Il faut des années, beaucoup de voyages et d’attention pour déplier en soi cette évidence et l’accepter : ici, on ne sait pas encore être libre. C’est une scandaleuse conclusion, mais elle est réelle, du moins pour l’auteur. Arrivée à un aéroport algérien à partir de “l’Extérieur” (El-kharedj), l’accueil est “policier”. “Passez !” lance martialement l’agent. Sa mine est sévère, il scrute le retour des “dissidents” à la caserne nationale, les fuyards enfin repentis, contrits par le remords d’avoir abandonné la terre natale.
On devine que la frontière chez nous, dans l’atmosphère de nos symboles, est inquiétante, félonne et source de peur et d’agression. Ainsi, ceux qui la traversent sont surveillés comme des traîtres, des dissidents de retour. Chaque voyageur est un “agent double”, ou un contrebandier. C’est notre univers de guerre et de méfiance qui ordonne le casting de nos représentations mentales.
L’agent policier ne sait pas dire “Mar’haba”, bienvenue, s’il vous plaît ou sourire. Il est chargé, par l’histoire nationale, d’une mission : la vigilance aux limes. Mais ce policier n’est pas le seul à reproduire la guerre et ses gestes chez nous. Le gendarme, le militaire (l’habitude de partager la population entre plèbe “Eccha3bi” et “Dawla”, État), l’Agent, l’Administrateur.
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