Les médiateurs qatariens sont retournés vendredi à Téhéran pour relancer les négociations entre les États-Unis et l’Iran, après la présentation, le mois dernier, d’une proposition de sept jours prévoyant des mesures réciproques de renforcement de la confiance. Téhéran a rejeté ces propositions, les jugeant inacceptables, mais les discussions se poursuivent.
Après huit mois de conflit, le désaccord reste globalement inchangé : l’Iran souhaite que le blocus américain de ses ports et les restrictions sur ses exportations de pétrole soient levés avant d’aborder la question de son programme nucléaire, tandis que Washington insiste pour que des concessions nucléaires soient prévues dès le départ. Le différend sur l’ordre des priorités a maintes fois entravé les tentatives de parvenir à un accord, et la dernière proposition vise à le surmonter grâce à une série d’engagements réciproques.
Pour les États du Golfe, cependant, la question va au-delà de la sortie de l’impasse diplomatique : il s’agit de savoir si leur implication croissante dans les négociations leur permettra d’avoir un poids significatif dans la définition des termes d’un éventuel accord.
Cette implication s’est considérablement renforcée ces dernières semaines. Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salman, s’est rendu la semaine dernière à Téhéran aux côtés du chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, et du chef des services de renseignement turcs, Ibrahim Kalin. Trois jours plus tôt, les ministres des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, du Pakistan, de la Turquie et de l’Égypte avaient rencontré leurs homologues européens à Istanbul pour discuter du conflit, des attaques contre l’Arabie saoudite et de la liberté de navigation. Oman a également mené des négociations avec l’Iran concernant l’accès maritime par le détroit d’Ormuz.
Les accords maritimes ne peuvent à eux seuls garantir que l’escalade militaire ne reprendra pas ailleurs dans la région
Zaid M. Belbagi
Prises séparément, ces initiatives pourraient laisser penser à des voies diplomatiques concurrentes, les gouvernements régionaux cherchant à conclure leurs propres accords avec Téhéran. Cependant, Riyad a explicitement décrit sa mission à Téhéran comme un soutien à la médiation menée par le Qatar et le Pakistan, tandis que Doha a reconnu sa coordination avec ses partenaires régionaux. Le tableau qui se dessine est celui d’efforts de plus en plus complémentaires, bien que le degré de coordination entre eux reste incertain.
Cette diplomatie collective et multivoie présente un intérêt considérable. Doha a maintenu le contact avec Washington et Téhéran tout au long du conflit, tandis que le Pakistan a joué un rôle central dans les efforts visant à négocier une cessation des hostilités. L’Arabie saoudite apporte son poids politique et les intérêts sécuritaires directs d’un pays confronté à de nouvelles attaques des Houthis. La Turquie entretient des canaux de communication avec Téhéran et les gouvernements occidentaux, tandis qu’Oman dispose de l’expérience et de la position géographique nécessaires pour surmonter les difficultés techniques liées à la réouverture du détroit d’Ormuz. Les discussions menées par ce dernier avec l’Iran en août ont porté sur un couloir maritime temporaire, le déminage, la gestion du trafic et des dispositions à plus long terme concernant le détroit.
Il s’agit de négociations distinctes mais interdépendantes. Parvenir à un accord sur les sanctions ne servira pas à grand-chose si les navires commerciaux restent exposés aux attaques, tandis que les dispositions maritimes ne peuvent à elles seules garantir que l’escalade militaire ne reprendra pas ailleurs dans la région.
Les préoccupations des pays du Golfe ne peuvent être traitées de manière adéquate par un accord bilatéral qui se concentre sur les exigences des États-Unis et de l’Iran
Zaid M. Belbagi
Le protocole d’accord signé à Islamabad en juin a constitué un précédent pour une telle approche. Les négociations qui ont suivi en Suisse ont abouti à la création d’un comité de haut niveau et de groupes de travail distincts sur les questions nucléaires, les sanctions, la surveillance et le règlement des différends. L’accord a néanmoins échoué, mettant en évidence la difficulté d’assurer son respect lorsque les parties sont en désaccord sur leurs obligations respectives.
La dernière proposition du Qatar suivrait, selon certaines sources, une logique similaire, cherchant à sortir de l’impasse par une courte série de mesures réciproques plutôt que d’exiger de Washington ou de Téhéran qu’ils fassent des concessions substantielles à l’avance. Un tel arrangement pourrait s’avérer utile, à condition que chaque étape soit mesurable, vérifiée de manière indépendante et subordonnée à une action correspondante. Sans un mécanisme d’application crédible, l’Iran pourrait obtenir un allègement des restrictions économiques tout en reportant ses engagements nucléaires, tout comme Washington pourrait obtenir des concessions initiales sans fournir les garanties nécessaires à un règlement durable.
Pour les États du Golfe, les enjeux dépassent largement le cadre des négociations nucléaires. La priorité de Washington reste de limiter le programme nucléaire iranien et de parvenir à une issue acceptable à son affrontement militaire. Téhéran cherche à obtenir un allègement des sanctions, la reprise de ses exportations de pétrole et la fin du blocus. Les pays du Golfe, quant à eux, ont subi les conséquences du conflit sous forme d’attaques de missiles et de drones, d’infrastructures endommagées, de perturbations du trafic aérien et d’incertitudes concernant le commerce maritime.
Leurs préoccupations ne peuvent être traitées de manière adéquate par un accord bilatéral centré sur les exigences américaines et iraniennes. La réouverture du détroit d’Ormuz allégerait la pression économique immédiate, mais elle ne résoudrait pas la menace posée par les groupes armés alignés sur l’Iran ni n’empêcherait une nouvelle vague d’actions militaires américaines ou israéliennes de raviver le conflit. Pour le Golfe, la pérennité de tout règlement dépendra donc d’engagements allant au-delà des exigences immédiates des deux principaux belligérants.
Le communiqué du Conseil de coopération du Golfe du 18 octobre a reconnu cette distinction. Ses membres ont soutenu la médiation régionale tout en insistant sur leur participation aux négociations touchant à leur sécurité et sur la nécessité d’aborder les programmes nucléaires et balistiques de l’Iran, ses drones et son soutien aux groupes armés mandataires. Cela constitue une base pour une position de négociation collective malgré les divergences qui ont traditionnellement marqué les relations du Golfe avec Téhéran.
Le Qatar et Oman sont depuis longtemps favorables au maintien de canaux diplomatiques, l’Arabie saoudite lutte contre les menaces le long de sa frontière sud et les Émirats arabes unis ont leurs propres considérations stratégiques et commerciales. Une uniformité totale n’est ni réaliste ni nécessaire. La difficulté survient lorsque les concessions négociées par un canal sont déconnectées des obligations recherchées par un autre.
Mettre fin à la guerre reste une priorité urgente pour une région dont le développement économique dépend de voies commerciales sécurisées, d’infrastructures énergétiques fiables et de la confiance des investisseurs. Or, un nouvel accord qui échouerait affaiblirait la confiance dans la diplomatie et laisserait les gouvernements du Golfe confrontés aux mêmes vulnérabilités qui ont précédé le conflit.
La région dispose désormais d’une influence diplomatique considérable grâce à ses relations avec les principaux belligérants et à sa capacité à mobiliser des partenaires au-delà du CCG. Que cette influence débouche ou non sur un ordre régional plus sûr dépendra du degré de coordination qui sous-tend les initiatives actuelles.
Si les initiatives parallèles d’aujourd’hui s’inscrivent dans un cadre commun du CCG, la diversité diplomatique devient un levier. Dans le cas contraire, Téhéran et Washington continueront de négocier individuellement avec les États du Golfe, tandis que la région en subira collectivement les conséquences.
Zaid M. Belbagi est commentateur politique et conseiller auprès de clients privés, entre Londres et le Conseil de coopération du Golfe.
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NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

