JÉRUSALEM: Les combats ont encore fait rage jeudi dans et autour des plus grandes villes de la bande de Gaza, deux mois après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée le 7 octobre par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien sur le sol israélien.
Après une première phase, dans le nord du territoire palestinien, de son offensive terrestre contre le Hamas, l'armée a étendu ses opérations jusque dans le sud, où sont réfugiés des centaines de milliers de civils désormais pris au piège, acculés dans un territoire de plus en plus exigu.
Le bilan dans le petit territoire assiégé et dévasté s'est encore alourdi jeudi pour atteindre 17.177 morts, à 70% des femmes et des moins de 18 ans, tués par les bombardements israéliens, selon le ministère de la Santé du Hamas.
En Israël, l'attaque sans précédent menée par le Hamas le 7 octobre a fait 1.200 morts, essentiellement des civils, et 138 otages sont toujours détenus à Gaza, sur environ 240 enlevés le jour de l'attaque, selon les autorités israéliennes.
Dans la bande de Gaza, les soldats israéliens, appuyés par des frappes aériennes, ont affronté jeudi les combattants du Hamas à Khan Younès, la plus grande ville du sud devenue l'épicentre de la guerre, ainsi que dans le nord, dans la ville de Gaza et le secteur voisin de Jabalia.
Dans le sud, des centaines de milliers de civils se sont massés depuis le début de la guerre à proximité de la frontière fermée avec l'Egypte, fuyant les combats dans le nord, dans une situation humanitaire désastreuse.
Depuis la reprise des combats le 1er décembre après sept jours de trêve, une partie d'entre eux ont été contraints par l'armée de se déplacer à nouveau, fuyant quelques kilomètres plus loin vers la ville frontalière de Rafah, à mesure que les combats s'étendaient.
En riposte à l'attaque du 7 octobre, Israël a promis d'anéantir le Hamas, au pouvoir à Gaza, classé organisation terroriste par les Etats-Unis, l'Union européenne et Israël, et a lancé sur le territoire une intense campagne de frappes aériennes doublée depuis le 27 octobre d'une offensive terrestre.
Au total, 89 soldats israéliens ont été tués dans les combats à Gaza, selon l'armée.
Prier et pleurer
Dans le nord, des dizaines de chars et véhicules blindés israéliens ont pénétré dans la vieille ville de Gaza. A Khan Younès, l'armée a annoncé jeudi avoir "tué des terroristes du Hamas et frappé des dizaines de cibles terroristes".
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a déclaré mercredi que les forces israéliennes "encerclaient la maison" à Khan Younès de Yahya Sinouar, le chef du Hamas dans la bande de Gaza, considéré comme l'architecte de l'attaque du 7 octobre.
Le porte-parole de l'armée Daniel Hagari a affirmé que Yahya Sinouar se cachait dans des tunnels du Hamas.
A l'hôpital Al-Aqsa, dans la ville de Gaza, 115 corps sont arrivés en 24 heures, selon Médecins Sans Frontières.
A Rafah, dans la morgue de l'hôpital al-Najjar, une vingtaine de cadavres enveloppés de plastique blanc, dont ceux d'enfants, étaient allongés par terre, entourés par leurs proches qui priaient et pleuraient.
Dans cette ville, des milliers de déplacés ont installé des camps de fortune où ils tentent de survivre dans le plus grand dénuement.
Abdullah Abou Daqqa, de Khan Younès, et désormais à Rafah, est à bout: "Depuis deux mois, on bouge d'un endroit à un autre, c'était les deux mois les plus durs. Nous avons beaucoup perdu (...), de l'argent, des enfants et nous nous sommes perdus nous-mêmes. Nous sommes très fatigués, nous dormons dans la rue".
Arrivé lui aussi à Rafah, Ahmad Hajjaj, venu du camp de Chati, dans le nord, décrit une situation catastrophique: "Nous n'avons pas de produits de première nécessité, la situation empire de jour en jour, et il n'y a pas de solution politique à l'horizon".
Système de santé «à genoux»
Le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a évoqué un système de santé "à genoux" dans la bande de Gaza, où la plupart des hôpitaux du nord ne fonctionnent plus tandis que ceux du sud, submergés par l'afflux de milliers de blessés, sont au bord de l'effondrement.
Israël a imposé depuis le 9 octobre un siège total à la bande de Gaza, qui provoque de graves pénuries d'eau, de nourriture, de médicaments, d'électricité, tandis que l'aide humanitaire, dont l'entrée est soumise au feu vert israélien, n'arrive qu'au compte-gouttes depuis l'Egypte.
Le carburant, nécessaire au fonctionnement des générateurs dans les hôpitaux et aux équipements de dessalinisation de l'eau, manque aussi.
Le gouvernement israélien a cependant autorisé la livraison d'un "supplément minimal" de carburant à Gaza pour éviter un "effondrement humanitaire" et des épidémies, deux jours après un appel en ce sens des Etats-Unis, son allié.
Selon l'ONU, 1,9 million de personnes, soit environ de 85% la population, ont été déplacées par la guerre dans la bande de Gaza où plus de la moitié des habitations sont détruites ou endommagées.
La ville de Rafah est le seul endroit où de l'aide humanitaire est encore distribuée, en quantité limitée, selon l'ONU.





