A Borodianka en ruine, l'insupportable attente de retrouver les corps de disparus

Le 1er mars, à 21H30, l'aviation russe survole Borodianka et largue une bombe sur le bâtiment de cinq étages, qui comprend trois entrées (Photo, AFP).
Le 1er mars, à 21H30, l'aviation russe survole Borodianka et largue une bombe sur le bâtiment de cinq étages, qui comprend trois entrées (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 09 avril 2022

A Borodianka en ruine, l'insupportable attente de retrouver les corps de disparus

  • Dans Borodianka, la rue principale n'est plus que ruines et désolation sur près de deux kilomètres
  • La localité -près de 13 000 habitants avant la guerre-, située à 50 km au nord-ouest de la capitale, a été reprise aux Russes par les forces ukrainiennes fin mars

BORODIANKA, Ukraine: Les yeux rougis de fatigue et de larmes, Antonina regarde sans bouger le tractopelle fouiller les décombres d'un immeuble éventré de Borodianka, une petite ville proche de Kiev défigurée par des bombardements russes.

Son fils a disparu, il vivait là au 3e étage. Elle vit dans un autre immeuble qui a été épargné.

L'attente est insupportable pour cette mère âgée de 65 ans.

Le 1er mars, à 21H30, l'aviation russe survole Borodianka et largue une bombe sur le bâtiment de cinq étages, qui comprend trois entrées.

De la partie centrale, il ne reste qu'un trou béant. L'immeuble est amputé en son milieu. En une fraction de seconde, dix appartements sont devenus un amas de béton et de ferraille disloqués.

"Des gens étaient dans ces appartements, c'était le soir", raconte Antonina, qui porte un manteau marron et est coiffée d'une chapka en laine bleu.

Elle s'est assise, seule, sur une chaise, dans un coin de ce qui était un petit jardin à l'arrière du bâtiment, comme en communion avec son fils. 

Le menton posé sur ses mains qui enserrent une longue canne, pensive, triste, elle observe les engins de chantier soulever d'énormes pans de murs et les secouristes déblayer des gravats.

"Les personnes qui sont restées dans ces deux blocs sur les côtés du bâtiment ont été blessées mais sont restées en vie. Ces blocs n'ont pas été endommagés (dans leur structure). Tous ceux qui sont restés ici (dans la partie centrale), ils sont tous morts", dit-elle.

Dévasté

Depuis le 1er mars, elle n'a plus eu aucun contact avec son fils Iouri, 43 ans.

"Il a peut-être réussi à sortir, peut-être qu'il est blessé, peut-être qu'il est toujours là (sous les décombres). Je ne peux pas dire, je ne sais pas", lâche-t-elle, avant de fondre en larmes.

Ca et là éparpillés dans les décombres, traînent des chaussures, un livre, un pistolet à eau, des coussins, des vêtements et trois peluches, un ourson, un girafon et un hippopotame, l'un à côté de l'autre.

Un matelas pend sur une branche d'un arbre.

Au rez-de-chaussée de l'un des deux blocs de l'immeuble encore debout, l’appartement de Lioubov Iaremenko disposait d'une petite terrasse.  

Elle vient d'y mettre son grand canapé marron, qu'elle recouvre d'une bâche en plastique, la pluie s'invitant.

C'est presque le seul meuble récupérable de son petit quatre pièces. A l'intérieur, le souffle de la bombe a tout dévasté.

Des portes sont sorties de leurs gonds, toutes les vitres ont volé en éclats, des armoires sont renversées, des vêtements traînent au sol dans chaque pièce, les rideaux sont déchirés.

Elle n'était pas là quand le bombardement a eu lieu, mais dans le sous-sol de l'immeuble.

Vingt-six corps retrouvés

"Nous sommes restés si longtemps dans les sous-sols, pendant près d'un mois et demi, d'abord ici, puis nous avons couru dans le sous-sol de l'autre côté de la rue, sous les bombes (...) Je suis tombée, je me suis fait mal aux côtes", raconte la septuagénaire, fatiguée, encore choquée.

"Il semble qu'il y avait une famille avec de jeunes enfants dans ce sous-sol, auquel ils (les sauveteurs) ne peuvent pas encore accéder".

Dans Borodianka, la rue principale n'est plus que ruines et désolation sur près de deux kilomètres.

La localité -près de 13 000 habitants avant la guerre-, située à 50 km au nord-ouest de la capitale, a été reprise aux Russes par les forces ukrainiennes fin mars, comme le reste de la région.

Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, la situation dans cette ville est "bien plus horrible" et "il y a plus de victimes" qu'à Boutcha, où des civils ont été massacrés.

Vingt-six corps ont été découverts par les secouristes dans les décombres de deux immeubles d'habitation, a de son côté signalé la procureure générale d'Ukraine Iryna Venediktova.

Juste en face de la place centrale de Borodianka, un autre immeuble, plus large et de huit étages celui-là, a lui aussi été comme amputé d'un tiers. Les deux parties restantes ont été comme carbonisées par la bombe, leurs grandes façades sont toutes noires. 

Une immense grue de chantier retire des pans de murs de plusieurs tonnes.

A côté, une grande échelle de secours surmontée d'une nacelle permet à deux pompiers de visiter chaque appartement des deux blocs encore debout, pour éventuellement retrouver des corps. Fenêtres et portes ayant été soufflées, ils entrent directement par la façade.

"Nous aurions aimé que ce soit une opération de sauvetage, mais les bombardements ont eu lieu fin février, début mars", regrette Svetlana Vodolaha, des services de secours de Kiev, présente à Borodianka.

"Nous n'avons pas de nombre exact des personnes pouvant encore se trouver sous les immeubles qui se sont effondrés, mais nous devons tout inspecter", dit-elle.


Iran: Trump maintient que le cessez-le-feu est en vigueur malgré des échanges de frappes

Ces tirs échangés fragilisent la trêve en place depuis le 8 avril, soit près d'un mois, au moment où Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
Ces tirs échangés fragilisent la trêve en place depuis le 8 avril, soit près d'un mois, au moment où Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
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  • Les Etats-Unis ont dit avoir "ciblé des installations militaires iraniennes" jeudi après que plusieurs de leurs navires ont été attaqués dans le détroit d'Ormuz
  • "Ils ont joué avec nous aujourd'hui. Nous les avons balayés. Ils ont joué. J'appelle ça une broutille", a déclaré le président américain à des journalistes, ajoutant que, selon lui le cessez-le-feu était toujours en vigueur

WASHINGTON: Donald Trump a maintenu jeudi que le cessez-le-feu tenait toujours, alors que Téhéran accuse Washington de l'avoir violé et que les hostilités reprennent dans le Golfe.

Les Etats-Unis ont dit avoir "ciblé des installations militaires iraniennes" jeudi après que plusieurs de leurs navires ont été attaqués dans le détroit d'Ormuz.

"Ils ont joué avec nous aujourd'hui. Nous les avons balayés. Ils ont joué. J'appelle ça une broutille", a déclaré le président américain à des journalistes, ajoutant que, selon lui le cessez-le-feu était toujours en vigueur.

Ces tirs échangés fragilisent la trêve en place depuis le 8 avril, soit près d'un mois, au moment où Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition pour mettre fin durablement à la guerre.

Et vendredi matin, la défense aérienne des Emirats arabes unis est en action face à des drones et missiles tirés, selon leur ministère de la Défense, depuis l'Iran.

Téhéran n'a pas réagi dans l'immédiat à cette information. Il avait démenti "catégoriquement" plus tôt cette semaine tout rôle dans des attaques ces derniers jours rapportées par le pays du Golfe.

Donald Trump a appelé l'Iran à signer un accord "RAPIDEMENT" dans un message posté sur sa plateforme Truth Social, sous peine d'être frappé "bien plus violemment à l'avenir".

"Les forces américaines ont intercepté des attaques iraniennes non provoquées et riposté avec des frappes défensives" après que trois de leurs destroyers lance-missiles ont été attaqués en traversant le détroit d'Ormuz vers le golfe d'Oman par des "missiles, drones et petits bateaux" iraniens, a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient sur X.

Elles ont "neutralisé les menaces et ciblé les installations militaires iraniennes responsables des attaques contre les forces américaines, dont des sites de lancement de missiles et de drones, des centres de commandement et de contrôle, et des bases de renseignement, de surveillance et de reconnaissance", a-t-il ajouté.

"Aucun navire américain n'a été touché", a précisé l'armée américaine.

"Cessez-le-feu durable" 

Le commandement militaire iranien a accusé Washington d'avoir violé le cessez-le-feu en prenant pour "cible un pétrolier iranien quittant les côtes iraniennes, ainsi qu'un autre bateau", dans un communiqué cité par la télévision d'Etat.

Il a ajouté avoir "immédiatement riposté en attaquant des navires militaires américains, leur infligeant des dommages importants".

La télévision iranienne avait rapporté un peu plus tôt des explosions entendues dans un port de l'île de Qeshm, située dans le détroit d'Ormuz.

Téhéran verrouille ce passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures depuis le début de la guerre le 28 février, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

"Je crois fermement que ce cessez-le-feu deviendra un cessez-le-feu durable", a déclaré jeudi dans un discours télévisé le Premier ministre du Pakistan, Shehbaz Sharif, dont le pays œuvre comme médiateur et est "resté en contact permanent avec l'Iran et les Etats-Unis, jour et nuit".

En l'absence de percée dans les tractations, les cours du pétrole ont modérément baissé jeudi et remontent légèrement vendredi matin. Le baril de Brent, la référence mondiale, s'échangeait au-dessus de 101 dollars vers 03H20 GMT.

Donald Trump avait jugé mercredi "très possible" un accord de paix avec la République islamique en évoquant de "très bonnes discussions dans les dernières 24 heures", même s'il avait de nouveau agité en parallèle la menace d'une reprise des bombardements.

Négociations 

Mardi, le président américain avait annoncé, compte tenu des "grands progrès accomplis en vue d'un accord", la suspension de l'opération américaine lancée seulement la veille pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit d'Ormuz.

Si l'Iran a estimé que les Etats-Unis cherchaient à forcer sa "reddition", il s'est gardé de claquer la porte, le porte-parole de sa diplomatie, Esmaïl Baghaï, affirmant mercredi que son pays "examinait toujours le plan et la proposition américaine" et "communiquera(it) sa position à la partie pakistanaise, une fois arrêtée".

Jusque-là, la seule session de négociations, qui s'est tenue il y a bientôt un mois à Islamabad, n'a pas abouti.

Dans le stratégique détroit d'Ormuz, quelque 1.500 navires et environ 20.000 membres d'équipage restent "piégés", selon le secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), une agence de l'ONU.

Washington maintient de son côté son blocus des ports iraniens lancé le 13 avril.

Rencontre Israël-Liban 

Sur le front libanais du conflit, de nouvelles discussions entre Israël et le Liban vont se tenir à Washington les 14 et 15 mai, en dépit d'un cessez-le-feu fragilisé par la poursuite des hostilités entre le Hezbollah et l'armée israélienne, a indiqué jeudi la diplomatie américaine.

Deux premières séances de négociations directes dans la capitale américaine entre ambassadeurs israélien et libanais avaient eu lieu les 14 et 23 avril.

Les deux pays sont officiellement en état de guerre depuis 1948 et les sessions d'avril étaient les premières du genre en 33 ans.

Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé lundi qu'un accord de sécurité avec Israël et la "fin des agressions israéliennes" devaient précéder toute rencontre éventuelle avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Malgré la trêve, des combats se poursuivent au Liban. Des frappes israéliennes ont fait au moins 12 morts, dont deux enfants, jeudi dans le sud du pays, selon le ministère de la Santé.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en soutien à Téhéran, revendique lui des attaques contre les forces israéliennes qui occupent des zones du sud du pays.


Arrivée en Australie de proches de jihadistes du groupe EI en Syrie

Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie. (AFP)
Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie. (AFP)
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  • Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie
  • Un autre avion de Qatar Airways, provenant également de Doha, avec à son bord une femme du même camp et son fils, a atterri quelques minutes plus tard à Sydney, a indiqué la chaîne australienne ABC

MELBOURNE: Un avion de Qatar Airways transportant des ressortissants australiens, des femmes et des enfants liés à des jihadistes présumés du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, est arrivé jeudi à Melbourne, a constaté un journaliste de l'AFP à l'aéroport.

Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie.

Un autre avion de Qatar Airways, provenant également de Doha, avec à son bord une femme du même camp et son fils, a atterri quelques minutes plus tard à Sydney, a indiqué la chaîne australienne ABC.

 


L'armée américaine dit avoir «neutralisé» un pétrolier ayant tenté de forcer le blocus des ports iraniens

Un F/A-18 Super Hornet américain, décollé de l'USS Abraham Lincoln, a endommagé le gouvernail d'un navire battant pavillon iranien dans le golfe d'Oman. (US Navy/AFP)
Un F/A-18 Super Hornet américain, décollé de l'USS Abraham Lincoln, a endommagé le gouvernail d'un navire battant pavillon iranien dans le golfe d'Oman. (US Navy/AFP)
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  • Il s'agit de la deuxième fois que les Etats-Unis interviennent pour neutraliser un navire iranien ne se pliant pas au blocus qu'ils ont mis en place le 13 avril, après qu'un premier round de négociations avec Téhéran n'a pas abouti
  • Le 19 avril, les forces américaines, depuis un destroyer cette fois, avaient ciblé la salle des machines du Touska après avoir ordonné à l'équipage de l'évacuer, neutralisant ainsi le bateau

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mercredi avoir tiré sur un pétrolier battant pavillon iranien ayant tenté de forcer le blocus des ports iraniens imposé par Washington pour en "neutraliser le gouvernail".

"Les forces américaines opérant dans le Golfe ont fait respecter les mesures de blocus en neutralisant un pétrolier battant pavillon iranien sans cargaison qui tentait de naviguer vers un port iranien mercredi, à 9H00 heure de Washington", écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

"Après que l'équipage du Hasna n'a pas obtempéré aux avertissements répétés, les forces américaines ont neutralisé le gouvernail du pétrolier en tirant plusieurs salves" depuis un avion lancé depuis le porte-avions Abraham Lincoln, déployé dans la région, a-t-il ajouté, précisant que "le Hasna ne fait plus route vers l'Iran".

Il s'agit de la deuxième fois que les Etats-Unis interviennent pour neutraliser un navire iranien ne se pliant pas au blocus qu'ils ont mis en place le 13 avril, après qu'un premier round de négociations avec Téhéran n'a pas abouti.

Le 19 avril, les forces américaines, depuis un destroyer cette fois, avaient ciblé la salle des machines du Touska après avoir ordonné à l'équipage de l'évacuer, neutralisant ainsi le bateau.

Si le blocus des ports iraniens se poursuit, Donald Trump a annoncé mardi la suspension de l'opération américaine "Projet Liberté", lancée juste 48 heures plus tôt pour permettre à des centaines de navires coincés dans le Golfe de franchir le détroit d'Ormuz, "compte tenu des grands progrès accomplis en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens".

Mais le président américain a augmenté la pression sur l'Iran mercredi en menaçant de bombarder le pays avec une "intensité bien plus forte qu'avant" si ses dirigeants ne concluaient pas d'accord avec Washington.