Tunisie: le désamour des investisseurs étrangers

Tunisie: le désamour des investisseurs étrangers
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Tunisie: le désamour des investisseurs étrangers

Tunisie: le désamour des investisseurs étrangers
  • En apparence, la Tunisie attire encore les investissements directs étrangers (IDE), mais le nombre de nouveaux investisseurs qui s’implantent dans le pays ne cessent de décliner
  • La Tunisie a dégringolé dans le classement de la Banque mondiale Doing Business 2020 à la 78ᵉ place, alors qu’elle était à la 69e place en 2010

TUNIS : Le nombre des nouveaux investisseurs, donc de nouveaux projets, ne cesse de décliner en Tunisie. En apparence, la Tunisie attire encore les investissements directs étrangers (IDE) dont elle a choisi il y a près de cinquante ans de faire l’un des principaux moteurs de son développement économique. En réalité, ce n’est plus tellement le cas. 

Certes, les statistiques ne démontrent pas un effondrement des flux. Selon un rapport de l’OCDE de 2020, les IDE ont évolué en dents de scie depuis plus de dix ans. Entre 2008 et 2011, ils ont baissé de 2,6 à 0,4 milliard de dollars (un euro = 0,82 euros), puis sont remontés à 1,6 milliard de dollars en 2012, et ont chuté à nouveau entre 2013 et 2016 de 17% par an. Mais malgré une nouvelle augmentation en 2017 et 2018, respectivement de 30% et 22%, ils n’ont pas franchi la barre du milliard de dollars et n’ont par conséquent pas retrouvé leur niveau d’avant 2010.

Mais ce sont d’autres chiffres qui soulignent plus nettement la désaffection des investisseurs internationaux. Le nombre des nouveaux arrivants, donc de nouveaux projets, ne cesse de décliner et ce sont surtout les investisseurs déjà présents dans le pays qui investissent pour étendre leur activité.  Le nombre des investissements dédiés à l’extension de l’activité d’entreprises déjà existantes a quasiment toujours été plus important que celui allant à de nouveaux projets: 123 contre 185 extensions en 2012, 168 pour 205 en 2014. Mais l’écart s’est creusé en 2016: 95 pour 324 extensions. La seule exception date de 2015 durant laquelle IDE sont allés à parts égales aux créations et aux extensions. Et durant le premier semestre 2020, c’est l’effondrement: ces derniers n’ont représenté que 9% de l’ensemble des IDE (32 sur un total de 321). 

Selon Aziz Mebarek, directeur général d’AfricInvest, l’un des plus importants fonds de capital-investissementprivate equity») africains, les raisons de la baisse des IDE sont multiples: instabilité politique, économique – avec des risques de dévaluation importants et de transferts des produits de toute participation étrangère (dividendes et plus value) – et réglementaire et fiscale (les lois changent tous les ans). M. Mebarek considère que le pays pâtit aussi d’un «dispositif réglementaire de contrôle des changes d’un autre siècle», d’«une lenteur au niveau de l’administration qui n’arrive pas à trancher, avec des textes de loi dont l’interprétation est souvent complexe et expose l’investisseur au “fait du prince”, et des services publics largement en dessous de la moyenne requise en terme de délais de réponse».