LISBONNE: L'UE a l'intention de faire payer le prix fort au président bélarusse Alexandre Loukachenko pour le détournement dimanche vers Minsk d'un avion de ligne européen afin d'arrêter un opposants au régime, a déclaré à l'AFP le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.
"Les chefs d'État et de gouvernement nous ont demandé lundi de proposer des sanctions économiques sectorielles, ce que nous n'avons pas l'habitude de faire dans l'UE", a-t-il expliqué lors d'un entretien mercredi soir à Lisbonne, à la veille d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE.
"Le Bélarus est un gros exportateur de potasse : 2,5 milliards de dollars. Tout passe par les pays baltes. Il est facile de le contrôler, si on le veut vraiment", a-t-il déclaré. "On peut aussi imaginer que le gaz russe qui arrive en Europe via le Bélarus pourrait arriver par un autre gazoduc. Le Bélarus perdrait les droits de transit, ce qui n'est pas négligeable".
Alexandre Loukachenko a suscité l'indignation des Occidentaux en envoyant dimanche un avion de chasse pour intercepter un vol Ryanair reliant Athènes à Vilnius, à bord duquel voyageaient le journaliste dissident bélarusse Roman Protassevitch et son amie Sofia Sapega, qui ont été arrêtés.
Les Vingt-Sept ont riposté en interdisant aux compagnies aériennes bélarusses l'accès à l'Union européenne et en demandant aux transporteurs européens de ne pas survoler son espace aérien.
Outre des propositions de nouvelles sanctions frappant des secteurs économiques dont Minsk tire profit, ils ont demandé l'ajout de noms à la liste des 88 personnalités du régime et aux sept entreprises déjà inscrites sur une liste noire pour leur implication dans la répression de l'opposition bélarusse.
"Détourner un avion pour arrêter un passager, cela nécessitait une réaction forte (...). Si on n'employait pas maintenant le langage du pouvoir, cela serait la preuve qu'on ne veut pas le faire", estime M. Borrell.
"Les Européens hésitent toujours à prendre des sanctions économiques, mais cette fois nous devons vraiment prendre des mesures dont Loukachenko sente le poids", a-t-il souligné, ajoutant que cela pouvait être fait "rapidement".
Le casse-tête russe
Les ministres des Affaires étrangères de l'UE, réunis jeudi au Portugal, devraient entamer des discussions sur ces sanctions mais aucune décision n'est attendue dans l'immédiat.
Si l'atterrissage forcé de l'avion a propulsé le Bélarus en tête des priorités de l'UE, M. Borrell a prévenu qu'à plus long terme, l'Union aura davantage de difficultés à gérer sa relation avec la Russie, principal soutien de M. Loukachenko.
"Tout ne peut pas être réalisé par des sanctions. Avec la dynamique +Je te sanctionne, tu me sanctionnes+, nous entrons dans une spirale", a-t-il averti.
Les dirigeants européens ont demandé un rapport sur la Russie en juin avec des options d'actions. "Mais j'insiste : on ne nous a pas demandé de sanctions", précise M. Borrell.
Pour lui, le président russe Vladimir Poutine a opté pour la "confrontation" avec l'UE et "devient de plus en plus autoritaire" chez lui. "Mais nous devons être prudents. Face à la Russie, nous avons besoin de l'unité de l'UE pour réussir à l'arrêter lorsqu'elle viole le droit international, mais nous devons aussi être capables de lui parler".
"Malheureusement, l'UE ne parvient pas toujours à trouver l'unité. Chaque État a ses intérêts et la tentation de certains est de faire cavalier seul".





