Violences en France : couvre-feux «localisés» après le chaos du week-end

Le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a pas exclu d'instaurer l'état d'urgence "si c'est utile", mais il a estimé que les couvre-feux "paraissent davantage adaptés".
Le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a pas exclu d'instaurer l'état d'urgence "si c'est utile", mais il a estimé que les couvre-feux "paraissent davantage adaptés".
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Violences en France : couvre-feux «localisés» après le chaos du week-end

Violences en France : couvre-feux «localisés» après le chaos du week-end
  • Signe de l'ampleur de la crise, avec des images d'affrontements et de bâtiments publics incendiés ou vandalisés ayant fait le tour du monde, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a remis sa démission au chef de l'État qui l'a refusée "compte-tenu de la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre".
  • Cette nouvelle crise intervient à seulement six mois de la présidentielle, avec la candidate d'extrême droite Marine Le Pen donnée en tête des sondages, et au moment où la France, deuxième économie de la zone euro, est sous l'étroite surveillance des marchés financiers en raison du poids de sa dette.

PARIS: Les autorités françaises, sous le feu des critiques, vont instaurer des couvre-feux "partiels" et "localisés" lundi soir, après des violences, pillages et scènes de chaos en marge des manifestations contre le coût de la vie.

Le président Emmanuel Macron a reconnu des "défaillances" dans la gestion des protestations de samedi qui ont rassemblé dans toute la France des centaines de milliers de personnes.

Signe de l'ampleur de la crise, avec des images d'affrontements et de bâtiments publics incendiés ou vandalisés ayant fait le tour du monde, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a remis sa démission au chef de l'État qui l'a refusée "compte-tenu de la nécessité d'un commandement continu des forces de l'ordre".

Cette nouvelle crise intervient à seulement six mois de la présidentielle, avec la candidate d'extrême droite Marine Le Pen donnée en tête des sondages, et au moment où la France, deuxième économie de la zone euro, est sous l'étroite surveillance des marchés financiers en raison du poids de sa dette.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu n'a pas exclu d'instaurer l'état d'urgence "si c'est utile", mais il a estimé que les couvre-feux "paraissent davantage adaptés".

"Les Français (...) se disent que c'est le bordel partout. Heureusement non, on a un bordel (...) qui est très localisé sur des centres urbains. Aussi, j'ai demandé aux préfets de déclencher un certain nombre de couvre-feux pour ce (lundi) soir, couvre-feux partiels" qui sont "très localisés", a dit M. Lecornu.

La carte de ces couvre-feux devrait être communiquée dans l'après-midi. "Il n'est pas question de mettre tout Paris sous couvre-feu, ça n'a pas de sens."

Vers un "Acte II"

Les chiffres de la mobilisation sont vertigineux: au moins 550.000 manifestants samedi, 2.331 gardes à vue, des dizaines de placements en détention provisoire, près d'un millier de membres des forces de l'ordre et des manifestants blessés, selon les autorités.

"Au moins 3.000 commerces" ont été touchés par des dégradations ou des pillages ce week-end, selon le gouvernement.

Et d'autres manifestations sont déjà prévues. La coordination du mouvement des gilets jaunes a annoncé un "acte II" samedi, avant des mobilisations le 31 octobre et le 5 novembre.

Lundi, des étudiants ont aussi bloqué l'accès au musée parisien du Louvre, un des plus visités dans le monde.

Qui est responsable des violences?

Pour l'opposition, le gouvernement et les forces de l'ordre ont mal préparé les manifestations et mal réagi aux débordements.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a proposé sa démission dimanche et fait son mea-culpa le lendemain, en reconnaissant une "perte de contrôle" dans certaines villes. Mais Emmanuel Macron a choisi de le conserver au gouvernement.

"Cancer" de l'ultragauche

"On va encore renforcer les effectifs de police et de gendarmerie sur le terrain, et notamment ce week-end", a ajouté le ministre, qui a exclu la remise en cause de la tenue de matches de foot, notamment PSG-Barcelone mardi.

A six mois de la présidentielle, la crise a pris un tour politique.

La gauche reproche au chef de l'Etat de rester sourd aux revendications des manifestants, tandis que la droite lui réclame davantage de fermeté.

Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a lié les violences à une "forme de pourrissement de ce mouvement social organisé par le gouvernement".

Si l'exécutif reconnaît des failles, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a épinglé La France insoumise (gauche radicale) qui porterait "une responsabilité morale et politique dans les violences".

"L'ultragauche est le cancer de notre démocratie", a abondé le président du Rassemblement national (RN, extrême droite) Jordan Bardella.

Dans la même veine, Sébastien Lecornu a accusé le "mouvement de l'ultragauche" de vouloir semer "un désordre profond" et "même remettre en cause le calendrier de l'élection présidentielle et la tenue de l'élection présidentielle".

Pour Trump, "la France brûle"

En réponse, le candidat insoumis Jean-Luc Mélenchon a exprimé son "étonnement" et dit n'avoir "pas entendu qui que ce soit parler de cela".

Raphaël Glucksmann, candidat social-démocrate à la présidentielle, a lui jugé que le "chaos" profitera à la candidate du RN à l'élection présidentielle, Marine Le Pen.

La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger : le président américain Donald Trump a écrit que "la France brûle", estimant que le pays était "brisé" par l'immigration.

L'UE, de son côté, a dénoncé les pillages et incendies tout en appelant la France à "protéger" le droit à manifester pacifiquement.

Mais la crise française pourrait faire tache d'huile chez ses voisins.

En Italie, les jeunes et la police se sont affrontés pour le deuxième jour consécutif dimanche à Milan, la capitale économique, où des magasins ont été saccagés. Les violences avaient commencé la veille en marge d'une manifestation contre la vie chère.

Des centaines de personnes ont également manifesté samedi en Belgique - à Bruxelles et à Liège - dans le sillage de la journée de mobilisation organisée en France contre la vie chère, des rassemblements marqués par quelques débordements imputés à des "casseurs" par les autorités.