A Tulsa, une visite présidentielle pour réparer «cent ans d'oubli»

Une minute de silence est observée lors des commémorations du 100e anniversaire du massacre de Tulsa le 01 juin 2021 à Tulsa, Oklahoma. (Photo / AFP)
Une minute de silence est observée lors des commémorations du 100e anniversaire du massacre de Tulsa le 01 juin 2021 à Tulsa, Oklahoma. (Photo / AFP)
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Publié le Mercredi 02 juin 2021

A Tulsa, une visite présidentielle pour réparer «cent ans d'oubli»

  • Joe Biden est le premier président à venir commémorer la destruction par des hommes blancs, il y a un siècle, du quartier de Greenwood
  • «Il y a vingt ans, personne ne disait que c'était un massacre, les gens disaient que c'était des émeutes!»

TULSA: Rassemblés devant un bâtiment de brique où Joe Biden est venu présider mardi la commémoration historique d'un massacre raciste qui s’est produit ici en 1921, les Afro-Américains de Tulsa confient leur espoir que ce drame longtemps passé sous silence éclate enfin en pleine lumière.

Depuis le trottoir d'en face, ils espéraient apercevoir le démocrate, finalement entré discrètement de l'autre côté du bâtiment. Mais il est là, et pour les habitants de cette ville de l'Oklahoma, c'est tout ce qui compte.

"C'est phénoménal!", s'exclame Betty Anderson, 70 ans, heureuse que les Américains sachent "enfin ce qui s'est passé ici, et qui a été caché pendant si longtemps."

"C'est une blessure", dit-elle à l'AFP, "et elle fait toujours mal."

Joe Biden, ancien bras droit de Barack Obama, est le premier président à venir commémorer la destruction par des hommes blancs, il y a un siècle, du quartier de Greenwood, surnommé "Black Wall Street" pour sa prospérité économique.

Cette mise à feu et à sang s'était opérée avec la complicité de la police locale, après des tensions provoquées par l'arrestation d'un jeune cireur de chaussures noir accusé de l'agression d'une femme blanche.

Je suis venu ici pour aider à rompre le silence. Car dans le silence, les blessures se creusent.

– Joe Biden

Des «émeutes»

L'attaque a fait jusqu'à 300 morts, laissé 10 000 personnes sans abri, détruisant la plupart des bâtiments et, du même coup, la vie économique du quartier.

Personne n'a été condamné, et les compagnies d'assurance, prétextant qu'il s'agissait d'émeutes, avaient refusé de rembourser les victimes du drame.

"Il y a vingt ans, personne ne disait que c'était un massacre, les gens disaient que c'était des émeutes!", crie une femme dans la foule, provoquant des applaudissements. 

Longtemps ignoré, même par certains Afro-Américains nés à Tulsa, ce drame n'était pas enseigné dans les écoles.

Mardi, Joe Biden a affirmé être venu "rompre le silence", reconnaissant qu'il y avait "clairement eu un effort pour tenter de l'effacer de notre mémoire".

"Maintenant, votre histoire sera exposée en pleine lumière", a-t-il affirmé, en présence de trois survivants centenaires du massacre. 

Meurtri, le quartier de Greenwood n'est jamais vraiment parvenu à panser ses blessures. "Ça a même affecté la façon dont nous, les Noirs, voyons les Blancs", affirme Colece, une adolescente de 13 ans née à Tulsa.

«On doit vivre avec»

À ses côtés, sa grand-mère de 63 ans, Celestine Polk, acquiesce, citant l'exemple de ses propres parents: "ça les a rendus aigris contre les Blancs, surtout mon père, parce qu'il savait comment les choses étaient avant."

"Mais ce n'est pas comme si on pouvait revenir en arrière et changer ce qui s'est passé, on doit vivre avec", reprend l'adolescente habillée d'un pull rouge portant le logo de la Nasa.

Selon elle, "peut-être que les gens se sentiront mieux s'ils ont l'impression que le gouvernement se soucie de ce qui s'est passé."

Un peu plus loin, près d'un stand qui propose des tee-shirts commémorant le massacre et sous un drapeau proclamant que "les vies noires comptent", Anthony Hutton, 46 ans, pense qu'il en faudra plus pour soigner la douleur de ses pairs.

La visite du président "est un beau geste", mais ce n'est pas suffisant, dit-il.

Ingénieur, il dit ne pas réussir à trouver de travail autour de chez lui, et regrette que les Afro-Américains de Tulsa soient toujours cibles de discriminations.

"On veut des opportunités économiques, comme partout ailleurs", dit-il.

"On est fatigués de parler, de manifester, on veut des résultats."

Biden dénonce les attaques contre le droit de vote des Afro-Américains

Joe Biden a profité de ce discours historique pour dénoncer les attaques "absolument sans précédent" contre le droit de vote des Afro-Américains, "le droit le plus fondamental", par le biais de lois restreignant l'accès aux urnes dans certains États conservateurs. 

"Ce droit sacré est attaqué avec une intensité que je n'ai jamais vue", a déclaré le démocrate. 

Depuis la présidentielle, les projets de loi limitant l'accès au vote se sont multipliés dans les États à l'initiative des républicains. Ils sont dénoncés par les démocrates comme frappant particulièrement les minorités.

Certaines injustices sont si atroces, si terrifiantes, si douloureuses qu'elles ne peuvent pas rester enterrées

– Joe Biden

À Tulsa, le président a donc promis de se "battre" pour qu'une loi électorale censée protéger l'accès aux urnes soit adoptée en juin par le Congrès, ainsi qu'un autre texte nommé en hommage à John Lewis, figure de la lutte pour les droits civiques décédé en 2020. 

La Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, a approuvé en mars le premier projet de loi (HR.1). 

"Le Sénat l'examinera plus tard ce mois-ci et je me battrai comme un diable, avec tous les outils à ma disposition, pour qu'il soit adopté", a-t-il déclaré, tout en admettant que sa majorité à la chambre haute était trop étriquée pour garantir ce vote. 


Trump menace de cibler les champs gaziers iraniens après des attaques contre le Qatar

Donald Trump a menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cesse pas ses attaques contre le Qatar, deuxième exportateur de GNL, qui ont à nouveau fait grimper les cours du pétrole jeudi. (AFP)
Donald Trump a menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cesse pas ses attaques contre le Qatar, deuxième exportateur de GNL, qui ont à nouveau fait grimper les cours du pétrole jeudi. (AFP)
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  • Le président américain a confirmé qu'Israël était à l'origine de l'attaque mercredi contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe persique, dont l'autre partie est exploitée par le Qatar
  • Les Etats-Unis "ne savaient rien" de cette attaque, a assuré M. Trump

DOHA: Donald Trump a menacé de cibler les champs gaziers iraniens si Téhéran ne cesse pas ses attaques contre le Qatar, deuxième exportateur de GNL, qui ont à nouveau fait grimper les cours du pétrole jeudi.

Si l'Iran "décide imprudemment d'attaquer un pays tout à fait innocent, en l'occurrence le Qatar", alors "les Etats-Unis d'Amérique, avec ou sans l'aide ou le consentement d'Israël, détruiront massivement l'intégralité du gisement de gaz de South Pars avec une force et une puissance que l'Iran n'a jamais vues ni connues auparavant", a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.

Le président américain a confirmé qu'Israël était à l'origine de l'attaque mercredi contre la partie iranienne de ce site gazier offshore du Golfe persique, dont l'autre partie est exploitée par le Qatar. Les Etats-Unis "ne savaient rien" de cette attaque, a assuré M. Trump.

En représailles, l'Iran s'en est pris mercredi au complexe gazier qatari de Ras Laffan, plus important site de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde. Cela a de nouveau été le cas jeudi.

La compagnie énergétique publique du Qatar, QatarEnergy, a fait état de "dommages considérables" causés à l'aube sur ce site.

Les incendies provoqués par l'attaque ont été maîtrisés en début de matinée, selon le ministère de l'Intérieur. Aucune victime n'a été signalée.

Pétrole à plus de 112 dollars 

Le Qatar est le deuxième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) derrière les Etats-Unis et Ras Laffan son premier site de production de GNL.

Déjà mercredi, ce site avait subi des dommages "considérables" dans une attaque attribuée à l'Iran.

Aux Emirats arabes unis, Abou Dhabi a fermé un complexe gazier après la chute de débris de missiles interceptés

Le ministère des Affaires étrangères du Qatar a déploré que ces attaques dans la région "ont franchi toutes les lignes rouges en ciblant des civils, des installations civiles et vitales".

Ce nouvel épisode dans la guerre déclenchée le 28 février par l'offensive américano-israélienne sur l'Iran a de nouveau fait grimper le prix pétrole, poussant le baril de Brent au-delà des 112 dollars.

Les craintes d'une régionalisation du conflit à tout le Moyen-Orient s'accentue, l'Arabie saoudite ayant souligné jeudi se "réserver le droit" de répliquer militairement à l'Iran, qui cible régulièrement le pays avec des drones et des missiles.

Un couloir sécurisé pour Ormuz ? 

Le blocage par l'Iran du détroit stratégique d'Ormuz, par où circule d'ordinaire 20% du pétrole et du gaz mondiaux, reste au coeur de l'attention.

C'est au sud de ce passage, dans le golfe d'Oman, qu'un navire a de nouveau été touché jeudi par un "projectile inconnu", selon l'agence maritime britannique UKMTO. Un incendie s'est déclenché à bord du bateau. Un autre navire a été touché au large de Ras Laffan, selon l'UKMTO.

Réunie en urgence à Londres, l'Organisation maritime internationale (OMI) doit demander jeudi la mise en place d'un couloir maritime sécurisé pour évacuer les bateaux bloqués dans le Golfe persique.

L'organe onusien chargé de la sécurité en mer estime que 20.000 marins patientent actuellement à bord de 3.200 bateaux près du détroit d'Ormuz.

Après la réserve fédérale américaine mercredi (Fed), la flambée des prix de l'énergie due à la guerre dominera jeudi la réunion de la Banque centrale européenne (BCE), qui redoute des conséquences sur l'inflation et la croissance.

Le président français Emmanuel Macron a appelé jeudi à un moratoire concernant "les infrastructures civiles", notamment énergétiques, après un échange avec Donald Trump et l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani.

"Les populations civiles et leurs besoins essentiels, ainsi que la sécurité des approvisionnements énergétiques, doivent être préservés de l'escalade militaire", a-t-il souligné.

En presque trois semaines, la guerre a fait plus de 2.200 morts, selon les autorités, essentiellement en Iran et au Liban, deuxième principal front de guerre, où s'affrontent le mouvement chiite pro-iranien Hezbollah et Israël.

 


Trump s'en prend aux pays de l'Otan qui ont rejeté sa demande d'aide

Donald Trump a qualifié mardi d'"erreur vraiment stupide" le refus de nombreux pays de l'Otan de porter assistance aux Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran à la suite de l'attaque d'Israël et des Etats-Unis. (Reuters)
Donald Trump a qualifié mardi d'"erreur vraiment stupide" le refus de nombreux pays de l'Otan de porter assistance aux Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran à la suite de l'attaque d'Israël et des Etats-Unis. (Reuters)
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  • "Nous avons aidé avec l'Ukraine et ils n'aident pas avec l'Iran, et ils reconnaissent tous que l'Iran ne doit pas avoir l'arme nucléaire", a encore dit Donald Trump. "C'est une très mauvaise chose pour l'Otan", a-t-il estimé
  • "Nous n'avons plus besoin et nous ne voulons plus de l'aide des pays de l'Otan. NOUS N'EN AVONS JAMAIS EU BESOIN," avait assuré le président américain peu auparavant sur son réseau Truth Social, en citant aussi le Japon, l'Australie et la Corée du Sud

WASHINGTON: Donald Trump a qualifié mardi d'"erreur vraiment stupide" le refus de nombreux pays de l'Otan de porter assistance aux Etats-Unis pour sécuriser le détroit d'Ormuz, bloqué par l'Iran à la suite de l'attaque d'Israël et des Etats-Unis.

"Je pense que l'Otan fait une erreur vraiment stupide", a-t-il déclaré à la presse depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, peu après avoir affirmé sur son réseau Truth Social qu'il n'avait plus besoin de leur aide pour sécuriser ce passage stratégique pour l'économie mondiale.

"J'ai longtemps dit que je me demandais si l'Otan serait jamais là pour nous. Donc ceci est, ceci était un grand test, parce que nous n'avons pas besoin d'eux mais ils auraient dû être là", a-t-il insisté.

"L'autre chose, qui est, je pense, très importante, c'est que nous n'avions pas à être là pour l'Ukraine", a ajouté le président américain, qui recevait le Premier ministre irlandais Micheal Martin à l'occasion de la Saint-Patrick.

"Nous avons aidé avec l'Ukraine et ils n'aident pas avec l'Iran, et ils reconnaissent tous que l'Iran ne doit pas avoir l'arme nucléaire", a encore dit Donald Trump. "C'est une très mauvaise chose pour l'Otan", a-t-il estimé.

"Nous n'avons plus besoin et nous ne voulons plus de l'aide des pays de l'Otan. NOUS N'EN AVONS JAMAIS EU BESOIN," avait assuré le président américain peu auparavant sur son réseau Truth Social, en citant aussi le Japon, l'Australie et la Corée du Sud, autres alliés ayant rejeté ses demandes d'assistance.

Dans le Bureau ovale, il a toutefois déclaré que les Etats-Unis "aimeraient avoir un peu d'aide" pour détecter des mines dans le détroit d'Ormuz.

Interrogé sur ses intentions concernant l'alliance de défense transatlantique, dont les Etats-Unis sont le pilier, le républicain est resté vague.

"Je n'ai rien de précis en tête", a-t-il déclaré, tout en lançant, après avoir parlé des dépenses que les Etats-Unis font pour l'Otan: "C'est certainement quelque chose à quoi nous devrions réfléchir".

Il a jugé que le Premier ministre britannique Keir Starmer avait fait une "grosse erreur" en rejetant sa demande d'aide, et a balayé l'opposition du président français Emmanuel Macron en déclarant que ce dernier quitterait bientôt ses fonctions.

 


Iran: l'armée israélienne dit avoir éliminé le général commandant la milice Bassidj

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  • "Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a annoncé par ailleurs le bureau du Premier ministre israélien, publiant une photo légendée de M. Netanyahu au téléphone
  • "Hier (lundi), l'armée de l'Air israélienne, sur la base de renseignements (militaires), a visé et éliminé Gholamréza Soleimani", indique un communiqué militaire israélien, ajoutant que ce général de brigade du corps des Gardiens de la Révolution

JERUSALEM: L'armée israélienne a déclaré mardi matin avoir éliminé dans une frappe à Téhéran le général Gholamréza Soleimani, commandant du Bassidj, milice de volontaires islamistes chargés notamment du maintien de l'ordre en Iran.

Les médias israéliens affirment également qu'Ali Larijani, l'un des plus hauts dirigeants iraniens, a été la cible d'une tentative d'élimination dans une autre frappe au cours de la nuit.

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ordonne l'élimination de hauts responsables du régime iranien", a annoncé par ailleurs le bureau du Premier ministre israélien, publiant une photo légendée de M. Netanyahu au téléphone.

"Hier (lundi), l'armée de l'Air israélienne, sur la base de renseignements (militaires), a visé et éliminé Gholamréza Soleimani", indique un communiqué militaire israélien, ajoutant que ce général de brigade du corps des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, avait été tué dans "une frappe ciblée à Téhéran".

Selon Kan, la radio TV publique israélienne, Ali Larijani, chef du Conseil suprême de la sécurité nationale, "a été la cible d'une tentative d'élimination". "Les résultats de la frappe sont encore en cours d'examen", a annoncé pour sa part la chaîne N12.

"Nous ciblons des éléments des Gardiens de la Révolution et de l'appareil répressif du régime", a déclaré l'armée, citant dans un communiqué son chef d'état-major.

"Des résultats préventifs significatifs ont été enregistrés cette nuit, susceptibles d'influencer l'issue des opérations et les objectifs de l'armée israélienne", a indiqué le lieutenant-général Eyal Zamir.

Depuis l'élimination du guide suprême de la Révolution islamique, Ali Khamenei, au premier jour des frappes israélo-américaines en Iran le 28 février, M. Larijani est l'un des principaux visages du pouvoir iranien.

Avec les Gardiens de la Révolution, le Bassidj est depuis plusieurs jours la cible des frappes aériennes d'Israël. Cette milice recrute essentiellement dans la jeunesse, et agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société.

Elle "fait partie de l'appareil armé du régime terroriste iranien" et a "mené les principales opérations de répression, recourant à une violence extrême, à des arrestations massives et à l'usage de la force contre des manifestants civils", a commenté l'armée israélienne.

"L'élimination de Soleimani s'ajoute à celle de dizaines de hauts commandants des forces armées du régime iranien qui ont été éliminés au cours de l'opération, et constitue un nouveau coup dur porté aux structures de commandement et de contrôle du régime en matière de sécurité", affirme l'armée.