Haïti traque les assassins du président Moïse et s'enfonce dans le chaos

Haïti traque les assassins du président Moïse et s'enfonce dans le chaos
Short Url

Haïti traque les assassins du président Moïse et s'enfonce dans le chaos

Haïti traque les assassins du président Moïse et s'enfonce dans le chaos
  • Dans le pays, chacun restait jeudi aux aguets, essayant de comprendre comment une telle attaque fatale au chef de l'Etat a pu se produire
  • Le pays est de toute façon plongé dans une crise institutionnelle. Jovenel Moïse n'avait pas organisé d'élection depuis son arrivée au pouvoir début 2017, et le pays n'a plus de Parlement depuis janvier 2020

PORT-AU-PRINCE : La traque des assassins du président haïtien Jovenel Moïse s'accélérait jeudi, la police conduisant des opérations à Port-au-Prince, capitale d'un pays au bord du chaos.

A cette situation tendue s'ajoutait une controverse sur la transition au pouvoir.

Les magasins, les banques commerciales, les pompes à essence et les petits commerces de la principale métropole haïtienne gardaient porte close.

La police haïtienne a annoncé avoir tué quatre "mercenaires", membres présumés du commando qui a criblé de balles le président Moïse à son domicile par un commando armé dans la nuit de mardi à mercredi, et en avoir interpellé six autres. 

Parmi ces derniers, figure un citoyen américain, a affirmé jeudi Mathias Pierre, ministre chargé des questions électorales.

Le département d'Etat, sans confirmer l'arrestation d'un ressortissant américain, a annoncé jeudi avoir accepté d'aider la police haïtienne dans le cadre de l'enquête.

Le chef de la police nationale haïtienne, Léon Charles, a lancé un appel au calme. Il est toutefois resté vague sur les opérations en cours.

"Parmi les assaillants, six sont entre les mains de la police et cinq voitures ont été récupérées. Malheureusement la population en a brûlé trois", a-t-il dit jeudi dans une conférence de presse.

"Nous avons déjà en main les auteurs physiques et nous sommes à la recherche des auteurs intellectuels", a poursuivi le chef policier.

Plusieurs "auteurs possibles" de l'assassinat du président "ont par ailleurs trouvé refuge dans deux bâtiments" à Port-au-Prince "et sont encerclés par la police", a de son côté affirmé l'émissaire de l'ONU dans ce pays, Helen La Lime.

L'aéroport de Port-au-Prince a été fermé, tout comme la frontière avec la République dominicaine.

Dans le pays, chacun restait jeudi aux aguets, essayant de comprendre comment une telle attaque fatale au chef de l'Etat a pu se produire.

"Où étaient passés les policiers bien équipés qui surveillent nuit et jour le président? Pourquoi ils n'ont pas réagi?", dénonçait Julia, une avocate de 28 ans.

Devant un commissariat de Petionville, en banlieue de Port-au-Prince, des habitants acclamaient la police pour avoir procédé à des arrestations et appelaient au lynchage des assaillants présumés.

Le commando était composé de tueurs à gages "professionnels" s'étant fait passer pour des responsables de l'agence américaine antidrogue, selon l'ambassadeur haïtien aux Etats-Unis.

La communauté internationale s'est immédiatement alarmée de cet assassinat, à l'image du président américain Joe Biden et du pape qui ont dénoncé un acte "odieux" tandis que le Conseil de sécurité de l'ONU a réclamé que les auteurs de l'assassinat "soient rapidement traduits en justice". Il s'est réuni en urgence en milieu de journée jeudi à huis clos.