Dans une vidéo récemment réapparue, Mohsen Rezaei, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, évoque l’enlèvement de 1 000 soldats américains et la possibilité de négocier leur sort. Si la vidéo est authentique, la déclaration, elle, est ancienne et remonte à 2015.
Aujourd’hui, Rezaei est le bras droit du nouveau Guide suprême. L’Iran considère-t-il toujours la guerre dans cet état d’esprit ? La confrontation se poursuit depuis un an, mais les Iraniens n’ont été capables d’arrêter personne ni de détruire un seul navire de guerre, tandis que les pertes américaines sont les plus faibles de l’histoire de ses guerres.
L’ennemi de l’Iran est son sentiment de puissance démesuré, qui fait apparaître comme de grands projets des idées telles que la poursuite d’une guerre asymétrique, la fermeture des détroits, l’étranglement de l’économie mondiale et le bombardement des pays voisins.
L’arrogance née de la puissance a poussé Napoléon et Hitler à envahir la Russie, pour finalement y subir la défaite. Si un tel sentiment de supériorité peut se justifier chez les grandes puissances, il paraît singulier chez des pays de puissance intermédiaire et économiquement fragiles. C’est précisément ce sentiment qui les conduit, pendant des décennies, à se complaire dans des illusions irréalistes, avant de perdre, dès leur toute première confrontation, l’ensemble de leur direction de premier rang et la majeure partie de leurs capacités militaires.
Une illusion intellectuelle déformée a été mise à nu.
Abdulrahman Al-Rashed
Les dirigeants iraniens sont convaincus qu’ils peuvent vaincre une superpuissance avec une telle facilité, ce qui est pour le moins singulier. La direction militaire a-t-elle induit les autorités politiques iraniennes en erreur ? Les développements qui ont suivi la guerre montrent que leur compréhension du monde ne diffère guère des illusions d’un mégalomane, à l’image de Saddam Hussein dans les années 1980 et 1990. Leur perception de l’équilibre des forces dans une guerre ne correspond pas à leurs capacités réelles lorsqu’ils affrontent deux adversaires redoutables : les États-Unis et Israël.
Pendant des années, leurs déclarations précédentes ont constamment convergé vers deux conclusions : premièrement, « l’Amérique n’osera pas nous attaquer » ; deuxièmement, « si elle le fait, elle sera vaincue ».
Un proche de Saddam Hussein a raconté qu’au cours d’un barbecue au bord de la piscine du palais de Saddam, après l’invasion du Koweït, il avait demandé au dirigeant irakien pourquoi il n’avait pris aucune précaution. Il a raconté : « Saddam répondit avec ironie : “Vous savez qu’ils peuvent nous voir avec leurs satellites et savent que nous sommes ici tous ensemble au bord de la piscine à faire griller de la viande ? Ils sont capables de nous atteindre, mais ils n’osent pas me prendre pour cible.” »
Parce que les administrations américaines successives se sont abstenues d’entrer en guerre avec l’Iran, malgré les attaques menées ou orchestrées par les Gardiens de la révolution contre des citoyens et des intérêts américains à travers le monde, l’impression s’est installée parmi les dirigeants religieux et militaires que l’Iran était à l’abri de toute attaque grâce à l’essor de ses capacités militaires.
La perception condescendante de Téhéran à l’égard des États-Unis peut différer de celle qu’il entretient envers la puissance israélienne, bien plus petite. Les dirigeants iraniens ont toujours été préoccupés par la perspective d’une guerre avec Israël, ce qui explique en grande partie leur persistance à poursuivre leur programme nucléaire militaire — qu’ils considèrent, dans leur imaginaire, comme l’arme ultime.
Les régimes idéologiques tirent rarement les leçons de l’expérience.
Abdulrahman Al-Rashed
Avant même de chercher à acquérir une bombe nucléaire, ils avaient établi une vaste ceinture régionale destinée à les protéger d’Israël, s’étendant au Liban, à la Syrie, à la Palestine, au Yémen et à l’Irak. Les dirigeants du Hezbollah ont fréquemment repris cette conviction erronée, affirmant que ces camps de forces par procuration suffisaient à défendre l’Iran et que, si Israël osait lancer une attaque, il serait détruit.
Supériorité, hégémonie, succès et fierté nationale se sont tous incarnés dans un seul projet : bâtir une force militaire gigantesque, jusqu’à ce qu’elle devienne une véritable obsession iranienne. Cette puissance a commencé à orienter les politiques du régime et à l’encourager à davantage de défiance, confirmant que « la puissance égare celui qui la possède en lui faisant croire qu’il est capable de tout ».
La « supériorité militaire » a conduit Téhéran à nourrir l’illusion qu’il était capable de contrôler, d’étendre son influence, d’imposer son hégémonie politique et de modifier ou maintenir des régimes. Les répercussions de la puissance croissante de l’Iran se sont fait sentir dans le monde entier, jusqu’à ce qu’il devienne le principal fournisseur de drones meurtriers à une grande puissance comme la Russie dans sa guerre en Ukraine. Il a construit 30 villes souterraines de missiles, produit des dizaines de milliers de drones chaque mois, dépassant les usines américaines, creusé des montagnes pour y installer des laboratoires nucléaires et percé des centaines de kilomètres de tunnels souterrains pour dissimuler ses missiles balistiques.
Téhéran en est arrivé à un stade de pensée que l’on pourrait résumer ainsi : « quand on a un marteau, on est tenté de considérer tout ce qui nous entoure comme un clou ».
Une illusion intellectuelle déformée a été mise à nu pendant la guerre, tout comme la faiblesse des capacités défensives de l’Iran et l’échec de ses stratégies visant à fermer les détroits et à asphyxier les marchés mondiaux. L’Iran reconnaît désormais qu’il ne fait pas le poids face aux États-Unis et à Israël.
Aujourd’hui, l’espace aérien iranien est violé et ses défenses sont érodées, le laissant incapable d’infliger des dommages autrement qu’à ses voisins, moins enclins et moins équipés pour la guerre. Pourtant, l’Iran n’a pas encore modifié son comportement ni son discours ; il a plutôt commencé à présenter la simple endurance comme une victoire.
S’il est vrai que la survie du régime constitue pour lui une victoire, les résultats de deux brèves séquences de guerre ont été dévastateurs. Ils comprennent l’élimination de ses dirigeants politiques et militaires de premier rang, la destruction massive de ses capacités offensives et un siège sans précédent et étouffant.
Les dirigeants iraniens peuvent-ils, après tout cela, penser de manière plus réaliste ? Les régimes idéologiques ne suivent pas les instincts de survie propres aux États conventionnels. Ils tirent rarement les leçons de l’expérience, et la préservation de leur image devient leur préoccupation première, ce qui les conduit à adopter une attitude encore plus provocatrice.
Abdulrahman Al-Rashed est un journaliste et un intellectuel saoudien. Il est l'ancien directeur général de la chaîne d'information Al-Arabiya et l'ancien rédacteur en chef d'Asharq Al-Awsat, où cet article a été initialement publié.
X : @aalrashed
NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

