PARIS: Enfin, et contre toute attente, un cap a été franchi par la France, ainsi que par d’autres pays, dont le Royaume-Uni et le Canada, pour freiner la colonisation sauvage en Cisjordanie et tenter de sauver la solution à deux États au conflit israélo-palestinien.
Qualifiée par Paris de nécessaire, la France a décidé, à titre national, d’interdire l’importation de produits provenant des colonies israéliennes.
Cette décision est la bienvenue, même si elle est loin d’être à la hauteur de la gravité de la situation.
Depuis des mois maintenant, les Palestiniens de Cisjordanie sont victimes de violences en tout genre : assassinats, enlèvements, maisons détruites ou brûlées, récoltes saccagées et troupeaux massacrés.
Ces actes visent à déplacer les Palestiniens de leurs territoires pour permettre la construction de nouvelles colonies israéliennes ou l’élargissement de colonies déjà existantes.
Elle constitue un nouveau tour de vis face à des pratiques désormais quotidiennes et incontrôlables de la part de colons israéliens qui estiment pouvoir exercer leur violence en toute impunité.
La France ne veut plus attendre
Jusqu’ici, les condamnations européennes de la colonisation se succédaient sans produire de véritable effet sur le terrain.
Mais au regard de l’aggravation de la situation, la France a choisi, depuis le printemps, de pousser au niveau européen l’idée d’une interdiction du commerce avec les colonies.
Paris avait notamment travaillé avec la Suède pour tenter de convaincre ses partenaires, mais, malgré un consensus grandissant, la majorité nécessaire n’a pas été réunie.
Le projet E1, à l’est de Jérusalem, constitue, aux yeux des Européens, une ligne particulièrement préoccupante, car sa réalisation risque de compromettre la continuité territoriale d’un futur État palestinien.
La France a donc décidé de ne plus attendre. Ce choix est d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte que Paris juge devenu critique.
Le projet E1, à l’est de Jérusalem, constitue, aux yeux des Européens, une ligne particulièrement préoccupante, car sa réalisation risque de compromettre la continuité territoriale d’un futur État palestinien et, par conséquent, de rendre toujours plus théorique la perspective de deux États vivant côte à côte.
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait déjà dénoncé, début septembre, l’accélération de la colonisation et l’explosion des violences commises par les colons, estimant que cette situation menaçait directement la solution à deux États.
Le communiqué publié le 8 septembre par douze pays européens et occidentaux marque donc une évolution importante.
Un message politique clair
La France, le Royaume-Uni, le Canada, mais aussi le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, l’Islande, la Norvège, la Pologne, le Portugal et la Suède affirment leur volonté d’imposer ou d’envisager des restrictions nationales au commerce des biens provenant des colonies, ou de soutenir une initiative européenne en ce sens.
Le message politique est clair : les colonies sont illégales au regard du droit international et leur expansion ne peut plus être dissociée de la question de la paix.
La nouveauté est précisément là, car il ne s’agit plus seulement de dire que la colonisation est illégale, mais d’essayer de faire en sorte que cette illégalité ait des conséquences concrètes.
La mesure française reste cependant circonscrite, puisque Paris insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un boycott d’Israël. L’interdiction concerne les marchandises provenant des colonies, et non les produits israéliens en général.
Une mesure nécessaire, mais encore limitée, d’autant plus qu’il serait illusoire de penser que cette interdiction suffira à arrêter la colonisation.
La décision française révèle surtout les difficultés de l’action européenne, puisque Paris continue de défendre une mesure commune au niveau de l’Union européenne.
Son impact économique direct sera vraisemblablement limité, du fait que les produits issus des colonies représentent une fraction des échanges commerciaux avec Israël.
La portée de la décision est donc avant tout politique et juridique. Elle signifie que la France ne veut plus que son propre marché contribue, indirectement, au développement économique d’implantations qu’elle considère comme illégales.
Mais une question demeure : pourquoi s’arrêter aux marchandises ? C’est précisément l’un des points sur lesquels Paris reste prudent, et cette prudence constitue la principale limite de l’annonce.
Si l’objectif est véritablement d’empêcher la colonisation de devenir irréversible, il faudra probablement s’interroger sur l’ensemble des activités économiques qui contribuent à son développement, et pas uniquement sur les produits qui en sortent.
D’autre part, la décision française révèle surtout les difficultés de l’action européenne, puisque Paris continue de défendre une mesure commune au niveau de l’Union européenne.
Mais un blocage politique persiste, et Paris indique qu’il est difficile, à ce stade, de réunir la majorité nécessaire, ce qui revient à dire que les Européens restent divisés sur la manière de répondre à la colonisation.
La stratégie française consiste donc désormais à créer un mouvement, avec plusieurs États qui adoptent des mesures nationales, dans l’espoir de rendre progressivement inévitable une réponse européenne, pour sauver la solution à deux États avant qu’il ne soit trop tard.
Cela est d’autant plus nécessaire qu’il existe aujourd’hui une contradiction de plus en plus difficile à masquer : continuer à défendre la création d’un État palestinien alors que son territoire potentiel est progressivement fragmenté par les colonies et que la violence pousse ses habitants à partir.





