Au Liban, la lente agonie du secteur de la restauration

Au Liban, la lente agonie du secteur de la restauration
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Au Liban, la lente agonie du secteur de la restauration

Au Liban, la lente agonie du secteur de la restauration
  • Travailler 7/7, réduire les coûts et n’accepter que le cash, des conditions désormais sine qua non pour survivre lorsqu’on est restaurateur au Liban
  • De nombreux restaurants ont mis la clé sous la porte depuis janvier 2020 et d’autres suivront inévitablement

BEYROUTH: Autrefois fer de lance du tourisme du Liban, le secteur de la restauration est au supplice. Entre la pandémie de coronavirus et la descente aux enfers financière du pays, les restaurateurs subissent dans le même temps une dévaluation record de la livre libanaise, une hyperinflation sans précédent et des fermetures aléatoires liées aux confinements successifs. À cela s’ajoutent les contrôles officieux de capitaux mis en place par les banques, qui limitent, de fait, les montants en livres libanaises susceptibles d’être retirés. 

De nombreux restaurants ont mis la clé sous la porte; d’autres suivront inévitablement. «Concernant les fermetures de restaurants, nos chiffres remontent au mois de janvier 2020; alors, 1 200 restaurants étaient déjà fermés», précise à Arab News en français Maya Békhazi, secrétaire générale du Syndicat libanais des propriétaires de restaurants. La crise économique avait commencé bien avant le soulèvement populaire du mois d’octobre 2019. 

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«Depuis la fin de l’année 2017, nous misions de plus en plus sur les touristes et les expatriés pour réaliser nos chiffres d’affaires, et non plus sur les personnes qui travaillent au Liban», ajoute-t-elle, faisant observer que les chiffres officiels des fermetures définitives ne sont pas disponibles. 

«Depuis le confinement de janvier 2020, des centaines de restaurants n’ont pas rouvert leurs portes. Certains ont fermé définitivement et d’autres à titre provisoire. Il y a également ceux qui ont été lourdement touchés par l’explosion de Beyrouth. Ils ferment pour de nombreuses raisons: ils ne peuvent plus payer le loyer ou les fournisseurs et, à cause de la fluctuation de la livre face au dollar, ils ne savent plus à quels prix fixer leurs produits», explique-t-elle. 

Dany Khoury, qui possédait plusieurs bars qui comptaient parmi les hauts lieux de la vie nocturne de Beyrouth après la guerre, a dû se résoudre à fermer, au mois de janvier dernier, les établissements qu’il possédait encore dans la capitale libanaise.

«En 2018, notre entreprise employait cent quatre-vingts personnes. Nous avions des bars-restaurants dans différents quartiers de Beyrouth: deux à Hamra, deux à Badaro, un à Mar Mikhael et un autre dans la banlieue de la capitale, à Dbayé. Nous avons ensuite commencé à fermer progressivement. La crise n’a pas commencé en 2019 avec le début de la dévaluation de la livre, mais bien avant», explique-t-il. 

Il confie également que, depuis la dévaluation de la livre et le confinement de janvier dernier, les choses sont devenues vraiment pénibles: «Il faut payer le loyer; deux propriétaires voulaient des chèques bancaires en dollars, un autre du dollar en cash», révèle Dany Khoury. 

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Trois valeurs différentes du dollar… 

Au Liban, il existe actuellement et depuis plus d’un an et demi trois valeurs différentes du dollar face à la livre libanaise (LBP). 

D’abord, l’ancienne valeur fixe, qui fut en vigueur pendant plus de vingt-cinq ans et qui s’élève à 1 500 LBP pour 1 dollar (1 dollar = 0,84 euro); la valeur des chèques bancaires des déposants, où un dollar équivaut à 3 900 LBP; enfin, la valeur du marché noir, qui fluctue en fonction des humeurs des bureaux de change et des développements politiques. Ce taux s’élève aujourd’hui de 12 500 LBP pour 1 dollar. 

En outre, les billets verts sont de plus en plus difficiles à trouver sur le marché – c’est même quelquefois impossible. Khoury explique à Arab News en français qu’il faut également «payer les fournisseurs, qui n’acceptent plus que le liquide libanais à la valeur du cours du dollar au marché noir ou les dollars en liquide, et cela à la livraison. Avant la crise, nous disposions d’une période de soixante jours après la livraison des produits pour payer la marchandise. Le plus dur, c’était d’assurer les salaires des employés. Au mois d’octobre 2019, cinquante-neuf personnes travaillaient dans les trois cafés-restaurants qui étaient encore ouverts. Au fil du temps, nous avons été contraints de les remercier». 

«Et puis, il y a les imprévus: une douzaine de verres qui se cassent et qu’il faut remplacer, l’air conditionné qui tombe en panne et qu’il faut réparer… Avec quel argent payer, quand tout le monde veut du liquide et qu’il y a des restrictions bancaires sur le cash?», s’interroge-t-il. 

«Aujourd’hui, nous nous retrouvons avec les meubles de six restaurants et des cuisines quasi neuves; tout cela est entreposé dans des dépôts. Nous ne savons pas s’il faut les vendre ou attendre quatre ou cinq ans pour reprendre le travail», soupire le restaurateur, pour qui «la reprise économique n’aura pas lieu de sitôt». 

«Ne pensez surtout pas que les restaurants qui sont restés ouverts gagnent de l’argent ou peuvent savoir ce que leur réserve l’avenir. Au Liban, ceux qui tiennent encore sont les franchises ou des entreprises qui possèdent des restaurants à l’étranger. Les autres fermeront sûrement petit à petit. Durant un an, nous avons essayé de “faire avec” en espérant que les choses iraient mieux, mais la situation n’a fait qu’empirer», déplore-t-il. 

«Il n’y a plus que le service à emporter et la livraison à domicile dans la restauration rapide qui fonctionnent et qui demeurent rentables», explique à Arab News en français Maya Békhazi Noun. Cela ne signifie pas, pour autant, que ce secteur est en plein boom; simplement, il n’a pas essuyé de grosses pertes.