Après la défaite de Trump aux mid-terms, Paris veut peser avec ses alliés indépendamment de Washington

La défaite de Trump ne garantit pas un changement de la politique américaine, mais rappelle, aux yeux de Paris, combien les pays de la région et leurs partenaires européens doivent pouvoir peser sur leur propre sécurité, plutôt que de la laisser dépendre des seuls arbitrages de Washington.
La défaite de Trump ne garantit pas un changement de la politique américaine, mais rappelle, aux yeux de Paris, combien les pays de la région et leurs partenaires européens doivent pouvoir peser sur leur propre sécurité, plutôt que de la laisser dépendre des seuls arbitrages de Washington.
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Après la défaite de Trump aux mid-terms, Paris veut peser avec ses alliés indépendamment de Washington

Après la défaite de Trump aux mid-terms, Paris veut peser avec ses alliés indépendamment de Washington
  • La maîtrise du programme nucléaire iranien, la fin des activités déstabilisatrices de Téhéran dans la région et la liberté de navigation dans le Golfe constituent des objectifs largement partagés à Washington.
  • Le changement de majorité au Congrès ne devrait donc pas, à lui seul, bouleverser les termes du dossier. Cependant, la défaite de Trump, dont la guerre contre l’Iran a contribué à fragiliser la popularité, pourrait compliquer la donne.

PARIS: En perdant le contrôle des deux chambres du Congrès au profit des démocrates, le président américain Donald Trump essuie un sérieux désaveu politique, auquel la guerre contre l’Iran n’est pas étrangère.

Cette sanction électorale peut-elle infléchir la politique étrangère américaine, notamment au Moyen-Orient ?

À Paris, on se garde bien de faire des pronostics et l’on préfère rappeler une réalité institutionnelle : le pouvoir exécutif américain conserve la maîtrise de la politique étrangère et le président reste libre de prendre des décisions qui engagent directement la sécurité régionale.

Dans les milieux diplomatiques français, la prudence est donc de mise. Sur l’Iran, notamment, les positions américaines dépassent les clivages partisans.

La maîtrise du programme nucléaire iranien, la fin des activités déstabilisatrices de Téhéran dans la région et la liberté de navigation dans le Golfe constituent des objectifs largement partagés à Washington.

Le changement de majorité au Congrès ne devrait donc pas, à lui seul, bouleverser les termes du dossier. Cependant, la défaite de Trump, dont la guerre contre l’Iran a contribué à fragiliser la popularité, pourrait compliquer la donne.

Conséquences bien au-delà de l’Iran

Paris estime qu’une reprise des frappes israélo-américaines contre l’Iran n’est pas exclue, mais ne croit pas qu’une nouvelle escalade, ajoutée au blocus économique, puisse produire des résultats décisifs.

Téhéran, de son côté, semble convaincu d’avoir résisté à la pression et cherche avant tout à gagner du temps. Le régime iranien entend préserver sa stabilité intérieure et ne paraît pas disposé à accepter les conditions américaines sans contreparties.

Pour la diplomatie française, le danger le plus sérieux serait de s’installer dans une situation durable de ni-guerre ni-paix, faite de tensions permanentes et de menaces récurrentes.

Une telle configuration aurait, selon Paris, des conséquences bien au-delà de l’Iran, notamment sur les monarchies du Golfe et l’économie mondiale.

Le détroit d’Ormuz illustre déjà cette vulnérabilité. Contrairement à l’idée d’une fermeture totale, une partie importante du trafic maritime continue de circuler.

Mais les navires transportant les cargaisons énergétiques les plus stratégiques, notamment les méthaniers qataris, sont confrontés à des risques et à des coûts d’assurance devenus prohibitifs. La menace suffit donc à désorganiser les échanges, sans qu’il soit nécessaire de bloquer complètement le passage.

Face à cette situation, Paris travaille à une initiative visant à permettre aux États et aux fonds souverains disposant de ressources suffisantes de prendre en charge l’assurance des navires.

L’objectif immédiat est de faire baisser le coût des traversées, avant d’envisager des dispositifs de sécurisation, notamment l’escorte des bâtiments.

Cette préoccupation se traduit également dans la relation avec l’Arabie saoudite. La visite récente d’Emmanuel Macron à Riyad a constitué, selon Paris, un geste politique important de solidarité envers un partenaire stratégique particulièrement exposé.

La France confirme avoir prépositionné des moyens militaires destinés à protéger des infrastructures essentielles, telles que les installations pétrolières, les terminaux, les raffineries et le pipeline Est-Ouest.

Sans entrer dans le détail des équipements engagés, Paris assure que les moyens nécessaires à cette mission sont disponibles.

Au-delà de cette assistance, le déplacement présidentiel a permis d’approfondir les discussions sur la sécurité régionale et les possibilités de sortie de crise.

Eviter que les tensions ne s’étendent davantage à la mer Rouge

La France entend ainsi montrer qu’elle ne se limite pas à commenter les initiatives américaines, mais qu’elle peut apporter une contribution concrète à la protection de ses partenaires.

Cette solidarité n’implique toutefois pas un alignement automatique sur les choix saoudiens à propos du Yémen.

Paris encourage Riyad à maintenir un canal de négociation avec les Houthis, dont le contentieux avec le royaume est ancien et ne se réduit pas à la crise actuelle avec l’Iran.

La France souhaite éviter que les tensions ne s’étendent davantage à la mer Rouge, où la liberté de navigation constitue également un intérêt stratégique français.

Elle entend donc protéger les intérêts saoudiens, mais à ses propres conditions, sans devenir cobelligérante. L’enjeu est de contenir l’extension du conflit tout en laissant une chance aux démarches de désescalade.

C’est au Liban que les inquiétudes françaises prennent une dimension particulièrement urgente. Avec l’arrivée à échéance du mandat de la FINUL, le 31 décembre, Paris redoute qu’un vide sécuritaire ne s’installe dans le sud du pays.

La priorité est désormais de trouver les moyens de consolider l’armée libanaise et de lui permettre d’exercer effectivement la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire.

La France envisage, avec ses partenaires européens, américains et arabes, plusieurs formes d’assistance : équipement et entraînement de l’armée, soutien opérationnel et structurel, mais aussi maintien éventuel d’une présence internationale sous une autre forme.

Certaines missions de la FINUL pourraient être reprises par d’autres mécanismes onusiens, mais Paris attend également davantage de clarté de la part des autorités libanaises.

Les déclarations du président libanais Joseph Aoun et du chef du gouvernement sur la nécessité de rétablir l’autorité de l’État doivent se traduire en actes, notamment par le déploiement de l’armée dans le sud et la mise en œuvre des obligations liées à la résolution 1701, y compris le désarmement du Hezbollah.

Le message martelé par Paris est sans équivoque : sans reprise en main du territoire par l’État libanais, le risque est grand de voir l’occupation israélienne s’installer durablement et la guerre reprendre.

Par ailleurs, Paris affirme ne pas être dans une logique de confrontation communautaire ou de politique anti-chiite, mais dans celle du rétablissement de la souveraineté libanaise.

Il est donc clair que la défaite de Trump ne garantit pas un changement de la politique américaine, mais rappelle, aux yeux de Paris, combien les pays de la région et leurs partenaires européens doivent pouvoir peser sur leur propre sécurité, plutôt que de la laisser dépendre des seuls arbitrages de Washington.