Russie : avant les législatives, une loi et des poursuites ciblent des opposants

L'opposant au Kremlin emprisonné Alexei Navalny apparaît à l'écran via une liaison vidéo depuis la prison lors d'une audience devant un tribunal de la ville de Petushki, à quelque 120 kilomètres de Moscou. (Photo, AFP)
L'opposant au Kremlin emprisonné Alexei Navalny apparaît à l'écran via une liaison vidéo depuis la prison lors d'une audience devant un tribunal de la ville de Petushki, à quelque 120 kilomètres de Moscou. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 02 juin 2021

Russie : avant les législatives, une loi et des poursuites ciblent des opposants

  • L'ancien dirigeant de l'organisation d'opposition russe Open Russia, Alexeï Pivovarov a été placé en détention provisoire mercredI
  • Cette législation est largement considérée comme visant les partisans de l'opposant incarcéré Alexeï Navalny

MOSCOU : L'opposition russe a dénoncé mercredi la multiplication des manoeuvres pour la neutraliser à l'approche des législatives de septembre à la suite des arrestations de détracteurs du Kremlin et de l'adoption d'une loi contre les « extrémistes ».

L'ancien dirigeant de l'organisation d'opposition russe Open Russia, Alexeï Pivovarov a été placé en détention provisoire mercredi. Quelques heures auparavant, la chambre haute du Parlement validait un texte qui interdit de candidature, toutes élections confondues, les personnes ayant collaboré avec des organisations « extrémistes et terroristes ». 

Cette législation, qui entrera en vigueur dès que Vladimir Poutine l'aura promulguée, est largement considérée comme visant les partisans de l'opposant incarcéré Alexeï Navalny.

Le parquet a demandé à la justice de classer « extrémistes » ses organisations, car elles chercheraient à « déstabiliser la situation sociale » en Russie « sous couvert de slogans libéraux ». 

L'issue de cette procédure laisse peu de doutes : le réseau de bureaux régionaux de l'opposant a d'ores et déjà été jugé « extrémiste » par les services de surveillance financiers.

Les détracteurs du président russe ont dénoncé une volonté du Kremlin de faire le ménage avant les législatives du 19 septembre, à un moment où le parti au pouvoir, Russie Unie, est en recul dans les sondages, malgré la popularité de Vladimir Poutine, face à la stagnation économique et à des scandales de corruption.

Débarqué de l'avion

La pression judiciaire est d'ailleurs montée d'un cran cette semaine pour d'autres opposants que M. Navalny, qui est lui-même incarcéré depuis janvier et pour plus de deux ans.

Lundi soir, les forces de l'ordre ont extirpé d'un avion prêt à décoller de Saint-Pétersbourg (nord-ouest) Andreï Pivovarov, l'ancien directeur de l'organisation Open Russia (Russie Ouverte) fondée par l'oligarque en exil et détracteur du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski.

M. Pivovarov, 39 ans, est accusé de « participation aux activités d'une ONG étrangère reconnue comme indésirable », un crime passible de six ans de prison. Il a été placé en détention mercredi au moins jusqu'au 31 juillet.

« Le Kremlin savait que je prévoyais de me présenter aux législatives, j'étais en négociation avec Iabloko », une formation d'opposition, a expliqué à la presse M. Pivovarov au cours d'une audience dans un tribunal de Krasnodar (sud-ouest). 

Autre affaire, mardi les autorités ont placé en garde à vue l'ex-député Dmitri Goudkov, 41 ans.

Il est soupçonné par les enquêteurs d'"escroquerie ou abus de confiance" dans une affaire de loyers impayés, un délit passible de cinq ans de prison.

Selon son père Guennadi, lui aussi un ancien député, ces poursuites visent à « nettoyer la scène politique avant les déclarations de candidature à la députation » et à « bâillonner tous les critiques du pouvoir ». 

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a soutenu mercredi que ces deux affaires n'avaient « aucun lien avec la politique ». 

Dans un message sur Instagram, Alexeï Navalny, 44 ans, a quant à lui dénoncé des poursuites contre MM. Pivovarov et Goudkov. Selon lui, le Kremlin veut « effrayer tout le monde ».

« Ils (les dirigeants russes, ndlr) s'abreuvent de notre peur. Ne les nourrissez pas », a-t-il lancé. 

« Vote intelligent »

M. Pivovarov a dissous fin mai l'organisation Open Russia par crainte de poursuites contre ses membres après qu'elle a été classée « indésirable » en 2017.

Son fondateur, l'ex-milliardaire Mikhaïl Khodorkovski, a dénoncé mardi sur Twitter la répression en cours contre des organisations d'opposition et des médias indépendants. 

« Pensent-ils qu'ils vont continuer leurs arrestations et que tout se calmera ? Qu'ils ne s'y préparent pas ! Nous lançons un nouveau site avant les élections afin de savoir pour qui il ne faut voter dans aucun cas », a écrit Mikhaïl Khodorkovski.

Le mouvement de l'opposant Alexeï Navalny, victime en 2020 d'un grave empoisonnement dont il accuse le Kremlin, défend une stratégie équivalente dite du « vote intelligent » aux législatives.

Il s'agit d'appeler les Russes à voter dans chaque circonscription pour le candidat le plus à même de vaincre le représentant du parti du Kremlin. Cette approche a déjà rencontré un certain succès à l'occasion d’élections locales.

 


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.