Solution à deux États : « Combien de temps encore notre région devra-t-elle subir cette instabilité ? », demande Riyad

Chaque retard dans la mise en œuvre de la solution à deux États entraîne un coût humain croissant, a averti jeudi le ministre saoudien des Affaires étrangères.
Chaque retard dans la mise en œuvre de la solution à deux États entraîne un coût humain croissant, a averti jeudi le ministre saoudien des Affaires étrangères.
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Solution à deux États : « Combien de temps encore notre région devra-t-elle subir cette instabilité ? », demande Riyad

Solution à deux États : « Combien de temps encore notre région devra-t-elle subir cette instabilité ? », demande Riyad
  • Événement coprésidé par le Royaume d’Arabie saoudite, la Norvège et l’UE, en coordination avec la France, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies
  • Ministre norvégien des Affaires étrangères : la situation sur le terrain « se détériore plus vite que notre réponse collective »

NEW YORK : Chaque retard dans la mise en œuvre de la solution à deux États entraîne un coût humain croissant, a averti jeudi le ministre saoudien des Affaires étrangères, mettant les puissances mondiales au défi de préciser combien de vies encore seraient perdues avant que l’État palestinien ne devienne une réalité.

Le prince Faisal bin Farhan a ouvert une réunion ministérielle de haut niveau de l’Alliance mondiale pour la mise en œuvre de la solution à deux États, en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies.

Il a déclaré que les fondements d’un règlement durable étaient quotidiennement érodés par les déplacements de population, les expulsions et l’affaiblissement délibéré des institutions palestiniennes.

« Tout retard a un prix », a-t-il ajouté. « Combien de souffrances, combien de chocs les Palestiniens et les Israéliens devront-ils encore endurer avant que nous ne parvenions à cette vision ? Combien d’instabilité notre région devra-t-elle encore supporter ? »

La réunion était coprésidée par l’Arabie saoudite, la Norvège et l’Union européenne, en coordination avec la France. Elle s’est tenue alors que de hauts responsables reconnaissaient l’écart grandissant entre un soutien diplomatique sans précédent à la création d’un État palestinien et une situation qui ne cesse de se détériorer à Gaza et en Cisjordanie.

Le prince Faisal a déclaré que l’Initiative de paix arabe, proposée par l’Arabie saoudite, offrait toujours un fondement viable : «la terre contre la paix, deux États, la sécurité pour les deux États et une prospérité commune».

Il a ajouté que cette vision reposait sur les résolutions et le droit internationaux, et qu’elle avait été renforcée par le plan du président américain Donald Trump visant à mettre fin au conflit à Gaza.

« Nous ne devrions pas attendre encore 25 ans pour revenir à un principe qui s’est avéré viable », a déclaré le prince Faisal, avertissant que Gaza « ne devrait pas sortir de cette crise politiquement ou géographiquement séparée de la Cisjordanie, y compris de Jérusalem-Est ».

Il a déclaré que l’Arabie saoudite rejetterait « les arrangements temporaires présentés comme des solutions définitives », ainsi que les accords dictés par « des considérations géopolitiques passagères ».

Le prince Faisal a présenté une vision porteuse d’espoir pour la région, en déclarant : « Je vois nos enfants surmonter leur traumatisme. Je vois des générations qui partagent le même avenir. »

Il a décrit Jérusalem comme un lieu susceptible de devenir « un symbole de notre humanité commune ». L’objectif de Riyad, a-t-il précisé, est « une Palestine, deux États, une région de paix ».

Cela signifie un État palestinien souverain, viable et contigu, coexistant avec Israël dans le cadre des frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, dans une région où musulmans, chrétiens et juifs vivent ensemble dans le respect de leurs droits religieux.

L’Arabie saoudite continuera à œuvrer « avec les États-Unis et nos partenaires au sein de l’alliance (mondiale) » pour y parvenir, a-t-il déclaré.

Le ministre norvégien des Affaires étrangères, Espen Barth Eide, a déclaré que la situation sur le terrain « se détériore plus rapidement que notre réponse collective ».

Les conditions à Gaza et en Cisjordanie sont « plus sombres que jamais », même si le soutien politique international « n’a jamais été aussi fort », a-t-il ajouté.

« Nous savons exactement quel est l’objectif. Nous n’avons pas besoin de discuter de l’objectif. Nous devons discuter de sa mise en œuvre. »

Il a exhorté les partenaires à agir dès maintenant pour empêcher que les conditions préalables à la création d’un État palestinien ne disparaissent complètement, précisant que plus de 90 pays travaillent désormais de manière systématique au sein de l’alliance.

Il a défendu la reconnaissance de la Palestine par la Norvège l’année dernière, y voyant une rupture avec des décennies d’attente autour des négociations bilatérales menées dans le cadre du processus de paix d’Oslo.

M. Eide a mis en avant l’interdiction par la Norvège du commerce avec les colonies israéliennes illégales, adoptée conjointement avec d’autres pays, comme un moyen d’établir une distinction entre Israël et les territoires occupés, conformément aux récentes décisions de la Cour internationale de justice.

Il a annoncé une augmentation du soutien budgétaire à l’Autorité palestinienne et a exhorté les autres pays à suivre cet exemple, déclarant : « Pour réformer quelque chose, il faut aussi que cela reste en vie. »

Il a appelé à un cadre de sécurité régional plus inclusif, affirmant que la sécurité « ne peut pas être construite pour certains tout en excluant les autres ».

La chef de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a déclaré que cette réunion montrait que « le monde tout entier soutient la construction d’un avenir meilleur pour le peuple palestinien ».

Mme Kallas a salué les efforts de réforme de l’Autorité palestinienne et ses préparatifs en vue des élections législatives, affirmant : « Celles-ci doivent avoir lieu. »

Elle a toutefois ajouté que les ambitions de l’alliance étaient « de plus en plus en contradiction avec les dures réalités sur le terrain ».

À Gaza, a-t-elle précisé, les frappes israéliennes se poursuivent et les besoins humanitaires restent criants, tandis que la violence et l’expansion des colonies en Cisjordanie menacent la viabilité d’un État palestinien.

« Notre tâche aujourd’hui n’est pas de réaffirmer notre soutien à l’objectif de ce groupe, mais de combler le fossé entre les engagements, les actions et les réalités sur le terrain, et de passer de la préservation à la concrétisation », a-t-elle ajouté.

Mme Kallas a mis en avant l’initiative « Team Gaza » de l’UE en faveur d’un relèvement rapide, ainsi que des projets pilotes dans les domaines de l’eau et des déchets.

Nickolay Mladenov, haut représentant du Conseil de la paix pour Gaza, a présenté le premier programme de relèvement et de reconstruction élaboré en collaboration avec le Comité national pour l’administration de Gaza.

Celui-ci comprend 66 projets s’étalant sur six mois, pour un coût d’environ 2,45 milliards de dollars, couvrant l’eau, l’assainissement, l’électricité, la santé, l’éducation, le logement et le déblaiement des décombres. Il a précisé que ce programme dépendait des conditions de sécurité plutôt que d’un calendrier précis.

« Là où les armes seront désarmées et où la sécurité sera rétablie, la reconstruction suivra, et elle se fera rapidement », a-t-il déclaré, soulignant qu’il ne s’agissait « pas d’un moyen de retenir l’aide ».

Il a ajouté que les Palestiniens seraient « les gestionnaires, les propriétaires et les concepteurs » de cet effort, et non les bénéficiaires d’« un énième projet international mené sans les consulter ».

M. Mladenov a reconnu que l’accès humanitaire restait bien en deçà de ce qu’exige le droit international, que le désarmement du Hamas n’avait pas encore commencé et que des Palestiniens continuaient d’être tués à Gaza.

« Un plan sans horizon n’est que de l’administration. Un horizon sans plan n’est que de la rhétorique », a-t-il déclaré, exhortant les membres de l’alliance à canaliser leurs efforts plutôt que de suivre des voies parallèles.

Il a averti que les parties « analysent les divisions internationales avec bien plus d’attention qu’elles ne lisent nos communiqués ».

Il a ajouté : « Si nous reconstruisons Gaza alors que la perspective de l’autodétermination palestinienne est vidée de son sens, nous n’aurons pas construit la paix. Nous aurons construit un confinement plus confortable. » La création d’un État palestinien « n’est pas une récompense » pour bonne conduite, mais « l’objectif », a-t-il déclaré.

Le prince Faisal a lancé cette alliance lors d’une réunion ministérielle en marge de la 79e Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2024.