Djibouti… conscience de la Corne de l’Afrique et terre d’accueil du voisinage en temps d’épreuve

Le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh (au centre) arrive pour un dîner avec les membres de la délégation du Sommet international de l'espace à l'Élysée, à Paris, le 9 septembre 2026.
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Djibouti… conscience de la Corne de l’Afrique et terre d’accueil du voisinage en temps d’épreuve

Djibouti… conscience de la Corne de l’Afrique et terre d’accueil du voisinage en temps d’épreuve
  • Djibouti, bien que limité en ressources, a toujours accueilli les populations de pays voisins en période de crise, honorant sa responsabilité humanitaire.
  • Les déplacements yéménites vers Djibouti ont eu lieu à plusieurs reprises, notamment lors de la crise de 2015 et des conflits précédents tels que la guerre de 1994.

La récente vague de déplacement de Yéménites vers Djibouti, dans le contexte des événements qui s’accélèrent sur la côte occidentale du Yémen, n’est ni la première du genre ni une simple situation humanitaire passagère née du conflit actuel. Elle s’inscrit plutôt dans une longue histoire de déplacements, de migrations et d’interactions humaines entre les deux rives du détroit de Bab el-Mandeb.

Djibouti, petit par son territoire et ses ressources économiques, s’est toujours montré grand par sa capacité à accueillir les populations des pays voisins et sage dans sa manière de faire face aux crises régionales et aux bouleversements du monde. Malgré les lourdes conséquences sécuritaires, économiques et sociales engendrées par les vagues successives de déplacements, Djibouti n’a jamais renoncé à sa responsabilité humanitaire ni fermé ses portes à ceux qui venaient y chercher sécurité et salut.

Lorsque l’on évoque le déplacement de nos frères et de nos proches yéménites vers Djibouti en période de conflit, l’histoire contemporaine retient plusieurs vagues successives. Parmi les plus importantes figure celle de 2015, provoquée par le déclenchement de la crise yéménite et l’intensification du conflit armé. Elle avait été précédée par la guerre de 1994, connue sous le nom de guerre de sécession, ainsi que par les événements du 13 janvier 1986 dans le sud du Yémen.

Toutefois, les déplacements entre les deux rives n’ont jamais été liés aux seules guerres. Tout au long de son histoire, la région a connu des migrations yéménites continues en provenance de l’ensemble du pays : de l’est, du nord, du centre, du sud et de la côte occidentale. Les voyageurs prenaient la mer à bord de simples embarcations en bois et parcouraient en quelques heures la courte distance séparant les deux rives pour rejoindre Djibouti, porte africaine située face au détroit de Bab el-Mandeb.

Les migrations ne se sont pas non plus effectuées dans un seul sens. Les déplacements entre les deux rives de la mer Rouge et du détroit de Bab el-Mandeb ont toujours été réciproques. Lorsque les institutions de l’État somalien se sont effondrées au début des années 1990, contraignant des centaines de milliers de Somaliens à quitter leurs foyers, ceux-ci ont trouvé refuge dans les pays voisins. Beaucoup ont également traversé la mer vers le Yémen, où ils ont trouvé, sur l’autre rive, un havre de sécurité et une terre d’accueil.

Ainsi, les peuples de la région n’ont cessé de s’offrir mutuellement refuge et assistance dans les moments d’adversité, s’accueillant les uns les autres chaque fois que les voies se fermaient et que les crises s’aggravaient. Avec la continuité des déplacements entre les deux rives, les coutumes et les cultures se sont entremêlées, les liens sociaux se sont renforcés et des relations de parenté et d’alliance se sont établies. Les mariages mixtes et le brassage humain sont ainsi devenus une réalité naturelle et profondément enracinée, sans cesse renouvelée par la continuité de la vie dans cette région.

La mer n’est dès lors plus apparue comme une barrière séparant les peuples, mais comme un pont favorisant la communication, la connaissance mutuelle, les échanges et la formation d’une mémoire humaine commune entre ses deux rives.

Lorsque l’on évoque l’histoire des migrations dans cette région, il est impossible de passer sous silence l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire de l’islam : les deux migrations des Compagnons du Prophète Mohammed — que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui — vers la terre d’Abyssinie. Fuyant les persécutions subies en raison de leur foi, ils furent accueillis, protégés et honorés par le Négus, qui refusa de les livrer à ceux qui leur voulaient du mal.

Ces migrations ont consacré des valeurs humaines intemporelles : porter secours à celui qui demande protection, soutenir l’opprimé et honorer l’étranger. Ces principes sont demeurés vivants parmi les peuples des deux rives de la mer Rouge, transmis de génération en génération et renouvelés chaque fois que l’un des peuples de la région est frappé par l’épreuve.

Pour revenir au rôle humanitaire de Djibouti, un ancien ministre djiboutien de l’Intérieur m’a raconté que, lors de la vague d’arrivée de nos frères et sœurs yéménites en 2015, leur nombre avait dépassé trente mille personnes. Le soutien et l’assistance extérieurs tardant à parvenir, les ressources limitées du pays se sont trouvées soumises à des pressions considérables et croissantes.

Face à cette situation difficile, le ministre envisagea de suspendre temporairement l’accueil des personnes arrivant par la mer. Son Excellence le président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, lui répondit avec une profonde émotion et une grande humanité :

« Ton frère se tient à la porte de ta maison et a besoin de ton aide. Ne lui ferme pas ta porte ; Dieu nous accordera les moyens de lui porter assistance. »

Ces paroles n’étaient pas une simple instruction administrative destinée à gérer une situation d’urgence. Elles exprimaient sincèrement la conscience d’un État et incarnaient tout un système de valeurs auquel Djibouti, sa direction comme son peuple, demeure profondément attaché : un voisin ne doit jamais être abandonné dans l’épreuve, et le devoir humanitaire doit prévaloir sur la faiblesse des moyens et les calculs dictés par les circonstances.

L’ensemble du peuple djiboutien se mobilisa alors pour apporter aide, secours et hébergement à ses frères et sœurs yéménites. La Première Dame, Mme Kadra Mahamoud Haid, fut au premier rang de cet élan de solidarité, qui illustra la profondeur des liens fraternels et historiques unissant les deux peuples.

L’histoire retient également, durant cette période, le rôle positif joué par le Royaume frère d’Arabie saoudite, par l’intermédiaire du Centre Roi Salman pour le secours et l’action humanitaires. Parmi les premières initiatives du Centre figura la création d’un site d’accueil pour les personnes déplacées dans la ville djiboutienne d’Obock, porte du pays donnant sur le détroit de Bab el-Mandeb. Cette initiative contribua à renforcer la capacité de Djibouti à accueillir les déplacés et à leur assurer protection et assistance.

Les déplacements vers Djibouti n’ont pas concerné les seuls Yéménites. À chaque conflit ou catastrophe humanitaire ayant frappé la région, le pays a accueilli des personnes déplacées et des réfugiés venus de Somalie, d’Éthiopie, d’Érythrée et d’autres États voisins.

À chaque fois, Djibouti a partagé avec eux le peu dont il disposait, malgré ses ressources et ses capacités limitées, conscient que le voisinage ne se résume pas à des frontières tracées sur des cartes, mais constitue une responsabilité morale et humanitaire ainsi qu’un destin commun imposé par la géographie et confirmé par l’histoire.

Les États ne se mesurent pas seulement à l’étendue de leur territoire, à l’importance de leurs richesses ou au nombre de leurs habitants. Ils se mesurent également à leurs positions dans les moments d’épreuve et à leur capacité à défendre l’être humain lorsque toutes les voies se ferment devant lui. De ce point de vue, Djibouti a démontré à maintes reprises qu’il est un grand pays par ses positions, riche des valeurs de son peuple et fermement engagé envers son environnement régional.

En raison de la position stratégique majeure dont Dieu l’a gratifié, le destin de Djibouti a été de servir de porte d’entrée entre l’Afrique et la péninsule Arabique et de se trouver au cœur de l’un des corridors maritimes les plus importants au monde. Mais Djibouti a choisi de faire de cette position, au-delà de son importance politique et économique, un pont de fraternité et de solidarité, un havre de sécurité et de stabilité ainsi qu’un refuge pour ceux que leurs propres patries ne peuvent plus protéger.

Djibouti demeurera, si Dieu le veut, petit par sa géographie mais grand par ses positions : accueillant celui qui demande protection, portant secours aux victimes de l’adversité et préservant le droit de chaque être humain à la sécurité et à la dignité. Il restera ainsi, à juste titre, la conscience de la Corne de l’Afrique et du sud du bassin de la mer Rouge.