mission comme une démarche neutre et indépendante, destinée à offrir une issue à une crise qui reste dans l’impasse.
Sécuriser les voies d’approvisionnement
Selon l’Élysée, aucun accord définitif sur Ormuz n’a encore été conclu et les discussions engagées depuis plusieurs mois n’ont pas abouti.
Dans ce contexte, les entretiens avec les dirigeants du Golfe auront également une dimension économique très opérationnelle.
Il s’agira de sécuriser les voies d’approvisionnement existantes, d’étudier des itinéraires alternatifs pour contourner les difficultés maritimes et d’obtenir, si possible, des volumes supplémentaires de pétrole et de produits raffinés, notamment de diesel, alors que les besoins en gaz seront également abordés.
Paris espère donc obtenir des engagements susceptibles de renforcer les approvisionnements et d’atténuer indirectement les tensions sur les coûts.
Le lundi 19 octobre, Emmanuel Macron commencera sa tournée au Koweït, où il rencontrera l’émir. Leurs échanges porteront notamment sur la défense, les infrastructures et la santé.
Cette étape revêt une dimension particulière puisque le Koweït, comme Bahreïn, n’avait plus accueilli de chef de l’État français depuis la visite de Nicolas Sarkozy en 2009.
L’après-midi, le président rejoindra les Émirats arabes unis pour s’entretenir avec le cheikh Mohammed ben Zayed. La défense, la sécurité et les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle, seront au centre des échanges.
« Ni paix ni guerre »
Le partenariat franco-émirien dispose déjà d’un important volet économique, illustré par l’accord de coopération de 50 milliards d’euros annoncé lors du Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle en 2025.
L’Élysée entend faire le point sur sa mise en œuvre, dont témoigne notamment le projet de centre de données de CampusIA en Seine-et-Marne, associant des intérêts français et émiratis.
Le mardi 20 octobre, Emmanuel Macron se rendra à Bahreïn pour rencontrer le roi. La situation régionale, les relations économiques et la coopération en matière de défense seront au menu, avec une attention particulière portée aux investissements bahreïniens en France.
Le Qatar constituera enfin le point d’orgue du déplacement. Le président arrivera à Doha dans l’après-midi du 20 octobre pour une visite d’État à l’invitation de l’émir, qui se poursuivra le 21 octobre.
Ce statut donne à cette étape une portée politique et protocolaire particulière. Il s’agira de consolider le partenariat stratégique franco-qatari, de développer les échanges économiques et de défense et de poursuivre la concertation sur les grands dossiers régionaux et internationaux.
Macron participera également, le 21 octobre au matin, à la session plénière du One Planet Sovereign Wealth Fund Network, une coalition de fonds souverains engagés dans la lutte contre le changement climatique, lancée en 2017.
Cette tournée se déroule dans un climat d’incertitude, et Paris estime que l’accalmie observée ces dernières semaines ne suffit pas à dissiper les inquiétudes.
L’Élysée décrit une situation de « ni paix ni guerre », qui entretient le risque d’une nouvelle escalade sans apporter de solution durable, d’autant que les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite rappellent que la protection des infrastructures stratégiques demeure une préoccupation majeure.
Paris entend convaincre ses partenaires que la voie militaire n’a pas permis de sortir de l’impasse, que le dialogue reste indispensable et que la stabilité de chacun dépend aussi de celle de tous les autres.





