ATHÈNES : Alors que les Israéliens se préparent à voter lors de leurs premières élections depuis le 7 octobre et les guerres qui ont suivi à Gaza, au Liban et contre l’Iran, l’ancien Premier ministre Ehud Olmert affirme qu’il demeure l’une des rares voix israéliennes disposées à remettre sur la table la solution à deux États.
Olmert, qui a dirigé Israël de 2006 à 2009, avait proposé aux Palestiniens un État couvrant la quasi-totalité des territoires occupés en 1967, au cours de sa dernière année au pouvoir. La proposition n’a jamais été signée et, quelques mois plus tard, il a quitté ses fonctions. Des années après, il a été emprisonné à la suite d’une condamnation pour corruption.
Aujourd’hui, l’un des plus farouches critiques de Benjamin Netanyahu, Olmert fait des prochaines élections le cœur de son combat politique. Il espère que les électeurs mettront fin à l’ère du Premier ministre actuel et ouvriront la voie à une nouvelle tentative de parvenir à la paix.
Mais la question, comme l’a formulé Faisal J. Abbas, rédacteur en chef et animateur, lors d’un entretien accordé au podcast Arab Views à Athènes, est de savoir si quelqu’un en Israël est à l’écoute — et s’il existe, de l’autre côté, un véritable partenaire pour la paix.
Depuis plus de deux décennies, le monde arabe dispose d’un plan de paix, tandis que l’Arabie saoudite a clairement indiqué que toute normalisation avec Israël devait s’accompagner d’une voie irréversible vers la création d’un État palestinien.
Olmert estime que le résultat des élections israéliennes pourrait contribuer à déterminer si cette perspective demeure réalisable.
« Je l’espère vraiment », a-t-il déclaré lorsqu’on lui a demandé si le scrutin mettrait fin à l’ère Netanyahu. « Depuis très longtemps, très longtemps, les sondages montrent que le bloc qui soutient Netanyahu ne dispose pas de plus de 52 à 53 sièges à la Knesset. »
Une coalition doit réunir 61 des 120 sièges du Parlement pour former un gouvernement. Olmert a déjà choisi son successeur préféré : l’ancien chef d’état-major de l’armée, Gadi Eisenkot.
« Tout d’abord, nous devons nous débarrasser du gouvernement Netanyahu, de sa politique, ainsi que des discours et de la rhétorique de Ben-Gvir, de Smotrich et de leurs semblables », a-t-il déclaré, en référence aux responsables d’extrême droite Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich.
« Cette bande de voyous qui est actuellement aux commandes des intérêts nationaux israéliens doit partir. »
Pour Olmert, cependant, un changement de gouvernement ne représente qu’une partie de ce qui est nécessaire pour relancer les perspectives d’un accord. Il estime qu’un dirigeant régional pourrait également faire la différence.
« Et cela dépend, à mon avis, dans une très large mesure d’une seule personne qui n’est ni israélienne, ni européenne, ni américaine », a-t-il déclaré. « Son Altesse Royale MBS, Mohammed ben Salmane. Il peut faire la différence. »
Olmert se heurte néanmoins à une opinion publique israélienne profondément sceptique. Un sondage Gallup publié ce mois-ci a révélé que 65 % des Israéliens s’opposaient à une solution à deux États, un renversement presque complet de la tendance observée en 2012.
« Tout d’abord, ce n’est pas surprenant », a déclaré Olmert. « Je m’attendrais même à ce que plus de 65 % des Israéliens soient opposés à la création d’un État palestinien à ce stade. »
Il attribue cette opposition principalement à l’attaque du 7 octobre et à ses conséquences.
« La raison principale, dans une large mesure, tient à la réaction naturelle, et même compréhensible, de la majorité des Israéliens face aux horreurs du 7 octobre. »
Olmert a expliqué que des amis qui partageaient auparavant ses convictions politiques et son soutien à la solution à deux États avaient depuis abandonné cette idée, lui affirmant qu’ils ne croyaient plus que les Palestiniens puissent être considérés comme des partenaires fiables.
Cette évolution de l’opinion publique coïncide avec un regain d’attention porté à la manière dont Netanyahu a géré le Hamas dans les années précédant l’attaque.
Depuis des années, les détracteurs de Netanyahu l’accusent d’avoir renforcé le Hamas à Gaza afin d’affaiblir l’Autorité palestinienne à Ramallah. Olmert est allé plus loin, affirmant que le Premier ministre avait tenté d’acheter la coopération du Hamas au moyen de concessions économiques et d’un soutien financier.
« Il s’est donc tourné vers le Hamas, ignorant Mahmoud Abbas, dans l’espoir de pouvoir l’acheter en lui fournissant des emplois en Israël et un soutien financier du Qatar », a déclaré Olmert.
« Et il a contribué à faire entrer des centaines de millions de dollars en espèces. De l’argent liquide dans des valises. »

Olmert a également imputé à Netanyahu la montée en puissance de Yahya Sinwar, le dirigeant du Hamas qui a planifié l’attaque du 7 octobre. Sinwar faisait partie des plus de 1 000 prisonniers palestiniens libérés par Israël en 2011 en échange du soldat israélien Gilad Shalit, capturé par le Hamas.
« Netanyahu a, à lui seul, fait de Sinwar, l’ennemi juré de l’État d’Israël, le chef du Hamas et lui a laissé Gaza pour qu’il y exerce son hostilité meurtrière envers Israël », a déclaré Olmert.
Netanyahu aurait également reçu des avertissements avant l’attaque du 7 octobre, qu’il aurait ignorés.
Un article publié dans The Atlantic affirme qu’Abbas Kamel, alors chef des services de renseignement égyptiens, s’était rendu en Israël 11 jours avant l’assaut pour avertir le gouvernement. Interrogé sur ces informations, Olmert a suggéré qu’une telle visite aurait revêtu une importance considérable.
« Évidemment, lorsqu’un avion des services de renseignement égyptiens, du renseignement militaire, atterrit en Israël pendant une heure puis repart, ce n’est pas pour apporter des fleurs ou récupérer une boîte de chocolats auprès de quelqu’un en Israël », a-t-il déclaré.
Olmert a également affirmé avoir eu connaissance d’un autre avertissement transmis à Netanyahu environ cinq jours avant l’attaque.
« Si ma mémoire est bonne, cinq jours avant le 7 octobre, une personne très haut placée, fiable et influente a averti le Premier ministre que le Hamas s’apprêtait à lancer une opération militaire meurtrière de grande ampleur sur l’ensemble du front avec Israël », a-t-il déclaré.
« Et le Premier ministre n’a pas réagi. Il n’a même pas communiqué cet avertissement aux hauts responsables militaires et des services de sécurité. »
Le bureau de Netanyahu rejette les informations publiées par The Atlantic et nie que les Émirats arabes unis aient averti Israël, tout en qualifiant les critiques comme Olmert d’adversaires politiques.
Olmert a également remis en question la réaction que Netanyahu aurait eue le matin de l’attaque. Selon lui, le Premier ministre aurait demandé : « Pourquoi tirent-ils ? » Olmert interprète cette remarque rapportée comme le signe que Netanyahu pensait que le Hamas n’attaquerait pas en échange d’argent et de concessions.
« Nous vous donnons de l’argent, nous vous aidons, et vous, vous ne combattez pas », a déclaré Olmert.
Le bureau de Netanyahu a rejeté les accusations concernant les avertissements. Olmert estime qu’Israël ne pourra obtenir de réponses sur les défaillances ayant entouré le 7 octobre sans la création d’une commission d’enquête officielle de l’État.
Selon lui, la mise en place d’une telle commission devrait constituer la première décision du prochain gouvernement, ou d’une nouvelle majorité parlementaire capable de réunir 61 voix contre Netanyahu.
« La première décision consistera à nommer une commission d’enquête chargée d’examiner les antécédents et les circonstances qui ont conduit au 7 octobre », a-t-il déclaré.
Le bureau de Netanyahu n’a pas répondu à une demande de commentaire.
Concernant Gaza, Olmert a réaffirmé qu’Israël avait commis des crimes de guerre, tout en rejetant la qualification de génocide pour sa campagne militaire.
Il a expliqué que l’absence d’une politique gouvernementale visant à commettre un génocide était, à ses yeux, l’élément essentiel distinguant les deux notions.
« Nous devons reconnaître qu’il n’existait pas de politique de génocide de la part du gouvernement israélien », a-t-il déclaré.
« Des crimes de guerre, oui, des crimes de guerre. Mais tout crime de guerre n’est pas un génocide. »
Invité à préciser ce qu’il considérait comme des crimes de guerre, Olmert a cité la destruction d’infrastructures publiques en présence de civils, lorsqu’aucune nécessité sécuritaire imminente ne justifiait les attaques.
« Si, comme nous le pensons, certaines infrastructures publiques ont été détruites alors que des centaines de civils étaient présents, sans qu’il existe de nécessité sécuritaire imminente, et que des civils ont malgré tout été tués, il s’agit d’un crime de guerre », a-t-il déclaré.
Évoquant un bilan de 75 000 morts à Gaza, Olmert a affirmé croire que plus de la moitié des personnes tuées n’étaient pas impliquées dans des activités terroristes.
« Et c’est un bilan intolérable, inacceptable et impardonnable. »
Il a néanmoins qualifié d’erreur le mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale contre Netanyahu.

Olmert s’est montré encore plus catégorique dans sa condamnation des violences commises par les colons israéliens en Cisjordanie occupée. Il a décrit ces attaques contre les Palestiniens comme faisant partie d’une entreprise concertée visant à les expulser de leurs terres et à préparer l’annexion du territoire.
Il a évoqué ce qu’il a qualifié d’atrocités quotidiennes contre des Palestiniens qui n’étaient pas impliqués dans des actes de violence.
« C’est un crime, un crime terrible, un véritable pogrom, la pire des choses », a-t-il déclaré.
Abbas a rappelé que Netanyahu avait minimisé ces violences devant les Nations unies, les présentant comme le fait de quelques jeunes délinquants, et laissé entendre que ceux qui les jugeaient plus graves avaient été radicalisés.
Interrogé pour savoir s’il avait lui-même été radicalisé, Olmert a répondu : « Depuis longtemps, et pour bien d’autres raisons également. »
Il a expliqué être depuis longtemps la cible d’attaques de la part des partisans de Netanyahu.
« J’ai donc été radicalisé, j’ai été insulté et j’ai été traité de traître pendant très longtemps par la machine à empoisonner de Netanyahu. »
Olmert a également évoqué les Israéliens issus de la société civile qui se rendent dans les communautés palestiniennes pour apporter leur soutien aux habitants et les aider à se défendre contre les attaques des colons.
La discussion est ensuite revenue à la proposition de paix qu’Olmert avait présentée au président palestinien Mahmoud Abbas en 2008. Celle-ci prévoyait un État palestinien approximativement délimité selon les lignes de 1967, avec des échanges de territoires et Jérusalem partagée.
L’offre n’a jamais été signée, et de nombreuses personnes dans le monde arabe estiment qu’Abbas ne l’a pas prise au sérieux parce qu’Olmert était déjà sur le départ.
Interrogé directement sur la sincérité de sa proposition, Olmert a répondu : « Absolument. »
Il a cité les mémoires de Condoleezza Rice, alors secrétaire d’État américaine, comme preuve de son engagement en faveur d’un accord.
Olmert s’est souvenu avoir présenté son plan lors d’un dîner dans sa résidence. Il avait demandé à plusieurs reprises aux serveurs de ne pas servir le repas, tant il était absorbé par l’explication de sa proposition. Selon lui, Rice lui aurait ensuite confié qu’elle avait du mal à croire ce qu’elle venait d’entendre.
Les Palestiniens ont toutefois livré une autre version des négociations. Ils soulignent notamment le refus d’Olmert de laisser Abbas emporter la carte indiquant les territoires qui feraient l’objet d’échanges, afin de la montrer à ses experts.
Olmert a reconnu avoir retenu la carte, expliquant qu’il craignait qu’Abbas ne reparte avec elle sans jamais revenir.
« Mon refus, à ce moment-là de notre réunion, reposait sur la crainte qu’il emporte la carte et ne revienne jamais », a-t-il déclaré.
« Et il s’est avéré que je n’avais pas tout à fait tort. »
Olmert a affirmé avoir demandé à Abbas de revenir le lendemain avec des experts, faisant valoir que Ramallah ne se trouvait qu’à 45 minutes de route de sa résidence à Jérusalem.
Au lieu de cela, il se souvient avoir reçu un appel téléphonique de Saeb Erekat, alors chef de l’équipe de négociation palestinienne. Celui-ci s’était excusé, expliquant qu’Abbas devait se rendre à Amman et qu’il reviendrait avec un expert en cartographie.
Olmert affirme attendre toujours cette rencontre, près de 18 ans plus tard.
À ses yeux, l’échec des négociations ne dispense aucune des deux parties de changer. Il soutient que les Palestiniens qui réclament la reconnaissance de leurs propres droits doivent également reconnaître le droit d’Israël à exister.
« Les Palestiniens veulent que leurs propres droits soient reconnus », a-t-il déclaré.
« Ils doivent reconnaître explicitement, publiquement et fièrement le droit d’Israël à exister, au lieu de toujours se placer dans l’opposition.
« Le changement doit donc intervenir des deux côtés. »
Le parcours d’Olmert lui-même demeure au cœur du débat sur son héritage politique. Il a démissionné en 2008 plutôt que de combattre les accusations de corruption depuis son poste de Premier ministre. Il a ensuite été condamné, emprisonné et a rédigé ses mémoires en cellule. Il continue de qualifier l’affaire de complot.
Il a défendu sa décision de quitter ses fonctions, affirmant que la crédibilité du gouvernement et la fonction de Premier ministre étaient plus importantes que sa propre survie politique.
« J’ai choisi de régler cette affaire sans me prévaloir de ma position de Premier ministre, parce que je pensais que le statut du gouvernement et celui de la fonction de Premier ministre étaient plus importants que la situation personnelle de l’individu », a-t-il déclaré.
« Et j’en ai payé le prix fort. »
Il a opposé cette décision à l’approche de Netanyahu, estimant que le Premier ministre actuel avait placé sa propre survie politique au-dessus des intérêts du pays.
« Pour lui, sa survie personnelle était plus importante que les intérêts de l’État », a déclaré Olmert.
Olmert ne figurera pas sur les bulletins de vote lors des prochaines élections. Mais il s’est imposé comme la voix d’un Israël qu’il estime marginalisé par le gouvernement Netanyahu, laissant ouverte la question de savoir si d’autres suivront son exemple.
Interrogé sur les perspectives de changement, il a conclu sur une note d’optimisme prudent.
« Il y a donc ici une lueur d’espoir qui se dessine, et je crois que les résultats des prochaines élections changeront tout. »
Regardez l’épisode complet ici.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com





