Pour Afrah Al-Zouba en tournée européenne: Les Houthis ne sont pas un partenaire fiable

Face à l’aggravation de la crise yéménite et à ses implications régionales, la ministre yéménite des Affaires étrangères, Afrah Al-Zouba, entend mobiliser davantage la France et les capitales européennes contre les Houthis.
Face à l’aggravation de la crise yéménite et à ses implications régionales, la ministre yéménite des Affaires étrangères, Afrah Al-Zouba, entend mobiliser davantage la France et les capitales européennes contre les Houthis.
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Pour Afrah Al-Zouba en tournée européenne: Les Houthis ne sont pas un partenaire fiable

Pour Afrah Al-Zouba en tournée européenne: Les Houthis ne sont pas un partenaire fiable
  • La ministre yéménite des Affaires étrangères, Afrah Al-Zouba, demande un soutien accru de la France et des capitales européennes contre les Houthis
  • Elle appelle à une opération globale pour réduire les capacités militaires des Houthis, tout en refusant le déploiement de forces étrangères sur le sol yéménite.

PARIS: Face à l’aggravation de la crise yéménite et à ses implications régionales, la ministre yéménite des Affaires étrangères, Afrah Al-Zouba, entend mobiliser davantage la France et les capitales européennes contre les Houthis.

Elle plaide pour un soutien politique et économique accru à son gouvernement, dénonce l’implication de l’Iran et alerte sur les conséquences régionales et internationales du conflit.

La diplomatie yéménite veut sortir le conflit de son cadre strictement national. C’est, en substance, le message exprimé par Al-Zouba lors d’une rencontre avec un groupe de journalistes au siège de l’ambassade du Yémen à Paris.

À l’issue de son échange avec son homologue français, Jean-Noël Barrot, et dans un contexte de tensions persistantes et de menaces sur la navigation en mer Rouge, Sanaa cherche à convaincre ses partenaires européens que la crise yéménite ne concerne plus seulement l’avenir d’un pays déchiré par la guerre, mais touche directement à la sécurité régionale et internationale.

Premier sujet au cœur des discussions : la nature du soutien français et le contenu concret de la solidarité affichée par Paris.

La ministre évoque un soutien politique sans ambiguïté, auquel s’ajoutent l’assistance humanitaire et la coopération économique. Elle insiste notamment sur l’engagement français en faveur du développement, de la stabilité et de l’intégrité territoriale du Yémen.

Cependant, les contours précis de cette assistance ne sont pas détaillés. Aucun nouvel engagement financier ni dispositif militaire particulier n’est annoncé à l’issue de cette rencontre.

Le soutien évoqué relève donc, à ce stade, davantage d’un accompagnement politique, humanitaire et économique que d’une promesse d’intervention directe.

La ministre entend élargir ce cercle de solidarité. Elle annonce une tournée dans six autres capitales européennes au cours du mois, afin de sensibiliser les gouvernements et de rechercher une position plus concertée face aux menaces que représentent les Houthis.

L’objectif est de faire émerger une mobilisation européenne au-delà des déclarations de principe.

Parmi les dossiers abordés à Paris figure celui de la qualification des Houthis comme organisation terroriste. Pour Al-Zouba, cette reconnaissance constituerait un instrument essentiel pour réduire leurs ressources financières et leur approvisionnement en armes.

Elle aurait également une portée politique et adresserait un avertissement clair aux milices, en leur signifiant que leurs agissements ne peuvent rester sans conséquences.

La ministre accuse par ailleurs Téhéran de soutenir et d’armer les Houthis, dont elle décrit le mouvement comme une extension de l’influence iranienne dans la région.

Elle affirme que cette relation ne se limite pas à une aide militaire ponctuelle et souligne que des réseaux opérationnels associant des éléments iraniens et des membres du Hezbollah libanais seraient présents dans plusieurs gouvernorats yéménites.

Elle fait notamment état d’informations communiquées par le ministère yéménite de l’Intérieur, selon lesquelles 21 individus auraient été identifiés et seraient soupçonnés de participer à des opérations de soutien aux Houthis.

Leur présence témoignerait, selon la ministre, de l’existence d’une structure de coordination entre l’Iran et le Hezbollah. Elle affirme que le gouvernement yéménite prépare une communication destinée à alerter la communauté internationale sur ces activités.

Pour la ministre, l’enjeu dépasse largement les frontières du Yémen. Elle met en garde contre l’extension des réseaux houthis dans la Corne de l’Afrique, où ils entretiendraient des liens avec des groupes armés locaux et participeraient à des circuits de contrebande d’armes et de stupéfiants.

Une évolution particulièrement préoccupante dans une région déjà fragilisée par les conflits et l’instabilité.

L’autre grand volet de l’entretien entre Al-Zouba et Barrot concerne la sécurité de la navigation internationale. Le détroit de Bab el-Mandeb, passage stratégique entre la mer Rouge et le golfe d’Aden, concentre les inquiétudes.

Al-Zouba estime que la seule présence des forces gouvernementales sur les côtes ne suffit pas à neutraliser la menace houthie. Même lorsque ces forces contrôlent certaines zones côtières, les Houthis conservent, selon elle, la capacité de frapper à distance grâce à leurs missiles et à leurs drones.

Son raisonnement est implacable : tant que les capacités militaires des Houthis ne seront pas sérieusement réduites, le trafic maritime restera exposé.

Elle défend ainsi l’idée d’une opération suffisamment globale pour neutraliser leurs moyens de frappe et mettre fin à leur capacité de pression sur les routes commerciales.

Pour autant, la ministre ne réclame pas le déploiement de forces étrangères sur le sol yéménite.

Interrogée sur une éventuelle intervention égyptienne ou sur l’activation d’accords militaires arabes, elle écarte cette perspective. « Nous ne voulons pas de forces égyptiennes », explique-t-elle, en rappelant que le conflit doit rester une guerre yéménite et que l’armée nationale est en mesure de tenir ses positions.

Ce que le gouvernement yéménite demande à ses voisins et à ses partenaires, c’est un soutien à son effort, sans substitution aux forces nationales.

La ministre ne ferme pas pour autant la porte à une solution négociée, mais pose une condition : l’existence d’un interlocuteur réellement disposé à faire la paix, ce qui, à ses yeux, n’est pas le cas des Houthis.

Elle leur reproche d’entretenir les affrontements dès que la perspective d’une accalmie se dessine, afin d’échapper à leurs engagements.

Ainsi, le message d’Al-Zouba à Paris est double. D’une part, le Yémen ne demande pas que d’autres fassent la guerre à sa place, mais qu’ils l’aident à retrouver les moyens de rétablir son autorité. D’autre part, le gouvernement entend convaincre les Européens que laisser s’installer durablement la puissance militaire des Houthis aurait un coût bien supérieur à celui d’une mobilisation internationale aujourd’hui.