La décision de l’Égypte de se ranger aux côtés de l’Arabie saoudite et de se déclarer prête à apporter tout le soutien nécessaire pour défendre la sécurité, l’intégrité territoriale et les ressources du Royaume ne doit pas être saluée uniquement comme une expression de solidarité entre deux États arabes influents. Elle doit servir d’appel à l’action pour l’ensemble du monde arabe.
À l’heure où la sécurité régionale est de plus en plus menacée par des groupes armés et par une ingérence extérieure croissante, la position du Caire ne doit pas être considérée comme une exception. Elle devrait inciter les autres capitales arabes à traduire leurs engagements en matière de sécurité collective en actions concrètes.
Le fondement juridique d’une telle solidarité existe déjà. Le Traité de défense commune et de coopération économique entre les États de la Ligue arabe, signé le 17 juin 1950, établit un principe clair dans son article 2 : « Les États contractants considèrent tout acte d’agression armée commis contre l’un ou plusieurs d’entre eux ou contre leurs forces armées comme dirigé contre eux tous. » Cet article engage en outre les signataires à venir sans délai en aide à l’État ou aux États attaqués et à prendre toutes les mesures disponibles, y compris le recours à la force armée, pour repousser l’agression et rétablir la sécurité et la paix.
Il ne s’agit pas simplement d’un langage diplomatique destiné à embellir les communiqués des sommets arabes. C’est un engagement de sécurité collective visant à garantir qu’aucun État arabe ne soit livré à lui-même lorsqu’il est confronté à une agression armée. L’article 3 renforce ce principe en exigeant des consultations lorsque l’intégrité territoriale, l’indépendance ou la sécurité d’un signataire est menacée, ainsi que la coordination des mesures défensives en cas de guerre ou d’urgence internationale.
L’Égypte incarne l’esprit d’un cadre de sécurité régionale que les gouvernements arabes ont eux-mêmes mis en place
Hani Hazaimeh
Cette distinction est importante. Lorsque l’Égypte propose d’apporter un soutien militaire à l’Arabie saoudite, elle ne se contente pas d’accorder une faveur bilatérale ni de faire un geste politique discrétionnaire. Elle incarne l’esprit d’un cadre de sécurité régionale que les gouvernements arabes ont eux-mêmes mis en place. Ce même principe doit s’appliquer à tous les autres signataires : la sécurité d’un État arabe ne peut être considérée comme une préoccupation nationale isolée lorsque les conséquences de sa déstabilisation s’étendent à l’ensemble de la région.
Les circonstances actuelles rendent cette obligation particulièrement urgente. L’Arabie saoudite est confrontée aux menaces du mouvement houthiste, aligné sur l’Iran, dont les attaques ont mis en péril la sécurité du Royaume et suscité des inquiétudes plus larges quant à la stabilité régionale et à la sécurité des voies maritimes vitales. De telles menaces ne peuvent être considérées comme un problème exclusivement saoudien ni être confinées aux complexités du conflit interne au Yémen. Leurs implications s’étendent à la sécurité des États voisins, à la stabilité de la mer Rouge et à la protection du commerce international.
L’annonce par l’Égypte de son soutien total à l’Arabie saoudite, associée à sa volonté d’apporter l’aide nécessaire, revêt donc une importance qui dépasse le cadre des relations bilatérales immédiates. Elle indique que les menaces pesant sur un grand État arabe doivent être comprises dans le cadre plus large de la sécurité nationale arabe. La volonté d’agir du Caire devrait encourager d’autres gouvernements à examiner ce qu’exigent concrètement leurs propres engagements.
L’histoire offre des exemples éloquents de ce que l’action collective peut accomplir. À la suite de l’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990, les États arabes se sont joints à la coalition internationale pour défendre l’Arabie saoudite contre la menace d’une nouvelle agression irakienne et pour libérer le Koweït de l’occupation. L’Égypte a déployé des troupes en Arabie saoudite et a par la suite fourni des forces importantes à la campagne de libération du Koweït. La Syrie et d’autres pays arabes ont également pris part à l’effort militaire, démontrant ainsi que les divergences politiques ne doivent pas nécessairement faire obstacle à la coopération lorsque la souveraineté et la sécurité des États arabes sont en jeu.
La défense collective ne peut être invoquée uniquement en cas d’urgence, pour être ensuite oubliée une fois la crise immédiate apaisée.
Hani Hazaimeh
Cette expérience reste riche d’enseignements. La défense de l’Arabie saoudite n’a pas été envisagée uniquement sous l’angle de la sécurité nationale saoudienne ; elle a été reconnue comme s’inscrivant dans un effort plus large visant à empêcher qu’une agression ne redessine de force la carte politique de la région. La libération du Koweït a également démontré l’importance de traduire la solidarité en engagements concrets.
L’intervention militaire de 2015 au Yémen constitue un autre exemple de coopération régionale, l’Arabie saoudite et l’Égypte ayant rejoint une coalition soutenue par plusieurs autres États arabes. Cette opération a illustré à la fois la capacité des pays arabes à se coordonner sur le plan militaire et l’importance stratégique de la participation régionale lorsque les événements survenant dans un pays menacent la sécurité de ses voisins. Elle rappelle également que toute action militaire doit s’accompagner d’une stratégie politique crédible si l’on veut qu’elle débouche sur une stabilité durable.
Ces précédents devraient servir de référence à l’heure actuelle, mais l’objectif doit aller au-delà de la simple reproduction des coalitions antérieures. Les gouvernements arabes doivent mettre en place un système plus fiable de consultation, de partage du renseignement, de coordination défensive et d’assistance pratique. La défense collective ne peut rester un principe invoqué uniquement en cas d’urgence et oublié dès que la crise immédiate s’est apaisée.
Il ne faut pas non plus s’attendre à ce que chaque État arabe contribue exactement de la même manière. Les capacités militaires, les conditions géographiques et les ressources nationales varient. Certains pays peuvent fournir des systèmes de défense, des renseignements, un soutien logistique ou une protection maritime ; d’autres peuvent être en mesure d’offrir une assistance militaire directe. Ce qui importe, c’est que chaque gouvernement apporte une contribution significative, en fonction de ses capacités, de ses obligations juridiques applicables et des exigences de la sécurité collective.
Une telle coopération doit également s’appuyer sur le droit international et sur des objectifs défensifs clairs. L’objectif n’est pas d’encourager une confrontation régionale incontrôlée ni de fermer la porte à la diplomatie. Il s’agit de veiller à ce que les efforts diplomatiques ne soient pas compromis par la conviction que l’agression armée peut se poursuivre sans réponse coordonnée. La dissuasion et la diplomatie doivent se renforcer mutuellement : une action collective crédible peut réduire les incitations à l’agression tout en créant des conditions plus favorables à des solutions politiques.
Pour la Ligue arabe, c’est l’occasion de démontrer que ses engagements en matière de défense collective restent d’actualité. L’organisation ne peut prétendre de manière crédible préserver la sécurité nationale arabe si ses membres réagissent aux menaces qui pèsent les uns sur les autres principalement par des déclarations d’inquiétude. Son cadre conventionnel offre une base pour la consultation et l’action coordonnée ; le défi consiste à donner à ce cadre une application concrète.
L’Égypte et l’Arabie saoudite, grâce à leur poids politique considérable et à leurs relations stratégiques de longue date, peuvent contribuer à mener cet effort. Mais la responsabilité ne peut reposer uniquement sur Le Caire et Riyad. Les autres capitales arabes doivent reconnaître que toute hésitation aujourd’hui pourrait affaiblir les garanties de sécurité dont elles pourraient elles-mêmes avoir besoin demain. Un système régional dans lequel chaque État attend que les autres agissent n’est pas de la sécurité collective, c’est une invitation lancée aux adversaires à exploiter les divisions.
En fin de compte, la question n’est pas de savoir si l’Égypte a créé un précédent en proposant de soutenir militairement l’Arabie saoudite. La question la plus importante est de savoir pourquoi une telle solidarité devrait être considérée comme exceptionnelle en premier lieu. Le traité de 1950 a déjà établi le principe selon lequel une agression armée contre un signataire est l’affaire de tous.
La position de l’Égypte devrait donc devenir un moteur d’une action arabe plus large, et non un exemple isolé à applaudir puis à oublier.
Hani Hazaimeh est rédacteur en chef basé à Amman.
X : @hanihazaimeh
NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

