PARIS: La France a connu vendredi une nouvelle journée de blocage des lycées, marquée par des tensions et plus de 1.700 interpellations, les organisateurs appelant à la poursuite de la mobilisation mardi faute de "mesures concrètes".
Débuté le 17 septembre dans la région parisienne, le mouvement de protestation s'est progressivement étendu à tout le territoire et s'est enflammé jeudi dans de nombreuses villes de France.
Les services du Premier ministre ont condamné des "violences urbaines" dont il impute la responsabilité à La France insoumise (gauche radicale).
A sept mois de la présidentielle, où la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen est donnée favorite par les sondages, et sous un climat social électrique en raison de la flambée du prix des carburants, le dossier est particulièrement sensible.
Pour la seule journée de vendredi, il y a eu 1.747 interpellations, plus de 5.000 depuis lundi, en lien avec les blocages de lycées, a indiqué en soirée le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.
"Il y a eu 735 établissements concernés par la mobilisation, c'est 30% de moins et nous avons eu des violences urbaines à proximité de 158 établissements: jets de projectiles, prises à partie des forces de l'ordre, des enseignants, de journalistes, de passants...", selon lui.
Acte III mardi
Dans le même temps, le ministre de l'Éducation Édouard Geffray a annoncé, après avoir rencontré les organisateurs du mouvement, le lancement prochain d'un "plan d'action" pour "accélérer le remplacement" des professeurs notamment dans les classes de première et terminale.
Il prévoit aussi, concernant les rythmes scolaires, d'engager "un travail de fond", tout en reconnaissant qu'il ne serait "pas en mesure de prendre une décision pour la rentrée 2027", qui aura lieu après la présidentielle.
L'Union syndicale lycéenne (USL) a réagi en appelant "à continuer la mobilisation (...) et à rejoindre le mouvement de l'acte III mardi", journée de grande manifestation nationale, selon Ryad Rani, le président de ce syndicat étudiant.
Une vaste intersyndicale de l'Éducation nationale a appelé à y participer, "y compris par la grève".
La journée de vendredi a de nouveau été marquée par des violences.
Enseignant aspergé d'essence
A La Ciotat (sud-est), "un enseignant a été aspergé d'essence volontairement, puis agressé physiquement par deux individus", selon les autorités.
Des affrontements entre jeunes et forces de l'ordre ont éclaté dans plusieurs villes, notamment à Strasbourg (est) où les forces de l'ordre sont intervenues sur un campus à la demande de la présidente de l'université, et à Paris.
A Belfort (est), un policier a été violemment frappé par des "émeutiers", selon le ministre de l'Intérieur.
James, élève de seconde à Lille (nord), a déploré "la répression policière extrêmement violente qui forcément attise la colère des lycéens".
"Parce que quand on voit des camarades à nous qui se font frapper, étrangler, éborgner, gazer dans tous les sens, alors qu'on essaie juste de pouvoir avoir un dialogue avec le gouvernement, forcément, ça met en colère."
"Amnesty International dénonce l'usage disproportionné de la force contre les manifestations lycéennes et demande la suspension de l'usage des LBD (lanceur de balles de défense, NDLR)", a déclaré l'organisation dans un communiqué.
L'usage par les forces de l'ordre des LBD, destinés à neutraliser ou tenir à distance un individu sans recourir aux armes à feu, est controversé en raison des blessures graves qu'ils peuvent infliger.
"Le but, c'est de faire des mouvements pacifiques pour se faire entendre et ces casseurs nous desservent complètement en brûlant nos lycées", regrette Maëlle, élève d'un lycée de Bordeaux (sud-ouest), endommagé par un incendie.
Près de 400 lycées (sur les 3.700 dans le pays) sont restés fermés vendredi. Le lycée Mandela de Nantes, dont le hall d'entrée a été détruit la veille par un incendie, gardera portes closes jusqu'aux vacances de la Toussaint, mi-octobre.
Les dégradations dans les lycées vont coûter plusieurs millions d'euros, selon des estimations de plusieurs régions.





