LONDRES: L'invasion de l'Ukraine par la Russie a révélé les préjugés anti-arabes et antimusulmans dans l’ensemble des personnalités politiques et des médias européens. Pour des centaines de milliers de réfugiés et de demandeurs d'asile traqués, rejetés ou bloqués, cet état de fait ne doivent cependant pas surprendre.
L'incident le plus récent est un cas classique de ce deux poids deux mesures: un politicien danois a proposé que les réfugiés ukrainiens puissent être exemptés des lois qui ont permis aux autorités de saisir les biens des réfugiés syriens et iraniens.
Rasmus Stoklund, porte-parole du gouvernement social-démocrate du Danemark en matière d’immigration, a déclaré la semaine dernière au journal danois Ekstra Bladet que la loi dite «des bijoux» ne devrait pas être appliquée aux Ukrainiens fuyant le conflit parce qu'ils viennent d'une «région proche».
Cette loi très controversée autorise les demandeurs d'asile entrant sur le territoire à conserver des biens d'une valeur maximale de 10 000 couronnes danoises (1 couronne danoise = 0,13 euro). Tout ce qui dépasse ce montant est en revanche susceptible d'être saisi par l'État pour payer leur séjour dans le pays.
L'exemption potentielle des Ukrainiens de cette loi a mis en évidence le traitement très différent qu’ils ont reçu depuis l'invasion de leur pays, par rapport à ce qu'on connu les Syriens et d'autres nationalités, pour la plupart du Moyen-Orient et d'Afrique, lors de leur exil au cours de la dernière décennie.
«La loi de 2016 était surtout symbolique, destinée à envoyer un message inhospitalier aux personnes qui chercheraient refuge au Danemark», a déclaré Judith Sunderland, directrice associée de la division Europe et Asie centrale de Human Rights Watch, à Arab News.
«A présent, les autorités veulent envoyer le message inverse, mais à destination des réfugiés ukrainiens uniquement.
«Le fait de prévoir une exemption pour les réfugiés ukrainiens est clairement discriminatoire. S'ils n'ont pas à remettre leurs objets de valeur, pourquoi les autres réfugiés devraient-ils le faire?»

Le changement proposé «concrétise le contraste frappant entre l’accueil de l'UE réservé aux réfugiés ukrainiens et la réponse du bloc aux Syriens, Afghans, Irakiens, Érythréens et la liste pourrait s'allonger».
De l'avis de Sunderland: «l'empathie et la générosité dont ont bénéficié les Ukrainiens devraient s'étendre davantage à tous les réfugiés, quelle que soit leur nationalité, leur religion ou la couleur de leur peau.»
Ses inquiétudes sont partagées par Chris Doyle, directeur du Conseil pour la compréhension arabo-britannique, qui estime que «la loi danoise était mauvaise en premier lieu, peu importe à qui elle s'appliquait».
«Donc d'un côté, je suis ravi si le Danemark abolit cette loi pour les réfugiés ukrainiens», a-t-il déclaré à Arab News. «Toutefois, comme nous le constatons dans de nombreux pays, la réaction à l’accueil et à la prise en charge des réfugiés ukrainiens est complètement différente de celle des réfugiés syriens, afghans et ceux d’autres régions».
Selon Doyle, cela «ne devrait pas être la façon dont les pays élaborent leurs politiques en matière d'accueil des réfugiés».
L'ambassade du Danemark à Londres n'a pas répondu aux demande de commentaires d'Arab News.





