HELSINKI: La Finlande, voisine de la Russie, a décidé de rejoindre la dissuasion nucléaire "avancée" proposée par la France, devenant le dixième partenaire européen à se joindre à l'initiative lancée en début d'année par Emmanuel Macron.
Dans une déclaration conjointe publiée lundi, les deux pays annoncent qu'"un groupe de pilotage nucléaire sera établi dans les prochains mois pour commencer la mise en oeuvre de cette coopération".
Alors que la France est le seul pays européen doté de l'arme atomique avec le Royaume-Uni, l'initiative de dissuasion "avancée" vise à associer d'autres Etats européens volontaires, notamment à travers des exercices et des consultations stratégiques, mais sans aucun partage de la décision ultime.
"Cela signifie que nous diversifions notre défense et notre dissuasion", a déclaré le président finlandais Alexander Stubb lors d'une conférence de presse à Helsinki.
"Si vous demandez quel est notre principal parapluie nucléaire, cela reste celui de l'Otan, et plus précisément celui des Etats-Unis. Cela apporte donc une valeur ajoutée à notre propre planification de défense", a-t-il expliqué.
La déclaration conjointe salue "une étape importante pour la sécurité européenne et pour la coopération bilatérale" qui "offrira des opportunités pour le signalement stratégique ainsi que pour la capacité à gérer l'escalade sous le seuil nucléaire".
"Aucune arme nucléaire ne sera stationnée en Finlande en temps de paix", a insisté M. Stubb.
L'annonce a été faite dans le cadre d'un nouveau partenariat stratégique bilatéral signé à Helsinki par les ministres des Affaires étrangères des deux pays.
Dans un discours prononcé début mars sur la base stratégique de l'Ile-Longue, près de Brest, le président français Emmanuel Macron a actualisé la doctrine de dissuasion nucléaire française.
L'idée consiste à projeter la dissuasion française vers les alliés européens, notamment par des exercices conjoints et, potentiellement, des déploiements temporaires d'éléments des forces nucléaires françaises hors de France, tout en maintenant le contrôle national de l'arme.
Huit pays avaient été d'emblée associés à cette nouvelle doctrine: le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark. Ils ont été rejoints en mai par la Norvège.
L'Estonie est "en discussion" avec Paris sur une éventuelle participation, a déclaré son Premier ministre Kristen Michal lundi à l'AFP.
"La France contribue aussi à garantir notre indépendance avec ses troupes en Estonie. Donc, si la coopération peut être approfondie dans le domaine nucléaire, elle le sera probablement", a-t-il dit en marge d'un sommet des Européens sur l'Arctique à Rovaniemi, dans le nord de la Finlande.
Probable "mécontentement" russe
Partageant une frontière terrestre de 1.340 km avec la Russie, la Finlande a, comme le reste de l'Europe, renforcé sa posture de défense depuis le début de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022.
Mettant fin à plusieurs décennies de non-alignement militaire, le pays nordique a rejoint l'Otan en avril 2023.
Après l'annonce de lundi, "Moscou manifestera probablement son mécontentement sur le plan rhétorique, en présentant ces mesures comme agressives et menaçantes", a commenté Matti Pesu, chercheur à l'Institut finlandais des affaires internationales (FIIA).
"Rien de nouveau sur ce point", a-t-il dit à l'AFP.
A Moscou, le porte-parole du Kremlin a réagi en disant, "pour être honnête", ne pas comprendre "tout à fait" le concept de dissuasion "avancée".
"Je dois encore prendre connaissance de certains détails. C'est pourquoi je m'abstiendrais de tout commentaire", a déclaré Dmitri Peskov lors de son briefing quotidien à la presse.
"La dissuasion avancée n'a pas de cible particulière", a affirmé de son côté le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, à l'AFP.
En juin, le Parlement finlandais avait adopté une nouvelle législation levant l'interdiction totale des armes nucléaires dans le pays.
Le vote a rapproché la législation finlandaise de celle de ses voisins nordiques -Suède, Norvège et Danemark- qui n'ont pas d'interdiction légale générale et explicite des armes nucléaires.
Cet été, la France avait aussi annoncé qu'elle contribuerait aux forces terrestres avancées de l'Otan en Finlande, sous commandement suédois, destinées à renforcer la capacité de dissuasion de l'Alliance face à la menace russe.





