Il existe un proverbe japonais particulièrement évocateur, porteur d’une sagesse intemporelle pour ceux qui se sont égarés : « Si vous montez dans le mauvais train, descendez à la prochaine station. Plus vous restez à bord, plus le voyage retour vous coûtera cher. »
Ce conseil n’a jamais été aussi pertinent qu’aujourd’hui pour la milice houthie et sa direction. Depuis des années, la milice agit comme un dangereux instrument régional, renversant le gouvernement légitime du Yémen et lançant des attaques de drones et de missiles contre les infrastructures civiles et énergétiques saoudiennes ainsi que les lieux saints. Pourtant, malgré cette longue histoire d’hostilité, l’Arabie saoudite a constamment choisi la voie de la paix plutôt que les ravages de la guerre. La patience stratégique dont fait preuve le Royaume se manifeste également dans son approche régionale plus large : malgré de profondes tensions géopolitiques, Riyad maintient des canaux diplomatiques actifs ainsi que des échanges téléphoniques directs entre les ministres des Affaires étrangères avec Téhéran, dans l’espoir de parvenir à un accord stable et structuré.
Pendant longtemps, cette même patience diplomatique a été étendue aux Houthis. Mais la milice a stupidement pris la retenue saoudienne pour de l’impuissance. Dès les premiers jours de l’opération « Epic Fury », Riyad a clairement indiqué que la stabilité du Yémen, la sécurité de la mer Rouge et la liberté de navigation constituaient des lignes rouges infranchissables. Nous avons exhorté les Houthis à ne pas intervenir ni chercher à exploiter les conflits régionaux plus larges, précisément pour préserver notre capacité d’action.
Dès les premiers jours de l’opération « Epic Fury », Riyad a clairement indiqué que la stabilité du Yémen, la sécurité de la mer Rouge et la liberté de navigation constituaient des lignes rouges infranchissables.
Faisal J. Abbas | Rédacteur en chef
Alors que la milice célébrait ses premières avancées tactiques, pensant avoir pris de vitesse ses voisins, la réalité était bien plus calculée. Tandis que les Houthis s’épuisaient à force de disperser leurs forces, Riyad a mis à profit cette période de retenue : planification stratégique, entraînement des forces armées yéménites, collecte de renseignements approfondis et consolidation d’alliances solides. Le fruit de cette préparation stratégique s’est concrétisé avec l’activation de l’accord de défense conjoint de La Mecque avec la Turquie et le Pakistan. Dans le même temps, les Houthis ont largement dilapidé leur capital auprès de l’opinion publique en prenant pour cibles les infrastructures énergétiques civiles et les villes saintes.
Les événements spectaculaires des 72 dernières heures ont constitué une sévère prise de conscience. Au cours d’une rapide contre-offensive coordonnée, le gouvernement yéménite légitime, soutenu par l’Arabie saoudite, est passé de la « préparation à l’action », reprenant la ville portuaire stratégique de Mokha et rétablissant le contrôle souverain du détroit stratégique de Bab Al-Mandab. Soutenus par une puissance aérienne de coalition écrasante, les Houthis ont subi de lourdes pertes sur le terrain et continueront d’en subir s’ils persistent dans cette voie.
Tandis que les Houthis s’épuisaient à force de disperser leurs forces, Riyad a mis à profit cette période de retenue.
Faisal J. Abbas | Rédacteur en chef
Le gouvernement yéménite n’a désormais aucune raison de reculer. Je parie que les Houthis repensent avec amertume à l’année 2024, regrettant d’avoir ignoré les conseillers étrangers qui les poussaient à la guerre et de ne pas s’être pleinement engagés sur la voie de la feuille de route de paix négociée sous l’égide de l’ONU lorsqu’elle leur a été proposée pour la première fois.
Le calcul est simple : plus vite les Houthis se présenteront à la table des négociations, moins ils auront à céder, d’autant que les rapports de force, l’opinion publique mondiale et le soutien international à la guerre jouent tous contre eux. Cela semble logique, mais le bon sens n’est pas vraiment la qualité la mieux partagée chez les idéologues. Pourtant, les personnes raisonnables comprendront que prendre du recul est le seul moyen d’épargner au peuple yéménite de nouvelles souffrances provoquées de toutes pièces et de protéger l’économie mondiale contre de nouveaux chocs énergétiques. Il est temps pour les Houthis de descendre du train avant que le billet retour ne devienne totalement hors de leur portée.
Faisal J. Abbas est le rédacteur en chef d’Arab News.
X : @FaisalJAbbas
NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

