France : sécurité "amplifiée" pour un nouveau samedi de manifestations à haut risque

Un piéton passe devant des ouvriers qui installent des panneaux de protection sur la vitrine d’un commerce de la rue Sainte-Catherine, à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 30 octobre 2026, à la veille de nouvelles manifestations nationales contre la flambée du coût de la vie et les inégalités. (AFP)
Un piéton passe devant des ouvriers qui installent des panneaux de protection sur la vitrine d’un commerce de la rue Sainte-Catherine, à Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, le 30 octobre 2026, à la veille de nouvelles manifestations nationales contre la flambée du coût de la vie et les inégalités. (AFP)
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France : sécurité "amplifiée" pour un nouveau samedi de manifestations à haut risque

France : sécurité "amplifiée" pour un nouveau samedi de manifestations à haut risque
  • La France se prépare pour sa troisième journée de manifestations en trois semaines, classée à risque élevé de troubles à l'ordre public
  • Pour le samedi, un dispositif de sécurité exceptionnel impliquera 70.000 policiers et gendarmes en raison d'appels à des pillages sur les réseaux sociaux

LYON: La France s'apprête à vivre samedi sa troisième journée de mobilisation sociale en trois semaines, considérée par le gouvernement comme "à risque très élevé de trouble à l'ordre public".

L'acte I de ces manifestations contre la vie chère, le 17 octobre, avait donné lieu à des scènes de chaos, entre bâtiments publics incendiés et pillages de milliers de commerces dans les centres-villes des grandes métropoles, à Paris, Lyon (centre-est) ou Marseille (sud-est) notamment. Il avait rassemblé entre 550.000 (selon la police) et 800.000 personnes (d'après le syndicat de gauche CGT).

Le dispositif policier avait donc été singulièrement renforcé lors de l'acte II, le 24 octobre. Entre 410.000 et 800.000 personnes y avaient participé, dans un climat de violence moindre.

Un Halloween "exceptionnel"

Pour ce samedi, qui coïncide avec la fête d'Halloween, un dispositif de sécurité "exceptionnel" sera "reconduit et amplifié", a affirmé jeudi le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, alertant sur une journée "à risque très élevé de troubles à l'ordre public".

Il a fait état de "nombreux appels à commettre des pillages" sur les réseaux sociaux. Quelque 70.000 policiers et gendarmes seront ainsi mobilisés.

"Des épisodes de violences urbaines comparables à ceux du 17 octobre sont anticipés tout au long de la journée" et "à partir de la tombée de la nuit" a prévenu une source au sein de l'entourage du ministre.

"Des velléités de dégradations et de tentatives de pillages sont à craindre" a-t-on ajouté de même source, en insistant sur le fait que la journée de samedi était "identifiée comme présentant des risques très importants de troubles à l'ordre public".

"Il faut comprendre" que M. Nuñez "relève le niveau, car il y a risque. Et ça refroidit les moins téméraires" observe une source policière.

Une autre constate "beaucoup de fébrilité" et de "la surenchère" à la préfecture de police de Paris et au Renseignement territorial: "le 17, ils se sont fait surprendre, (...) la moindre information se transforme en notes et on sort des forces en pagaille".

Après l'acte I, le ministre de l'Intérieur avait fait son mea culpa, reconnaissant une "perte de contrôle" dans certaines villes et présentant sa démission, que le président Emmanuel Macron avait refusée. "On n'avait pas du tout anticipé", avait aussi avoué lundi le président lors d'un déplacement à Marseille, particulièrement touchée.

Samedi, les rassemblements seront autorisés, "mais pas dans les centres-villes" et se dérouleront "dans les zones périphériques", comme le 24 octobre, a aussi répété M. Nuñez.

A Lyon, la préfecture a donné son feu vert à un défilé hors de l'hyper-centre - qui garde les stigmates des violences du 17 octobre où un bâtiment de l'office du tourisme avait été incendié. Les organisateurs (les syndicats étudiants Solidaires, CNT et Unef) "se sont engagés à augmenter leur service d'ordre", a noté la préfecture, qui avait fait disperser les tentatives de rassemblement samedi dernier.

"Museler la jeunesse"

Le préfet de la région lyonnaise du Rhône, Etienne Guyot, a dit sur un média local souhaiter "promouvoir" une "logique de désescalade", tout en mobilisant "plus de 1.000 forces de sécurité", une "augmentation importante" par rapport au 24. Entre 10.000 et 15.000 manifestants sont attendus.

A Toulouse, autre grande ville dans le sud-ouest, la préfecture n'a pas reçu de déclaration préalable. Si elle a interdit tout rassemblement, une manifestation est néanmoins annoncée à 14H00.

A Marseille, là aussi, seuls les rassemblements "déclarés" seront autorisés. Le préfet Jacques Witowski a jugé "totalement irresponsables" certains appels à rassemblement.

C'est également pour des raisons d'ordre public que la préfecture de police de Paris a interdit les parcours déposés par la CGT et les gilets jaunes dans la capitale, qui passaient par la célèbre place de la Bastille. Elle a en revanche autorisé à défiler en périphérie est, entre les portes de Bagnolet et Charenton.

Le syndicat étudiant Unef l'a accusée de vouloir "museler la parole de la jeunesse" et veut "marcher sur Bastille-Nation", c'est-à-dire intramuros, malgré l'interdiction.

Les organisations de jeunesse, étudiante et lycéenne, ont dénoncé jeudi la "répression policière" et regretté un "dialogue de sourds" avec le ministre de l'Intérieur sur ce sujet.

Dans la semaine, M. Macron avait appelé à une reprise des cours "dans le calme" lundi, après deux semaines de congés de la Toussaint. Mais les annonces du gouvernement sur la crise lycéenne n'ont pas convaincu les organisations, après un mois de blocus et manifestations.

En attendant, à Lyon, dans son magasin de cigarettes électroniques place Jean-Macé, terminus du cortège samedi, Antoine se montre fataliste : "Je vais quand même venir ouvrir la boutique, sinon je ne vais pas être payé". "Mais si jamais ça dégénère vraiment" comme le 24 quand un rassemblement avait été dispersé à coups de lacrymogène, "je rentrerai chez moi pour me protéger", dit-il.