Les attaques coordonnées menées par l’Iran et ses mandataires houthis ont repris la semaine dernière après une accalmie des combats au cours du mois d’août. L’objectif apparent est de contrôler à la fois le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab al-Mandab. L’Iran a repris ses attaques contre le trafic maritime dans le Golfe et les Houthis ont relancé leurs attaques contre l’Arabie saoudite et certaines régions du Yémen contrôlées par le gouvernement reconnu par la communauté internationale. Le gouvernement yéménite tente d’enrayer l’avancée des Houthis et a besoin d’un soutien concret de la part de la communauté internationale.
Depuis plusieurs jours, les Houthis assiègent les forces fidèles au gouvernement dans la ville côtière de Mokha, située à environ 180 km au sud de Hodeidah et à 80 km au nord de Bab al-Mandab. La confirmation de la chute de Mokha constituerait un revers majeur, rendant d’autant plus urgent le soutien au gouvernement pour enrayer l’avancée des Houthis et leur interdire l’accès à la zone côtière donnant sur le détroit ainsi qu’aux collines qui la surplombent.
Les hostilités ont repris le 30 août, lorsque les États-Unis ont déclaré avoir pris pour cible deux lanceurs iraniens sur l’île de Larak après avoir observé des forces iraniennes s’apprêtant à lancer des roquettes transportant des mines marines en direction du détroit d’Ormuz. L’Iran a ensuite attaqué les pays voisins et les navires traversant le détroit — une manœuvre que Téhéran a perfectionnée depuis le début de la guerre en février.
Le 2 septembre, Mohsen Rezaei, le nouveau chef de la sécurité iranienne, a annoncé une « nouvelle stratégie ». Dans un message publié sur X, il a écrit : «Vous verrez bientôt que la nouvelle stratégie de l’Iran sur le champ de bataille, en matière de diplomatie et de lutte contre le blocus économique ébranlera vos fondements. »
Apparemment sur instruction de Téhéran, les Houthis ont rompu le 3 juillet leur trêve de quatre ans avec le gouvernement.
Dr Abdel Aziz Aluwaisheg
Mardi, l’Iran a déclaré avoir attaqué plus d’une douzaine de navires tentant de franchir le détroit d’Ormuz et a annoncé une extension considérable de la zone d’exclusion au-delà de ses eaux territoriales. Si le nombre de navires touchés fait l’objet de contestations, il est clair qu’il y a eu une recrudescence du nombre d’attaques et de la rhétorique qui les accompagne.
Apparemment sur instruction de Téhéran, les Houthis ont rompu le 3 juillet leur trêve de quatre ans avec le gouvernement, lorsque l’Iran a envoyé un vol de la compagnie Mahan Air à Sanaa, en violation de l’interdiction prononcée par le gouvernement yéménite. Cette compagnie aérienne appartient au Corps des gardiens de la révolution islamique et a été interdite par de nombreux pays, dont le Yémen, car elle est connue pour transporter des combattants et des armes vers les mandataires de l’Iran. Lorsque la compagnie a tenté de faire atterrir un autre avion à l’aéroport de Sanaa le 13 juillet, le gouvernement l’en a empêchée. Elle a toutefois réussi à atterrir dans une autre zone contrôlée par les Houthis, transportant ce que l’on pense être une cargaison d’armements et de conseillers militaires, accompagnée d’une délégation houthiste.
Presque immédiatement après leur retour d’Iran, les Houthis ont commencé à attaquer l’Arabie saoudite, le trafic maritime en mer Rouge et les zones du Yémen contrôlées par le gouvernement. Alors que l’Iran et les États-Unis reprenaient les pourparlers en août et suspendaient les combats dans le Golfe, les Houthis ont également modéré leurs provocations. Mais lorsque l’Iran a repris les combats dans le Golfe, les Houthis ont emboîté le pas.
Le 3 septembre, ils ont lancé une vaste offensive contre les positions gouvernementales dans les régions côtières et sur les collines surplombant la mer Rouge, dans le but de prendre le contrôle du détroit de Bab al-Mandab. Les affrontements se sont étendus à l’intérieur du Yémen, où les forces gouvernementales ont progressivement pris le dessus, tout en perdant apparemment du terrain le long de la côte. Mardi, les Houthis ont frappé les villes d’Abha, Khamis Mushait, Jazan et Najran, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite, blessant 73 civils, dont des femmes et des enfants. Face à la poursuite de ces attaques, tous les canaux de communication précédemment établis entre les Houthis et l’Arabie saoudite semblent s’être rompus.
L’objectif des attaques houthistes est de se rapprocher de Bab al-Mandab et de menacer le trafic maritime depuis les collines surplombant la voie navigable.
Dr Abdel Aziz Aluwaisheg
L’attaque non provoquée de cette semaine a suscité de nombreuses condamnations et des manifestations de soutien envers l’Arabie saoudite. Le Pakistan a exprimé sa « solidarité inébranlable ». Le ministre de la Défense, Khawaja Asif, a déclaré que l’accord de défense conjoint de La Mecque, conclu entre le Pakistan, l’Arabie saoudite et la Turquie, pourrait entrer en vigueur en cas d’agression contre le Royaume.
Asif a averti qu’« une agression non provoquée ou une extension de ce qui se passe au Yémen vers l’Arabie saoudite rendra sans aucun doute cet accord opérationnel ». Il a ajouté : « Personne ne doit en douter. Nous sommes liés par les termes et conditions de ce pacte. Si Dieu le veut, nous les respecterons en cas de besoin. »
L’ONU, le Conseil de coopération du Golfe, l’Organisation de la coopération islamique, la Ligue arabe et bien d’autres ont condamné les attaques des Houthis contre l’Arabie saoudite.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a souligné : « Les États-Unis entretiennent des relations militaires défensives très solides avec l’Arabie saoudite et nous suivons ces événements de très près. » Il a ajouté : « Les Houthis sont, à bien des égards, des agents et des mandataires des Iraniens. Je pense que l’Iran est clairement derrière une partie de ces événements. »
Les déclarations de l’Iran viennent corroborer les remarques de Rubio concernant ces liens. Les dirigeants iraniens ont menacé à plusieurs reprises de perturber le trafic maritime dans le détroit de Bab al-Mandab. En avril, puis en juin, Ali Akbar Velayati, ancien ministre des Affaires étrangères et proche conseiller du Guide suprême iranien, a déclaré que la sécurité du détroit ne devait pas être considérée comme acquise, ajoutant que « la résistance a la capacité de bloquer les deux voies navigables ».
Toujours en juin, Rezaei, partisan de la ligne dure, alors conseiller principal du Guide suprême et ancien commandant en chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a déclaré à CNN que le conflit pourrait s’étendre à d’autres voies maritimes, notamment l’océan Indien, la mer Méditerranée, la mer Rouge et Bab al-Mandab. Les menaces de Rezaei sont devenues plus belliqueuses depuis sa nomination au poste de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, le 10 août.
Selon un article de Reuters, la fermeture de Bab al-Mandab a été évoquée lors de la visite des Houthis à Téhéran en juillet. Il leur a été demandé de se tenir prêts à fermer la voie maritime pétrolière de la mer Rouge en cas de besoin. Ils sont rentrés au Yémen le 13 juillet et ont immédiatement commencé à attaquer tant l’Arabie saoudite que les positions gouvernementales, ce qui a coïncidé avec de nouvelles menaces dans les médias officiels iraniens concernant la fermeture du détroit.
Il est désormais évident que l’objectif des attaques houthistes est de se rapprocher de Bab al-Mandab et de menacer le trafic maritime depuis les collines surplombant la voie navigable. Déjà, le trafic maritime dans cette zone est inférieur de plus de moitié à ce qu’il était en période plus calme. Mais s’ils parviennent à atteindre le détroit, le trafic maritime international pourrait s’arrêter à Bab al-Mandab, tout comme cela s’est produit dans le détroit d’Ormuz. Cela s’inscrit dans la grande stratégie de l’Iran visant à contrôler ces voies pour perturber les approvisionnements énergétiques en provenance de la région.
Les marchés pétroliers ont bien saisi la situation, le cours du Brent ayant bondi mercredi au-dessus de 101 dollars, son plus haut niveau depuis des mois. Les prix risquent d’augmenter si les combats se poursuivent — et ils monteront en flèche si les Houthis parviennent à fermer ce goulet d’étranglement stratégique, par lequel transite plus de 10 % du commerce mondial.
Le gouvernement yéménite se bat pour empêcher ce scénario catastrophe de se réaliser et s’efforce de préserver la liberté de navigation. Il a besoin du soutien généreux de la communauté internationale pour mener à bien cette mission et faire face efficacement aux multiples menaces auxquelles il est confronté.
Premièrement, en luttant contre les groupes terroristes, tels qu’Al-Shabab en Somalie, Al-Qaïda et Daech, qui ne manqueront pas de tirer parti de la situation, d’autant plus que certains d’entre eux sont connus pour collaborer avec les Houthis. Deuxièmement, pour empêcher les séparatistes du sud d’aider les Houthis en faisant obstruction aux forces gouvernementales qui tentent de rejoindre les lignes de front. Troisièmement, pour contribuer au déminage maritime et à l’interception des armes que l’Iran est susceptible d’envoyer aux Houthis.
Le gouvernement yéménite a besoin du soutien international, car ses maigres ressources et ses stocks de matériel de défense risquent de s’épuiser si la guerre se prolonge.
Le Dr Abdel Aziz Aluwaisheg est secrétaire général adjoint du CCG chargé des affaires politiques et des négociations. Les opinions exprimées ici sont personnelles et ne reflètent pas nécessairement celles du CCG.
X : @abuhamad1
NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

