PARIS : Soixante ans après la fin de la guerre de l'Algérie (1954-1962), les plaies sont encore vives de part et d'autre malgré des gestes symboliques au fil des ans de la France, qui exclut toutefois «repentance» ou «excuses».
Introspection douloureuse
Il faut attendre près de 40 ans, en 1999, pour que la France qualifie officiellement de «guerre» cette période douloureuse et sanglante ayant scellé l'indépendance de son ancienne colonie.
Comme Valéry Giscard d'Estaing, premier chef d'État français à effectuer en 1975 une visite officielle dans l'Algérie désormais indépendante, François Mitterrand et Jacques Chirac se gardent de condamner la colonisation durant leurs mandats élyséens.
En 2007, en visite à Alger, le président Nicolas Sarkozy déclare que «le système colonial a été profondément injuste», mais évoque «d'innombrables victimes des deux côtés».
En 2012 à Alger, François Hollande va plus loin en déclarant que «pendant 132 ans, l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal». Le 19 mars 2016, il est le premier président à commémorer la fin de la guerre d'Algérie, provoquant une levée de boucliers parmi une partie de la classe politique.
Cinq ans après, en février 2017, Emmanuel Macron, alors candidat à l'élection présidentielle, provoque un tollé à droite et parmi les rapatriés d'Algérie en déclarant que la colonisation «c'est un crime contre l’humanité», «une vraie barbarie». «Ca fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes», ajoute-t-il.
«Actes symboliques»
En septembre 2018, devenu président, M. Macron reconnaît que le jeune mathématicien communiste Maurice Audin est mort sous la torture de l'armée française en 1957, et demande «pardon» à sa veuve.
Après la publication du rapport de l'historien français Benjamin Stora, en janvier 2021, il s'engage à des «actes symboliques» pour tenter de réconcilier les deux pays, mais exclut cette fois «repentance» et «excuses».
Début mars, il reconnaît ainsi, «au nom de la France», que l'avocat nationaliste Ali Boumendjel a été «torturé et assassiné» le 23 mars 1957 par l'armée française, contredisant la thèse officielle de son suicide.
En septembre, le président Macron demande «pardon» aux harkis qui furent «abandonnés» par la France après avoir combattu pour elle, et annonce un projet de loi «de réparation», adopté le 15 février 2022.
Regain de tension avec Alger
Le 2 octobre 2021, Alger rappelle, pour trois mois, son ambassadeur à Paris, en réaction indignée aux propos d'Emmanuel Macron affirmant devant des jeunes que l'Algérie, après son indépendance, s'est construite sur «une rente mémorielle» entretenue par «le système politico-militaire».
Le 16 octobre, M. Macron déclare que «les crimes commis le 17 octobre 1961 sous l'autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République», 60 ans après le massacre de manifestants algériens pacifiques à Paris.
Après avoir annoncé un accès facilité aux archives classifiées, Paris annonce le 10 décembre l'ouverture de celles concernant «les enquêtes judiciaires» de la guerre d'Algérie.
Le 26 janvier 2022 Emmanuel Macron exprime «la reconnaissance» de la France envers les rapatriés d'Algérie et invite à reconnaître comme tels deux «massacres» ayant eu lieu après la signature des accords d'Evian : la fusillade de la rue d'Isly à Alger, le 26 mars 1962, et le «massacre du 5 juillet 1962» à Oran.
Le 8 février, il rend hommage aux manifestants morts au métro Charonne à Paris le 8 février 1962 lors d'un rassemblement pacifique contre l'OAS très violemment réprimé par la police. C'est le premier président à rendre hommage aux neuf victimes de ce rassemblement organisé entre autres par le parti communiste, la CGT, et l'Unef.





