Comment la politique d'ouverture de Sadate a intégré l’Égypte aux économies développées

Comment la politique d'ouverture de Sadate a intégré l’Égypte aux économies développées
Short Url

Comment la politique d'ouverture de Sadate a intégré l’Égypte aux économies développées

Comment la politique d'ouverture de Sadate a intégré l’Égypte aux économies développées
  • La politique de l’infitah rompt avec le modèle centralisé d’influence soviétique de son prédécesseur, Gamal Abdel Nasser
  • L’économie est soutenue par une aide financière accrue en provenance des États-Unis, les revenus du canal de Suez et le secteur touristique naissant en Égypte

LONDRES : En 1973, pendant l’hiver, Anouar el-Sadate se prélasse au soleil. À l’époque, il est «batal al-oubour» – le «héros de la traversée». La guerre de 1973 contre Israël est un énorme coup de propagande réussi, même si la réalité est différente de ce qui est dit dans les médias égyptiens.

Après des années de planification, l’armée égyptienne réussit à traverser le canal de Suez, prenant l’armée israélienne au dépourvu. La fierté nationale est restaurée et les Égyptiens donnent un nouveau surnom à El-Sadate. 

Cependant, à l’échelle locale, la situation économique est le vrai problème auquel fait face Anouar El-Sadate. Les attentes de la population égyptienne sont élevées après la victoire militaire; la confrontation avec Israël ne peut plus servir d’excuse à toutes les privations qu’elle subit. 

Après la défaite de l’Égypte en 1967 – soit six ans plus tôt – le pays est presque en faillite. La guerre a porté un coup dur à l’industrie. L’inflation et la dette extérieure sont toutes deux élevées. 

Au cours de ses quatorze années au pouvoir, le prédécesseur d’El-Sadate, Gamal Abdel Nasser, a réussi à courtiser l’Union soviétique et à obtenir son soutien. 

Ensemble, Nasser et les Russes construisent le deuxième barrage d’Assouan, un projet destiné à mener l’Égypte sur la double voie du développement industriel et agricole. 

Les ambitions ne sont cependant pas pleinement réalisées. Au cours des premières années, le projet de barrage rencontre des problèmes de démarrage. Les terres situées en aval du barrage sont affectées par une augmentation de la salinité et des problèmes d’engorgement. 

1
1

Lorsqu’El-Sadate prend le pouvoir après la mort de Nasser en 1970, l’économie est toujours gérée en fonction des exigences des planificateurs centraux. 

Les prix des produits de base sont contrôlés et les investissements dans les projets sont imposés de manière centralisée, ce qui entraîne des pénuries et un gaspillage généralisés. 

La population jeune de l’Égypte s’élève à 34,5 millions de personnes, avec un taux de croissance de l’ordre de 2,5 %. 

L’économie est entravée par de faibles niveaux de productivité, une absence d’éducation de qualité et un manque conséquent de travailleurs qualifiés. On indique aux agriculteurs ce qu’ils doivent planter. Dans la terminologie d’aujourd’hui, les indicateurs de prix ne sont pas efficaces. 

D’autres problèmes persistent. Nasser a mis en place un énorme secteur public et une économie d’État réglementée à outrance, imitant l’Union soviétique. 

Il avait ouvert l’enseignement supérieur à tous et garanti un emploi à chaque diplômé sans trop se soucier de la qualité ou de la pertinence de la formation. 

Une fois leur diplôme universitaire en main, les Égyptiens se tournent en grande partie vers les ministères, les municipalités et les entreprises contrôlées par l’État où la sécurité d’emploi est garantie. Il en résulte alors de faibles niveaux de productivité avec une tendance à entraver l’innovation et l’entrepreneuriat. 

Nasser a également orchestré l’émigration de grandes communautés d’artisans et de petits commerçants italiens et grecs qu’on appelle les moutamasriyoun (les «égyptianisés»). 

Si les réformes des années 1950 ont brisé le pouvoir des grands propriétaires, ces acteurs moins importants ont été aliénés par l’État qui s’emparait de leurs biens. 

Entre 1962 et 1964, par exemple, toutes les terres appartenant à des étrangers sont expropriées. L’intégralité de la communauté juive fuit le pays dans les années 1950. 

Le bilan de l’exode: un effondrement des services municipaux, entre autres, et une pénurie de travailleurs qualifiés dans le secteur public et les services d’utilité publique comme l’approvisionnement en électricité. 

El-Sadate n’a jamais eu peur du défi. Il aimait faire face aux situations difficiles. Il a travaillé comme espion pour les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale contre les Britanniques, puis comme vice-président de Nasser. Il décidé de rompre avec son prédécesseur en rouvrant l’Égypte aux investissements étrangers. 

C’est l’infitah ou «l’ouverture». Il s’agit d’un ensemble de mesures de libéralisation liées à un certain assouplissement politique. 

La politique rejette les liens étroits avec l’Union soviétique et établit des relations plus solides avec les États-Unis et les États de la péninsule Arabique. Cette politique suppose également une séparation entre l’armée et l’économie. 

Après la mort de Nasser, El-Sadate préfigure les réformes avec un plan d’action nationale en 1971. En 1972, il expulse des milliers de conseillers militaires soviétiques. 

En 1974, il promulgue une nouvelle réglementation sur les investissements intitulée «Loi 43». Les tarifs sont revus à la baisse et les banques étrangères sont encouragées à revenir au pays. El-Sadate annule certaines confiscations de propriétés privées.