PARIS: Entre remise en cause de l'aide financière à l'Ukraine et signature d'un protocole d'accord symbolique sur l'immigration avec Nigel Farage, figure du Brexit, l'extrême droite française fait face à ses contradictions sur le volet international. Ses opposants s'engouffrent dans la brèche.
Avec entre 34 et 36% des intentions de vote au premier tour, la candidate du Rassemblement national (RN) à l'élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen, reste loin devant ses concurrents, selon un dernier sondage publié samedi.
Mais Mme Le Pen et le jeune président du parti, Jordan Bardella, sont visés de toutes parts par leurs concurrents depuis que l'hypothèse de voir la France "couper le robinet" de l'aide à l'Ukraine en cas d'arrivée du RN au pouvoir a été avancée par le vice-président du RN Louis Aliot jeudi soir.
Et vendredi, M. Bardella est parvenu à rassembler la quasi-totalité de la classe politique contre lui en paraphant en grande pompe un protocole d'accord symbolique avec Nigel Farage, patron du parti pro-Brexit Reform UK.
Dans ce texte, qui imagine une victoire de ces deux partis alliés, un volet prévoit notamment... le renvoi vers la France de migrants interceptés dans les eaux britanniques.
Piégé par Farage ?
"A se demander si Madame Le Pen est sur la même ligne", a ironisé le candidat de centre droit à la présidentielle, Edouard Philippe.
Nombre d'observateurs soupçonnent le président du RN de s'être fait "piéger" à Birmingham par Nigel Farage.
"C'est illustratif de leur politique étrangère, qui est celle d'une grande soumission à l'égard d'autres puissances", a tancé l'autre candidat du bloc central, Gabriel Attal, samedi.
Le chef de La France insoumise (gauche radicale) Jean-Luc Mélenchon a ajouté une banderille: "Comment peut-on être aussi misérable? Ce n'est pas la France qui parlait", s'est insurgé cet autre candidat à la présidentielle.
Sommé de clarifier les choses, M. Bardella a tenté d'atténuer la polémique: "Le protocole ne prévoit pas que nous laissions traverser des migrants et que ces migrants soient déboutés ou repoussés sur les côtes françaises. Ce protocole prévoit l'arrêt de l'immigration clandestine en France", a-t-il martelé auprès de la chaîne BFMTV.
Au coeur d'une rentrée marquée par plusieurs dissonances entre les deux leaders du parti, Mme Le Pen, elle, est restée silencieuse à ce sujet, laissant celui qu'elle a désigné comme son potentiel Premier ministre répondre à la polémique.
Sur le soutien à l'Ukraine, M. Bardella a par ailleurs assumé que "dans une période d'endettement majeur", "il serait profondément irresponsable de continuer à octroyer de l'argent à des États étrangers sans aucune garantie".
Vrai visage
Reçue au Kremlin par Vladimir Poutine avant la présidentielle de 2017 remportée par Emmanuel Macron, Mme Le Pen est régulièrement épinglée par ses adversaires pour des positions jugées conciliantes avec Moscou ainsi que pour un prêt accordé par une banque russe à son parti dans les années 2010.
"Le Rassemblement national montre son vrai visage", a attaqué la patronne des Ecologistes Marine Tondelier, qualifiant Mme Le Pen de "cheval de Troie" des "grands ennemis de l'Europe et de la France".
Quant à la proximité de M. Bardella avec M. Farage, elle renvoie le parti d'extrême droite à ses contradictions sur l'Union européenne : le RN flirtait jusqu'au milieu des années 2010 avec des positions allant jusqu'à la sortie de la France de la zone euro, voire un "Frexit".
"Je ne suis pas pour sortir de l'Union européenne, je suis pour tout changer sans rien détruire", a souligné M. Bardella samedi depuis l'Italie.





