CHICAGO : Une enquête fédérale sur les circonstances dans lesquelles Ilhan Omar, membre du Congrès représentant le Minnesota, a obtenu la citoyenneté américaine soulève des questions quant à savoir si elle-même ou son père, aujourd’hui décédé, a déclaré un âge inexact dans des documents d’immigration. Si elles étaient établies, ces allégations pourraient l’exposer à des poursuites pénales, à une déchéance de nationalité et à une éventuelle expulsion des États-Unis.
Des agents fédéraux ont perquisitionné son domicile à Washington le 12 octobre, quelques semaines seulement avant les élections de mi-mandat du 3 novembre. Ils ont saisi son téléphone, ses ordinateurs, son passeport et d’autres documents. Le ministère américain de la Justice a indiqué que cette perquisition s’inscrivait dans le cadre d’une enquête pénale en cours. Toutefois, Ilhan Omar, représentante du 5e district congressionnel du Minnesota depuis 2019, n’a été inculpée d’aucune infraction et les autorités n’ont pas rendu publiques toutes les preuves dont elles disposent.
L’enquête porterait principalement sur la question de savoir si elle-même ou son père, Nur Omar Mohamed, aujourd’hui décédé, a déclaré un âge inexact dans des documents d’immigration. Les enquêteurs cherchent notamment à déterminer si son âge avait été indiqué comme étant de 17 ans, plutôt que de 18 ans, lorsque son père a obtenu la citoyenneté américaine en 2000. Cette distinction est importante : à l’époque, les mineurs âgés de 17 ans ou moins pouvaient obtenir automatiquement la citoyenneté par l’intermédiaire d’un parent. Les adultes âgés de 18 ans ou plus devaient déposer leur propre demande.
Le passé de son père en Somalie ferait également l’objet d’un examen. Mohamed, ancien chauffeur de taxi et employé des services postaux, est décédé en 2020 des suites de complications liées au Covid-19. Un article du New York Post a affirmé qu’il s’était « fait passer pour un réfugié », alors qu’il avait effectué une longue carrière militaire, notamment à un poste de direction sous le régime du dictateur somalien Siad Barre. Si cette affirmation était vérifiée, elle aurait pu avoir une incidence sur sa demande.
L’enquête porte également sur des accusations anciennes, mais non prouvées, selon lesquelles Omar serait entrée illégalement aux États-Unis. Elle concerne aussi des allégations selon lesquelles son précédent mariage avec Ahmed Nur Said Elmi aurait été arrangé afin de lui permettre d’obtenir des avantages en matière d’immigration, certains affirmant notamment qu’il serait en réalité son frère.
Omar a démenti à plusieurs reprises ces accusations, et aucune des allégations liées à son mariage n’a été établie devant un tribunal.
Elle fait également l’objet d’une enquête distincte concernant ses déclarations financières. Celle-ci porte sur deux entreprises liées à son mari, Tim Mynett, dont la valeur semblait avoir fortement augmenté dans sa déclaration de patrimoine de 2025. En avril de cette année, elle a rectifié ces déclarations afin de réduire considérablement les montants annoncés. Son bureau a expliqué que les chiffres initiaux étaient erronés, car ils ne tenaient pas correctement compte des dettes et de la répartition de la propriété. En septembre, selon plusieurs informations de presse, un organisme de surveillance de l’éthique au Congrès a recommandé de la disculper de tout acte répréhensible.
CNN a qualifié la perquisition de son domicile, menée ce mois-ci, d’« exceptionnellement agressive », précisant qu’elle visait à rechercher d’éventuelles fausses déclarations dans des documents officiels ainsi qu’une possible conspiration. Avant de l’autoriser, le juge d’instruction fédéral Matthew Sharbaugh avait limité les conditions dans lesquelles les procureurs pouvaient accéder aux documents saisis chez une parlementaire en exercice. Ces restrictions visaient à protéger les activités législatives d’Omar, qui sont soustraites à l’examen des procureurs fédéraux par la clause constitutionnelle américaine relative à la « liberté de parole ou de débat » au Congrès.
Les avocats d’Omar ont affirmé que ces garanties n’avaient pas été respectées. Dans une lettre adressée au ministère de la Justice, ils ont déclaré que les agents avaient enfreint des « restrictions essentielles » liées au mandat de perquisition, qu’ils n’avaient pas remis rapidement une copie de ce mandat à son équipe juridique et qu’ils n’avaient pas contacté le bureau du conseiller juridique de la Chambre des représentants avant la perquisition, contrairement aux règles applicables.
Citant des personnes au fait du dossier, Politico a rapporté mardi que les enquêteurs n’avaient pas encore accédé au téléphone d’Omar. S’ils souhaitent le faire, ils doivent d’abord lui donner la possibilité d’invoquer les protections constitutionnelles relatives à la liberté de parole ou de débat. Un tribunal déciderait ensuite des éléments auxquels les enquêteurs pourraient avoir accès.
Depuis la perquisition, les enquêteurs se sont également intéressés aux proches d’Omar. Fox News a rapporté lundi que sa sœur, l’autrice et militante Sahra Noor, avait « volontairement » répondu aux questions des enquêteurs concernant le statut migratoire d’Omar. Les autorités n’ont pas confirmé l’identité des autres personnes ayant reçu une assignation à comparaître, et Noor n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Les éléments rendus publics jusqu’à présent ne permettent pas d’établir qu’Omar a sciemment fourni de fausses informations pour obtenir la citoyenneté américaine. Le ministère de la Justice n’a présenté publiquement aucune preuve démontrant qu’elle aurait délibérément falsifié des documents d’immigration ou de citoyenneté, et aucun tribunal ne l’a reconnue coupable de fraude à l’immigration. Le ministère a refusé de commenter l’affaire lorsqu’il a été contacté par Arab News.
« En règle générale, le ministère s’abstient de commenter les enquêtes en cours », a déclaré un porte-parole mardi.
Omar avait précédemment refusé de s’exprimer auprès d’Arab News et n’a pas répondu à une nouvelle demande de commentaire envoyée par l’intermédiaire du site internet de sa campagne.
La législation américaine autorise le gouvernement à demander la révocation de la citoyenneté d’une personne naturalisée si celle-ci a été obtenue illégalement, ou grâce à la dissimulation d’un fait important ou à une fausse déclaration délibérée.
Pour déchoir Omar de sa nationalité américaine, le ministère de la Justice devrait engager une procédure civile devant un tribunal fédéral et prouver qu’elle-même ou son père a délibérément présenté de manière inexacte un fait important, comme son âge, afin d’obtenir la citoyenneté.
Si les procureurs engageaient des poursuites pénales, les chefs d’accusation pourraient notamment porter sur la fraude à l’immigration, les fausses déclarations sur des formulaires officiels ou la conspiration, selon les preuves disponibles.
Toute procédure reposant uniquement sur des déclarations faites lors de la naturalisation initiale pourrait se heurter à d’importantes questions de prescription, étant donné qu’Omar a obtenu la citoyenneté il y a plus de vingt ans.
Les enquêteurs chercheraient également à déterminer si des informations similaires figurent dans des documents ultérieurs, tels que des demandes de passeport, ce qui pourrait soulever des questions distinctes concernant des faits plus récents.
Si le gouvernement obtenait la révocation de la citoyenneté d’Omar, celle-ci pourrait faire l’objet d’une procédure d’expulsion. Des experts juridiques ont expliqué à CNN que la déchéance de nationalité était une procédure « relativement rare » et que les procureurs devraient démontrer que toute déclaration trompeuse était intentionnelle.
Entre 2008 et le 12 juin 2026, 166 plaintes visant à retirer la citoyenneté à des personnes naturalisées ont été déposées, selon les données de l’organisme de recherche Transactional Records Access Clearinghouse. Cela représente une moyenne annuelle inférieure à dix affaires, soit une proportion infime des centaines de milliers de personnes qui acquièrent chaque année la citoyenneté américaine par naturalisation.
L’enquête suscite également des inquiétudes quant à d’éventuelles représailles contre la communauté somalo-américaine. Jaylani Hussein, directeur exécutif de la branche du Minnesota du Council on American-Islamic Relations, a qualifié les discours visant Omar et, plus largement, la communauté somalienne d’« islamophobes, racistes et xénophobes ».
Par le passé, certains commentateurs conservateurs issus des milieux musulmans américains et somalo-américains ont critiqué les positions progressistes d’Omar, qu’ils jugent incompatibles avec les valeurs socialement conservatrices et profondément religieuses auxquelles adhèrent de nombreux membres de ces communautés.
Dans une tribune publiée par le Wall Street Journal en 2019, l’autrice d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali a comparé son propre parcours à celui d’Omar et accusé l’élue de ne pas s’attaquer à l’antisémitisme au sein des communautés musulmanes.
Omar a rejeté ces accusations et accusé les autorités fédérales de la prendre pour cible pour des raisons politiques. Ses avocats ont qualifié la perquisition de ce mois-ci de « vindicative, punitive et politiquement motivée ».
Omar cherche à transformer cette enquête en un appel au rassemblement de ses partisans. Dans une vidéo publiée mardi, elle a remercié les personnes qui lui avaient envoyé des dons de « 5, 10 ou 20 dollars », expliquant que ces contributions l’aideraient à combattre l’administration à Washington. Elle a déclaré que la période à venir serait « très coûteuse et difficile », exhortant ses soutiens à continuer de faire des dons. Auparavant, elle avait juré qu’elle-même et ses alliés ne se laisseraient ni « intimider » ni « réduire au silence ».
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com





