Pragmatique, l’ambassadrice Halla Abou-Hassira appelle les entreprises françaises à investir en Palestine

Halla Abou- Hassira, avec à sa droite le président de la CCFA Raoul Delamare, s’exprimant à la maison de l’Amérique Latine à Paris. AK.
Halla Abou- Hassira, avec à sa droite le président de la CCFA Raoul Delamare, s’exprimant à la maison de l’Amérique Latine à Paris. AK.
Short Url

Pragmatique, l’ambassadrice Halla Abou-Hassira appelle les entreprises françaises à investir en Palestine

Pragmatique, l’ambassadrice Halla Abou-Hassira appelle les entreprises françaises à investir en Palestine
  • Invitée par le président de la Chambre, Raoul Delamare, à s’exprimer sur le thème « La Palestine : quel avenir politique ? », Abou-Hassira est intervenue avec une lucidité teintée de volontarisme.
  • Elle n’a pas dressé l’inventaire, désormais bien connu, des destructions et des difficultés auxquelles sont confrontés les Palestiniens. Elle a choisi de parler d’autre chose.

PARIS: Faire contre mauvaise fortune bon cœur, c’est exactement ce qu’a tenté l’ambassadrice de Palestine en France, Hala Abou-Hassira, autour d’un petit déjeuner organisé par la Chambre de commerce franco-arabe à Paris.

Invitée par le président de la Chambre, Raoul Delamare, à s’exprimer sur le thème « La Palestine : quel avenir politique ? », Abou-Hassira est intervenue avec une lucidité teintée de volontarisme.

Elle n’a pas dressé l’inventaire, désormais bien connu, des destructions et des difficultés auxquelles sont confrontés les Palestiniens. Elle a choisi de parler d’autre chose.

Malgré la guerre et les crises, l’économie palestinienne cherche encore à fonctionner, les entrepreneurs continuent d’entreprendre, affirme-t-elle, qualifiant le capital humain de l’un des principaux atouts de la Palestine.

Après l’effondrement de l’activité depuis 2023, le PIB palestinien a progressé de 4,3 % en 2025, mais reste environ 20 % inférieur à son niveau de 2022.

« Beaucoup ont été étonnés par l’organisation de ce petit déjeuner », a-t-elle raconté. Certains lui auraient demandé : « Qu’est-ce que vous allez raconter ? Qu’est-ce que vous allez vendre aux entreprises françaises ? » Face à l’ampleur des destructions, à Gaza et en Cisjordanie, « est-ce que vous allez leur mentir ? Est-ce que vous allez inventer ? »

Sa réponse tient en quelques mots : « Je ne vais pas raconter la misère et une situation politique catastrophique. Je vais juste raconter mon pays et son peuple, et toute l’énergie et la force que nous avons. »

Pour l’ambassadrice, cette démarche prend un relief particulier depuis la reconnaissance officielle de l’État de Palestine par la France, annoncée par Emmanuel Macron à l’Assemblée générale des Nations unies le 22 septembre 2025, une décision qu’elle qualifie d’historique et dont elle souligne la portée politique.

À Gaza, près de 92 % des établissements économiques auraient été endommagés ou détruits et le chômage atteindrait environ 80 % de la population active.

Mais, insiste-t-elle, « un État, c’est aussi une économie », or cette économie est aujourd’hui profondément fragilisée.

Après l’effondrement de l’activité depuis 2023, le PIB palestinien a progressé de 4,3 % en 2025, mais reste environ 20 % inférieur à son niveau de 2022.

À Gaza, près de 92 % des établissements économiques auraient été endommagés ou détruits et le chômage atteindrait environ 80 % de la population active. Les besoins de reconstruction sont, selon les estimations citées par Abou-Hassira, évalués à quelque 71,5 milliards de dollars.

La Cisjordanie n’échappe pas aux difficultés, avec les restrictions de circulation, les problèmes d’accès aux marchés et la baisse de l’emploi.

Mais l’ambassadrice refuse d’en rester à ce constat. « Nous devons parler de l’investissement à partir de cette réalité », affirme-t-elle, tout en rappelant que des entreprises continuent de fonctionner, que des entrepreneurs créent, que des ingénieurs développent des logiciels, que des agriculteurs produisent et que des industriels exportent.

Un capital humain mais pas d'angélisme

C’est sur ce « capital humain » qu’elle entend miser : une population jeune, éduquée et entreprenante, particulièrement présente dans l’ingénierie, les technologies de l’information, les télécommunications, les services financiers et le numérique.

La Palestine dispose également, selon elle, d’un écosystème de start-up et de compétences dans le développement logiciel, la fintech et les technologies de pointe.

Son discours se veut toutefois dénué d’angélisme. « Je ne réponds pas que le risque n’existe pas, ce serait faux », reconnaît-elle, mais « malgré le risque, il existe des compétences, des entreprises et des opportunités dont la valeur est réelle ».

Le numérique constitue, de son point de vue, l’un des domaines les plus prometteurs, puisque la Palestine prépare son passage à la 5G, développe ses infrastructures de fibre optique et entend accélérer le commerce électronique, l’intelligence artificielle, la télémédecine et l’éducation numérique.

L’administration elle-même poursuit sa transformation, avec un portail permettant déjà aux entreprises d’effectuer en ligne de nombreuses démarches liées à leur création et à leur fonctionnement.

Autres opportunités : l’agriculture et l’agroalimentaire figurent parmi les secteurs prioritaires, avec l’ambition de passer de la production à la transformation, au conditionnement et à la certification afin d’accroître la valeur ajoutée.

Les énergies renouvelables, notamment le solaire, l’efficacité énergétique et le stockage, offrent également des perspectives dans un territoire confronté à une forte dépendance énergétique.

La reconstruction de Gaza

À Gaza, la reconstruction concerne pratiquement tous les secteurs : eau, électricité, hôpitaux, écoles, logements et routes.

Le parc industriel de Bethléem, auquel l’AFD a consacré 10 millions d’euros, a notamment contribué à la création d’environ un millier d’emplois.

Le tourisme constitue enfin une autre piste, au-delà du seul tourisme religieux. Abou-Hassira cite notamment le projet d’un sentier de randonnée de quelque 500 kilomètres en Cisjordanie, développé avec le soutien français et de l’Agence française de développement, associant infrastructures locales, hébergements chez l’habitant et création d’emplois.

Elle insiste d’ailleurs sur le fait que la France ne part pas de zéro. L’Agence française de développement intervient en Palestine depuis 1999 et ses engagements, rappelle-t-elle, atteignent environ 700 millions d’euros dans des domaines comme l’eau, l’assainissement, le développement local et le secteur privé.

Le parc industriel de Bethléem, auquel l’AFD a consacré 10 millions d’euros, a notamment contribué à la création d’environ un millier d’emplois.

Autre exemple cité : Proparco, qui a accordé en 2024 une ligne de financement de 20 millions de dollars à la Bank of Palestine pour soutenir les PME et les start-up palestiniennes, avant d’entrer en 2025 à hauteur de 10 millions d’euros au capital de la banque.

Pour l’ambassadrice, ce type d’opération montre qu’au-delà de l’aide, une relation économique peut se construire autour du financement, de l’investissement et de partenariats commerciaux.

C’est précisément cette étape qu’elle souhaite désormais franchir : « Passer de la coopération à la réalisation de nos projets et de la relation institutionnelle à la relation contractuelle. »

Elle reconnaît que les investisseurs ont besoin d’un cadre juridique, de garanties et d’informations fiables, et souligne que la Palestine prévoit notamment l’égalité de traitement entre investisseurs étrangers et nationaux, la protection des investissements, le transfert des ressources financières ainsi que des incitations fiscales et douanières.

Mais son message aux entreprises françaises se veut surtout pragmatique : il consiste à ne pas nier les risques, mais à les évaluer et à chercher les instruments permettant de les maîtriser.

Alors, plutôt que de demander à ces entreprises de fermer les yeux sur les risques, Abou-Hassira leur propose de regarder aussi ce qui subsiste derrière les destructions : « Nous avons un capital, nous avons des entreprises, nous avons un cadre de loi qui protège l’investissement étranger. »

Et de conclure sur une invitation qui résume toute son intervention : « La Palestine ne cherche pas des partenaires qui l’aident, elle cherche des partenaires qui entreprennent avec elle, qui investissent avec elle, qui innovent avec elle et qui produisent avec elle. »