Pourquoi ne pas négocier avec les Houthis plutôt que de les combattre?

Les Houthis sont fondamentalement en contradiction avec l’idée même d’État, et leur comportement a révélé leur détermination à préserver l’autorité de « l’organisation ».
Les Houthis sont fondamentalement en contradiction avec l’idée même d’État, et leur comportement a révélé leur détermination à préserver l’autorité de « l’organisation ».
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Pourquoi ne pas négocier avec les Houthis plutôt que de les combattre?

Pourquoi ne pas négocier avec les Houthis plutôt que de les combattre?
  • Les Houthis souhaitent tirer profit des ressources et des institutions de l’État, ainsi que de la reconnaissance que lui accordent les autres, tout en conservant leurs armes en tant que groupe armé et en menant des guerres conformément à leurs alliances extérieures.
  • Dans cette perspective, l’accès au pouvoir devient un moyen de faire avancer le projet propre au groupe.

Alors que le conflit au Yémen contre les Houthis s'éternise depuis une décennie et demie, certains sont enclins à traiter ce groupe comme l'autorité de facto plutôt que de continuer à le combattre. Après tout, ceux qui ont dirigé Sanaa par le passé ont généralement été écartés, quelle que soit leur identité ou leur idéologie.

Il s’agit là d’une proposition pragmatique. Le problème réside toutefois dans le projet houthiste lui-même. Ce groupe est fondamentalement en contradiction avec l’idée même d’État, et son comportement a révélé sa détermination à préserver l’autorité de « l’organisation ».

Les Houthis souhaitent tirer profit des ressources et des institutions de l’État, ainsi que de la reconnaissance que lui accordent les autres, tout en conservant leurs armes en tant que groupe armé et en menant des guerres conformément à leurs alliances extérieures. Dans cette perspective, l’accès au pouvoir devient un moyen de faire avancer le projet propre au groupe.

Les événements qui ont débuté en 2013 et se sont poursuivis au cours des deux années suivantes constituent un cas d’école évident. Les Houthis ont été invités à participer à la Conférence de dialogue national et ont signé l’Accord de paix et de partenariat national, en vertu duquel ils ont obtenu des sièges et des privilèges spéciaux pour Saada, ainsi que la possibilité de participer au pouvoir exécutif. En contrepartie, ils devaient remettre leurs armes moyennes et lourdes aux institutions de l’État.

Le groupe est en contradiction avec l’idée même d’État

Abdulrahman Al-Rashed

Au lieu de cela, le processus s’est soldé, entre autres, par la prise de contrôle des institutions de l’État, la détention du président Abdrabbuh Mansour Hadi et la dissolution du Parlement. Ils ont ensuite procédé à l’absorption des institutions de l’État et à l’exclusion de tous les autres. Il était tout à fait naturel qu’une guerre éclate entre les Yéménites.

Après avoir établi sa domination, le groupe s’attendait à devenir l’État, et à ce que l’État devienne synonyme des Houthis. Mais ce n’est pas tout à fait ce qui s’est passé. Au lieu de cela, il a mis en place un réseau de superviseurs qui exerçaient une autorité réelle, parallèlement aux fonctions officielles du gouvernement.

La deuxième expérience a eu lieu lorsque l’ancien président Ali Abdullah Saleh s’est allié aux Houthis dans le cadre d’un « partenariat » de gouvernance. À l’époque, bien qu’il fût écarté du pouvoir, Saleh contrôlait toujours la majeure partie des forces armées. Pourtant, même Saleh a mal jugé le groupe, et il a finalement été assassiné dans la rue en 2017. Certains pourraient considérer cela simplement comme une lutte pour le pouvoir qui s’est soldée par la suprématie des Houthis et soutenir que la nouvelle réalité devrait, par conséquent, être acceptée et gérée en conséquence.

Une fois encore, pourquoi ne pas faire preuve de pragmatisme et traiter avec ceux qui sont désormais aux commandes à Sanaa, comme cela a été fait par le passé, de l’imam Yahya au président-juge Abdul Rahman Al-Iryani, puis, finalement, à Saleh ?

La vérité, c’est que cela a déjà été tenté. Mais les Houthis, en tant que groupe idéologique, ont refusé de se transformer en État. Ils ont continué à mener des guerres contre l’Arabie saoudite voisine et l’ensemble de la région, et avant cela contre le peuple yéménite. Ils sont restés une organisation armée dotée de ses propres institutions parallèles.

Certains soutiennent qu’il faut accepter cette nouvelle réalité

Abdulrahman Al-Rashed

C’est là que surgissent les comparaisons avec Daech et le Hezbollah, non pas parce que leurs idéologies et leurs expériences sont identiques, mais en raison de la nature de leur relation avec l’État. Daech représente un cas plus extrême : il rejetait les États existants et cherchait à établir un califat s’étendant au-delà de ses frontières. Il voulait un État façonné selon ses propres principes idéologiques. Le Hezbollah, en revanche, a créé un modèle qui combine la participation aux institutions de l’État avec le maintien d’une force armée indépendante échappant au contrôle de l’État, tout en fonctionnant comme un groupe dont la référence ultime se trouve à l’étranger.

On ne peut pas qualifier les Houthis d’État yéménite, ni parler d’un « imamate houthi yéménite », de la même manière que l’on pourrait évoquer l’ancien royaume mutawakkilite du Yémen ou la république, car il s’agit d’un groupe subordonné à l’Iran. Les Houthis de Sanaa ont, dans une certaine mesure, ressemblé à Daech à Mossoul ou au Hezbollah au Sud-Liban : ils ont conçu un État selon les préceptes de leur idéologie.

Cette rébellion est-elle le résultat du fait que les Houthis n’ont jamais eu leur chance auprès de leurs voisins et de la communauté internationale ? En réalité, c’est tout le contraire. Les États-Unis, les Européens et l’ONU ont offert aux Houthis une opportunité dont les autres groupes armés de la région n’auraient pu que rêver.

L’accord de Stockholm est venu les sauver de la défaite et de l’effondrement. Pourtant, les gouvernements occidentaux qui ont cherché à s’accommoder de ce groupe n’ont pas réussi à en faire un acteur politique plus civil ni à le transformer en un système de gouvernance conventionnel.

Riyad a ensuite tenté, avec la participation de Mascate et en coordination avec l’envoyé spécial de l’ONU de l’époque, d’inciter les Houthis à devenir un voisin pacifique par le biais d’un accord visant à mettre fin à la guerre. Les salaires de leurs employés ont été versés, l’aéroport et le port leur ont été rouverts, et une délégation a été envoyée leur rendre visite dans leur « capitale », Sanaa, un geste revêtant une reconnaissance politique significative. Les Houthis ont pleinement exploité cette visite à des fins de propagande à grand retentissement et en ont tiré des avantages tant politiques que matériels.

Pendant la période où des efforts étaient déployés pour réintégrer les Houthis en tant qu’« État » voisin respectable, le groupe travaillait simultanément avec l’Iran, en grande partie à l’abri des regards, pour se doter de capacités militaires offensives. Avant la fin de l’année 2023, il avait repris ses activités en tant que groupe armé transfrontalier.

Contrairement à ce que pensent certains chercheurs, les Houthis constituent un énième mandataire iranien dans la région, et non le noyau d’un système de gouvernement yéménite ordinaire. Il existe une distinction claire entre un allié et un subordonné. Un allié est quelqu’un dont les intérêts coïncident avec les vôtres ; un subordonné est quelqu’un dont la volonté est subordonnée à la vôtre.

L’idéologie extrémiste du groupe importe finalement moins que la compréhension de ses intentions lorsqu’il prend le contrôle d’un pays tel que le Yémen.

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et intellectuel saoudien. Il est l’ancien directeur général de la chaîne d’information Al Arabiya et ancien rédacteur en chef d’Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com