La Grèce scelle une «relation stratégique» avec Israël dans un exercice d’équilibre diplomatique

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis prononce un discours lors de l'inauguration de la Foire internationale annuelle de Thessalonique (TIF) à Thessalonique, dans le nord de la Grèce, le 5 septembre 2026.
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis prononce un discours lors de l'inauguration de la Foire internationale annuelle de Thessalonique (TIF) à Thessalonique, dans le nord de la Grèce, le 5 septembre 2026.
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La Grèce scelle une «relation stratégique» avec Israël dans un exercice d’équilibre diplomatique

La Grèce scelle une «relation stratégique» avec Israël dans un exercice d’équilibre diplomatique
  • La Grèce a signé un contrat d'achat de 3 milliards d'euros pour un système de défense aérienne avec Israël, affirmant une 'relation stratégique'
  • Ce contrat, négocié depuis plus de trois ans, représente un rapprochement entre la Grèce et Israël initié en 2010 dans divers domaines comme la défense et l'énergie

ATHENES: Le récent achat par la Grèce à Israël d'un vaste système de défense aérienne de trois milliards d'euros a scellé leur "relation stratégique", selon Athènes, qui tente parallèlement de maintenir de bonnes relations avec les autres pays du Moyen-Orient.

Ce contrat, négocié depuis plus de trois ans, est le résultat d'un rapprochement entre la Grèce et Israël, entamé en 2010 en matière de défense, d'énergie et de sécurité.

La Grèce est l'un des premiers pays de l'UE à se doter d'un tel système, dit multicouches, destiné à protéger le territoire contre drones, avions, missiles de croisière ou balistiques et qu'elle a baptisé "Bouclier d'Achille".

Lors de la signature de l'accord à Tel Aviv le 1er septembre, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a présenté ce contrat d'armement comme "l'un des plus importants de l'histoire du pays".

Il s'"inscrit dans le prolongement de notre alliance en Méditerranée orientale conclue il y a dix ans avec la Grèce et Chypre", a-t-il fait valoir.

De son côté, le chef du gouvernement grec, le conservateur Kyriakos Mitsotakis, a souligné que son pays entretenait "une relation stratégique avec Israël".

"Nous avons estimé que le système fourni par Israël (était) le meilleur disponible compte tenu des ressources dont nous disposions", a-t-il insisté.

"La Grèce est un pont entre l'Europe et le Moyen-Orient", a-t-il également martelé, rappelant le soutien au Liban et l'envoi de matériel militaire, ainsi que sa récente visite en Jordanie.

Tensions Israël-Turquie

La signature du contrat intervient en pleines tensions entre Israël et la Turquie, voisine de la Grèce et dont la relation avec Ankara est également traversée de turbulences.

"Ce contrat a scellé la coopération stratégique entre les deux pays (mais) il ne s'agit pas d'une alliance" contre la Turquie, juge toutefois auprès de l'AFP George Tzogopoulos, analyste des relations internationales au Centre international de formation européenne basé à Nice (France).

"Israël ne va pas prendre le parti de la Grèce contre la Turquie", selon l'expert, pour qui "Israël a ses propres problèmes avec la Turquie qui dépassent le cadre des relations gréco-turques".

Les changements géopolitiques au Moyen-Orient "créent une nouvelle donne que la politique étrangère grecque ne peut pas ignorer", soutenait également Ino Afentouli, analyste du think tank grec Eliamep récemment dans le quotidien Ta Nea.

Le gouvernement grec a lancé l'an dernier le plus vaste programme de modernisation de ses armées de plus de 25 milliards d'euros.

La Grèce a également renouvelé en avril son partenariat stratégique en matière de défense avec la France.

Mardi, la Grèce et l'Italie ont signé l'achat de deux frégates de type FREMM (classe Bergamini), "une nouvelle coopération stratégique en matière de défense", selon le ministre grec de la Défense, Nikos Dendias.

Difficile équilibre

Ce contrat d'armement avec Israël a toutefois suscité des critiques en Grèce.

Le chef du principal parti d'opposition Pasok (socialiste), Nikos Androulakis, a averti qu'"il n'était pas question d'effacer les responsabilités de M. Netanyahu qui auraient dû le conduire devant la Cour pénale internationale (CPI)".

L'institution internationale, basée à La Haye, a émis en 2024 des mandats d'arrêt contre Benjamin Netanyahu pour crimes de guerre et contre l'humanité dans la bande de Gaza, dans le cadre de l'offensive israélienne menée en représailles à l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

Contrairement à certains nombreux pays de l'UE, comme la France et l'Espagne, la Grèce n'a pas reconnu l'État de Palestine.

Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, de multiples rassemblements ont eu lieu pour dénoncer ce qu'une partie des Grecs qualifie de "génocide" perpétré par Israël.

Des paquebots de croisière israéliens ont également été la cible de protestations lors de leurs escales au Pirée ou dans les îles grecques.

"La Grèce tente de trouver un équilibre en conservant ses relations traditionnellement bonnes avec les États arabes" au Moyen-Orient. Et "c'est difficile", juge M. Tzogopoulos.

Kyriakos Mitsotakis, en déplacement au Caire mardi, doit également se rendre prochainement en Arabie saoudite, où la Grèce maintient une batterie de Patriot dans le cadre d'un accord bilatéral, contribuant à la protection du territoire saoudien contre les attaques de drones.