Soudan: les paramilitaires ciblent cinq centrales électriques avec des drones

L'ONU a averti à plusieurs reprises que ces frappes répétées contre les infrastructures énergétiques menaçaient la santé et l'accès aux services essentiels de millions de personnes.
L'ONU a averti à plusieurs reprises que ces frappes répétées contre les infrastructures énergétiques menaçaient la santé et l'accès aux services essentiels de millions de personnes.
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Soudan: les paramilitaires ciblent cinq centrales électriques avec des drones

Soudan: les paramilitaires ciblent cinq centrales électriques avec des drones
  • La guerre au Soudan se mène désormais principalement à coups de drones. Les deux camps multiplient les frappes à travers le pays, faisant régulièrement des dizaines de victimes civiles.
  • Au cours des trois premières semaines d'octobre, les attaques de drones ont fait plus de 300 morts et des centaines de blessés, selon un bilan des Nations unies.

KHARTOUM: Les paramilitaires soudanais des Forces de soutien rapide (FSR) ont mené lundi une attaque coordonnée par drones visant cinq centrales électriques, provoquant d'importantes coupures de courant dans un pays déjà confronté à la plus grave crise alimentaire au monde.

Les drones ont ciblé deux installations dans chacun des États d'Al-Jazira et de Gedaref, ainsi qu'une cinquième dans celui du Nil-Blanc, "provoquant des coupures de courant dans de vastes zones de ces trois États", a déclaré à l'AFP un responsable gouvernemental sous couvert d'anonymat.

Ces régions sont sous le contrôle de l'armée, en guerre contre les FSR depuis avril 2023.

L'ONU a averti à plusieurs reprises que ces frappes répétées contre les infrastructures énergétiques menaçaient la santé et l'accès aux services essentiels de millions de personnes.

Selon un journaliste de l'AFP dans la province d'Al-Jazira, le courant est coupé depuis 2 heures du matin.

La situation est similaire dans l'État de Gedaref, a précisé un habitant, Babiker Youssef.

"Mon fils est diabétique, son insuline doit être conservée au réfrigérateur", a-t-il dit à l'AFP, craignant de ne pas pouvoir remplacer le médicament s'il devenait inutilisable.

"Nous ne savons pas quand le courant sera rétabli", a-t-il ajouté.

Lors de précédentes attaques de drones menées par les paramilitaires contre des centrales électriques ou des barrages hydroélectriques, les pannes ont souvent duré plusieurs jours, aggravant le calvaire de près de 20 millions de personnes frappées par la faim.

Pompes d'irrigation hors d'usage

La guerre au Soudan se mène désormais principalement à coups de drones. Les deux camps multiplient les frappes à travers le pays, faisant régulièrement des dizaines de victimes civiles.

Au cours des trois premières semaines d'octobre, les attaques de drones ont fait plus de 300 morts et des centaines de blessés, selon un bilan des Nations unies.

Troisième pays d'Afrique par sa superficie, le Soudan, qui compte environ 50 millions d'habitants, a été ravagé par cette guerre pour le pouvoir qui a fait plus de 200.000 morts, selon les travailleurs humanitaires.

La majorité des hôpitaux ont dû fermer, au moins huit millions d'enfants sont privés d'école et de vastes régions du pays n'ont plus accès aux services essentiels.

"L'approvisionnement en électricité venait tout juste de commencer à s'améliorer, il y a trois mois. La centrale détruite par la milice (les FSR, NDLR) venait d'être réparée et nous espérions que nos pompes d'irrigation pourraient enfin fonctionner à nouveau", raconte par téléphone à l'AFP un agriculteur de 54 ans, joint à Al-Junaid, dans l'État d'Al-Jazira.

"Nous pensions enfin pouvoir reprendre nos cultures, mais la centrale a de nouveau été frappée", poursuit-il, frustré de n'avoir pas pu cultiver normalement ses terres depuis quatre ans.

Depuis que l'armée a repris le contrôle de l'État d'Al-Jazira aux FSR l'an dernier, les agriculteurs peinent à remettre leurs terres en état et à les ensemencer de nouveau.

Plus à l'est, à Gedaref, Ibrahim Mohammed, un épicier de 37 ans, explique qu'il subissait déjà des coupures de courant de plusieurs heures avant la frappe.

"J'ai du poulet dans mon réfrigérateur. Soit nous perdons tout notre stock, soit nous sommes contraints de le vendre à n'importe quel prix, ce qui revient tout de même à perdre de l'argent", déplore-t-il.

Le Soudan est également confronté à une inflation galopante et à l'effondrement de sa monnaie, qui a perdu plus de 25% de sa valeur ces dernières semaines.