Comment les Houthis peuvent-ils être contrés ?

De jeunes hommes jouent près d’un bateau de pêche échoué sur un site du district d’Al-Ghaydah, à Al-Mukalla, au Yémen, le 6 septembre 2026. (AP)
De jeunes hommes jouent près d’un bateau de pêche échoué sur un site du district d’Al-Ghaydah, à Al-Mukalla, au Yémen, le 6 septembre 2026. (AP)
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Comment les Houthis peuvent-ils être contrés ?

Comment les Houthis peuvent-ils être contrés ?
  • Les Houthis, soutenus par l'Iran, ont pris le contrôle du port de Mokha et de plusieurs îles stratégiques, renforçant ainsi la présence iranienne dans la région
  • Leur avancée militaire pourrait menacer à la fois la navigation internationale et les installations pétrolières

Les derniers développements sur le terrain au Yémen sont si importants que leur gravité ne saurait être sous-estimée. L’Iran dispose désormais d’un bras armé sur le stratégique détroit de Bab Al-Mandab par l’intermédiaire de son proxy, la milice houthie, qui s’est emparée du port de Mokha et des îles yéménites de la mer Rouge méridionale.

Les activités militaires agressives des Houthis dans la période précédant l’attaque indiquaient l’une de trois possibilités : soit ils visaient les zones saoudiennes bordant le Yémen au nord, soit les installations pétrolières de la province yéménite de Marib, soit le port de Mokha, d’où ils auraient pu ensuite menacer la navigation internationale.

Les combats de ces derniers jours se sont soldés par la prise du port de Mokha, de l’île de Perim, à l’entrée du détroit de Bab Al-Mandab, ainsi que des îles de Hanish et de Zuqar. Cela a confirmé que l’opération constitue une extension des activités iraniennes dans les eaux du Golfe. L’Iran peut désormais interrompre le transport de pétrole à la fois par le détroit d’Ormuz et par Bab Al-Mandab. Cela intervient dans les semaines décisives précédant les élections américaines de mi-mandat, ce qui signifie que si les Iraniens cherchent à reprendre les négociations avec l’administration Trump, ils le feront dans des conditions qui renforcent leurs exigences.

La question a également des implications pour la sécurité régionale qui dépassent les frontières du Yémen. Les Houthis contrôlent désormais un port et des îles qui leur permettent de menacer la navigation maritime et de coopérer avec des milices terroristes alignées sur l’Iran en Somalie.

Quant à la dynamique de la guerre au Yémen elle-même, les Houthis ont certes réalisé des gains importants, mais ils ont également élargi le front contre eux en s’emparant des zones autour de Mokha. Cette vaste zone nécessitera de nouvelles confrontations avec les Houthis, tout en les obligeant à consacrer des ressources à la défense des nombreux fronts qui se sont ouverts pour la première fois depuis leurs défaites de 2018.

Le Moyen-Orient traverse une période dangereuse de bouleversements, et ses foyers de tension sont interconnectés. Abdulrahman Al-Rashed

En réalité, ce qui s’est passé cette semaine ressemble à ce qui s’était produit il y a près d’une décennie. Les combattants houthis avaient atteint le port de Mokha et même progressé au-delà, jusqu’à Dhubab, le dernier point du sud-ouest du Yémen. Il s’agit du point le plus étroit séparant l’Asie de l’Afrique, avec seulement environ 30 km de mer jusqu’à Djibouti.

Après environ trois années de contrôle par la milice, les forces de la coalition avaient réussi à vaincre les Houthis et à libérer Mokha, Dhubab et les îles, notamment Perim et Zuqar.

Les forces gouvernementales yéménites traversent actuellement une période de reconstruction et de consolidation de leurs différentes forces nationales. Il s’agit d’une tâche difficile alors qu’elles s’efforcent de libérer les zones contrôlées par les Houthis, qui sont les régions les plus densément peuplées et les plus accidentées du pays, dans un contexte politique et économique extrêmement difficile. Sécuriser le Yémen dépasse les frontières du pays. Cela contribue également à la sécurité régionale et à celle du commerce maritime mondial. Cela nécessite un soutien international au Yémen, et pas seulement celui de l’Arabie saoudite et des pays de la région.

Le Moyen-Orient traverse une période dangereuse de bouleversements, et ses foyers de tension sont interconnectés.

Nous le constatons au Liban, en Irak, au Yémen, en Somalie et ailleurs, et ces défis exigent une coopération collective pour être contenus. Beaucoup sous-estiment le mouvement houthi yéménite, estimant qu’il s’agit d’un problème local qui peut être facilement contenu sur le plan militaire ou politique. En réalité, les Houthis ressemblent au Hezbollah au Liban, ainsi qu’aux talibans en Afghanistan.

Mettre fin à la menace posée par de tels groupes armés, ou la contenir, nécessite un effort conjoint. La chute du régime d’Assad en Syrie a eu des conséquences qui ont dépassé ses frontières, affaiblissant le Hezbollah au Liban et démantelant une partie du réseau régional d’armes, de drogues et de terrorisme. Les forces yéménites ne seront pas en mesure de combattre seules les Houthis. Les efforts régionaux et internationaux doivent converger pour mener cette tâche à bien.

Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.

X : @aalrashed

NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com