PARIS: L'exécutif tente toujours de faire retomber la pression et les critiques après les scènes de chaos du 17 octobre, en tenant plusieurs réunions avec les forces politiques et le renseignement jeudi, avec toujours la "fermeté" comme mot d'ordre alors que de nouvelles manifestations d'étudiants sont attendues.
Emmanuel Macron, rentré d'une tournée dans le Golfe, a de son côté convoqué à l'Élysée "l'ensemble des services de renseignement", accusés d'avoir mal anticipé la mobilisation, et doit s'exprimer en marge de cette réunion à la mi-journée.
Sébastien Lecornu recevra lui en début d'après-midi les partis à Matignon, en présence de Laurent Nuñez (Intérieur), Gérald Darmanin (Justice), des responsables des services de renseignement et des forces de l'ordre.
Le Premier ministre a promis la "transparence" sur "le déroulement" du 17 octobre, y compris les "difficultés rencontrées".
La réunion intervient après plusieurs jours de tensions lors desquels le chef du gouvernement a accusé La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon d'avoir attisé la colère, ce que le mouvement conteste.
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a écrit à Sébastien Lecornu qu'il réclamerait des "excuses" et porterait les revendications des manifestants, auxquelles l'exécutif n'a pas répondu, selon une copie de ce courrier consultée par l'AFP.
Parmi ces demandes que les Insoumis comptent défendre, l'abrogation de Parcoursup, des investissements de 10 milliards d'euros pour les lycéens, ou des mesures sur le coût de la vie.
Le candidat social-démocrate à la présidentielle Raphaël Glucksmann a lui aussi affirmé à l'AFP vouloir des "réponses politiques et sociales", même si le gouvernement veut "surtout nous parler du maintien de l'ordre".
Si tous les partis invités devraient être présents, beaucoup ont dénoncé une "convocation", et nombre de leurs leaders se feront représenter, comme Jordan Bardella et Marine Le Pen, ou Édouard Philippe.
Interdictions de manifestations
La colère ne semble pas retomber. Des rassemblements d'étudiants ou de lycéens sont encore prévus dans la journée, par exemple à Lille ou Toulouse, avant une journée de mobilisation dans toute la France samedi.
Pour ramener le calme, les autorités ont décidé des couvre-feux partiels et des interdictions de manifester jeudi à Paris, ou samedi à Rouen, Toulon ou Lyon, où la préfecture a interdit "toute manifestation". Des mesures dénoncées comme liberticides par une partie de l'opposition.
La stratégie de maintien de l'ordre est aussi très critiquée. Le Défenseur des droits (DDD) a annoncé mardi avoir reçu 46 saisines depuis le début du mouvement lycéen, dont "plus d'une dizaine" concernent des faits datant du week-end.
L'exécutif veut absolument éviter un retour du désordre du 17 octobre et assure mettre les moyens avec des blindés, des militaires de la force Sentinelle et des unités d'élite de police et gendarmerie.
Le niveau de mobilisation des forces de l'ordre samedi sera "20% supérieur" à celui de la semaine passée, selon le ministère de l'Intérieur.
Autre point de tension, le congrès du Rassemblement national à Orléans samedi et dimanche. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont attendus à l'appel d'organisations qui comptent protester contre le racisme.
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé un dispositif de service d'ordre "extrêmement conséquent".
Sébastien Lecornu recevra également en fin d'après-midi les maires de Paris, Lyon et Marseille, particulièrement touchées par les violences, pour tenter de les rassurer avant la mobilisation du 24 octobre.
Alors que 2.000 à 3.000 commerces ont été pillés et dégradés le week-end dernier, des commerçants redoutent la journée de samedi.
"L'inquiétude est maximale", a déclaré à l'AFP Pierre Bosche, président de la Confédération des commerçants de France. Nombre d'entre eux prévoient de garder leurs rideaux fermés : entre le risque "de perdre (sa) boutique" et celui "de perdre une journée d'affaires, la décision est assez rapidement prise".
Les réponses pénales aux pillages du week-end continuent de tomber: un total de 174 personnes ont été incarcérées, a indiqué Gérald Darmanin.
Dans l'affaire de l'incendie de la mairie de Limoges samedi, un deuxième suspect âgé de 66 ans a été interpellé jeudi.
Mais les scènes de bâtiments publics en feu et de commerces vandalisés ont fait le tour du monde, poussant plusieurs pays comme les États-Unis, la Chine ou l'Allemagne à donner des conseils de prudence à leurs ressortissants séjournant en France.
Et la crise a des conséquences sur les marchés financiers : le taux d'emprunt français à échéance dix ans a terminé mercredi au-dessus des 5 %, une première depuis 2002, signe de la défiance croissante des investisseurs quant à la situation politique et budgétaire du pays.





