Défense: le changement de paradigme stratégique français

Les forces armées françaises participent à une répétition du défilé du 14 juillet à Brétigny-sur-Orge, dans le sud de Paris, le 9 juillet 2021. (AFP)
Les forces armées françaises participent à une répétition du défilé du 14 juillet à Brétigny-sur-Orge, dans le sud de Paris, le 9 juillet 2021. (AFP)
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Publié le Dimanche 11 juillet 2021

Défense: le changement de paradigme stratégique français

  • La France prépare donc l'exercice Orion: des manœuvres inédites prévues début 2023, déployant 5 000 à 7 000 militaires pendant quatre mois
  • «La haute intensité, ce n'est pas que le nombre de chars. C'est la saturation dans tous les domaines»

PARIS: Dans l'épaisse forêt estonienne, un char Leclerc dégage une piste bloquée par des barbelés tranchants. Au loin, on entend des voix et des tirs. Avec ses alliés de l'Otan, la France prépare la guerre de demain.

"Ce sont des zones marécageuses et boisées. Coucher un arbre, ce n'est pas un problème, en coucher 50 c'est un peu plus compliqué. Les deux combinés, c'est quasiment impossible", résume l'aspirant Kevin, chef de peloton dans un Leclerc, fleuron de la cavalerie française. Mais "on peut envoyer un obus toutes les six secondes", se réjouit-il. "Le goût du blindé revient. On travaille sur un engin vraiment fait pour le combat de haute intensité".

Le concept est sur toutes les lèvres des soldats du rang jusqu'au sommet de l'état-major. Car il s'agit d'un de ces basculements stratégiques qui conditionnent des décennies. 

L'armée française, comme beaucoup de ses alliés, a longtemps privilégié la contre-insurrection et les combats asymétriques contre un ennemi éparpillé, très mobile mais sous-équipé, tel que les jihadistes qu'elle affronte au Sahel.

Mais la guerre de demain, estiment ses responsables, opposera des puissances équivalentes. Elle sera plus létale, plus éprouvante, exigeant un plus grand nombre de soldats. Et elle sera totale - sur terre, mer, air, espace et cyber - avec des armes interconnectées, notamment les blindés du programme "Scorpion", reliés entre eux par un système d’information du combat. 

Le soldat, "augmenté" par une technologie de pointe, n'en creusera pas moins des tranchées. Un défi au cœur du défilé du 14 juillet, porté par le général Thierry Burkhard qui deviendra dans quelques jours le nouveau chef d'état-major des armées.

«Saturation»
"La conflictualité est en train de changer, les pays se sont réarmés et n'hésitent plus à employer la force pour exercer leur volonté", expliquait-il récemment. "Aujourd'hui, le +niveau d'emploi+ en bande sahélo-saharienne est d'environ 1 000 à 1 200 hommes. Mais demain (...), la guerre se déroulera au niveau des brigades et des divisions, soit entre 8 000 et 25 000 hommes".

La France prépare donc l'exercice Orion. Des manœuvres inédites prévues début 2023, déployant 5 000 à 7 000 militaires pendant quatre mois, avec peut-être un pic à 10 000 hommes.

"La haute intensité, ce n'est pas que le nombre de chars. C'est la saturation dans tous les domaines: flux logistiques, nombre de blessés, flux électromagnétiques…", explique le général Vincent Guionie, commandant des forces terrestres françaises. "C'est le retour de la masse: il faut pouvoir s'entraîner avec de plus gros volumes de forces".

Les alliés de la France et bon nombre de ses adversaires sont sur les mêmes logiques. 

Forces «considérables»
"On se concentre sur des missions conventionnelles de dissuasion et de défense de grande ampleur, en particulier contre des adversaires avec des forces au sol considérables, pour lesquelles le char reste très important", confirme Scott Boston, analyste défense du centre de réflexion américain Rand.

Mais la transition ne se fera pas sans mal. Même si l'actuelle Loi de programmation militaire (2019-25) est plus étoffée que les précédentes, il faudra des investissements lourds pour préparer la haute intensité, tout en conservant l'agilité requise des combats asymétriques.

"Le matériel de haute intensité coûte cher. Est-ce possible de garder les deux volets? L’armée française essaye de couper la poire en deux", estime Camille Harlé Vargas, chercheuse indépendante, spécialiste de l'histoire des blindés.

Car les obus de mortier tirés du porte-bagages d'une moto et les engins explosifs improvisés ne disparaîtront pas demain. Et les opérations du type Sahel, Afghanistan ou Irak n'appartiennent pas à l'Histoire.

La crise sanitaire a pour autant accéléré une tendance initiée depuis quelques années: la géopolitique s'est tendue aux quatre coins du globe. Turquie, Iran, Russie: des acteurs régionaux inquiètent les Occidentaux.

"Les actes hostiles se sont multipliés dans les airs et dans les mers (...), des puissances régionales ont pris des positions stratégiques sans égard pour le droit international", notait à cet égard en juin le Premier ministre français Jean Castex. "A la menace devenue trop récurrente du terrorisme (...) s’est ajoutée la montée des appétits de certains pays en quête de puissance". 

Une perspective que l'armée doit convertir en choix stratégiques : "nous devons nous durcir face à l'ennemi, tenir plus longtemps dans des conditions difficiles et élargir nos espaces de confrontation", confirme le général Guionie.


Nouveau départ de feu dans le Var: plus de 600 évacuations, 100 hectares parcourus

Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu dans le Var, au sud-est de Brignoles, a annoncé le maire de la commune, Didier Brémond sur sa page Facebook. (AFP)
Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu dans le Var, au sud-est de Brignoles, a annoncé le maire de la commune, Didier Brémond sur sa page Facebook. (AFP)
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  • Le feu s'est déclaré aux environs de 17H00 en périphérie de Brignoles, commune de 17.000 habitants, entrainant l'évacuation de plusieurs quartiers, selon la préfecture du Var
  • 250 pompiers, assistés de trois Canadair, deux Dash et sept hélicoptères ont été mobilisés, alors que le département du Var faisait face mercredi à des températures caniculaires

MARSEILLE: Plusieurs centaines de personnes ont dû être évacuées mercredi soir après le départ d'un nouveau feu dans le Var, au sud-est de Brignoles, a annoncé le maire de la commune, Didier Brémond sur sa page Facebook.

"600 à 700 personnes" ont été évacuées, indique le maire, faisant état de 100 hectares de végétation parcourus depuis le déclenchement de ce nouveau feu, moins de 24 heures après l'annonce de la fixation de l'incendie du Gros Besillon, à une vingtaine de km plus au nord, qui a parcouru 4.500 hectares en huit jours.

Le feu s'est déclaré aux environs de 17H00 en périphérie de Brignoles, commune de 17.000 habitants, entrainant l'évacuation de plusieurs quartiers, selon la préfecture du Var. Parmi les personnes évacuées, 120 sont accueillies au Hall des expositions de Brignoles, a précisé M. Brémond.

250 pompiers, assistés de trois Canadair, deux Dash et sept hélicoptères ont été mobilisés, alors que le département du Var faisait face mercredi à des températures caniculaires.

 

 


Incendie dans le sud-ouest: le feu «toujours stabilisé», le risque de reprises persiste

L'incendie d'une rare intensité qui a consumé 42.000 hectares en Gironde, dans le sud-ouest de la France, depuis le 22 juillet est "toujours stabilisé" mercredi matin, selon la préfecture, mais les fortes chaleurs et le vent attendus dans la journée menacent d'alimenter de nouvelles reprises des flammes. (AFP)
L'incendie d'une rare intensité qui a consumé 42.000 hectares en Gironde, dans le sud-ouest de la France, depuis le 22 juillet est "toujours stabilisé" mercredi matin, selon la préfecture, mais les fortes chaleurs et le vent attendus dans la journée menacent d'alimenter de nouvelles reprises des flammes. (AFP)
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  • La Gironde et le département voisin des Landes sont placés en vigilance orange canicule à partir de midi, de quoi assécher encore une végétation prompte à s'enflammer
  • Le dispositif d'avertissement français comprend quatre niveaux, de vert (pas de vigilance particulière) à rouge (vigilance absolue) en passant par jaune et orange

BORDEAUX: L'incendie d'une rare intensité qui a consumé 42.000 hectares en Gironde, dans le sud-ouest de la France, depuis le 22 juillet est "toujours stabilisé" mercredi matin, selon la préfecture, mais les fortes chaleurs et le vent attendus dans la journée menacent d'alimenter de nouvelles reprises des flammes.

"La nuit a été calme, le feu est ce matin toujours stabilisé avec plusieurs reprises de feu traitées rapidement cette nuit", a annoncé la préfecture de Gironde, une semaine après le début du plus gros incendie de forêt à ravager la France depuis 1949, où environ 50.000 hectares avaient été calcinés.

"La surface brûlée n'a pas évolué", a précisé la préfecture, mais les conditions météorologiques restent "défavorables" mercredi, avec des températures attendues en hausse : jusqu'à 41°C dans les terres et 38°C sur le littoral.

La Gironde et le département voisin des Landes sont placés en vigilance orange canicule à partir de midi, de quoi assécher encore une végétation prompte à s'enflammer.

Le dispositif d'avertissement français comprend quatre niveaux, de vert (pas de vigilance particulière) à rouge (vigilance absolue) en passant par jaune et orange.

Outre la chaleur, le vent risque de souffler sur les braises et alimenter de nouveau l'incendie.

Les autorités s'attendent dès le début d'après-midi à des vents d'ouest avec des rafales de 30 à 45 km/h, et un taux d'humidité en baisse. Un risque d'orages est annoncé pour jeudi.

Au regard de ces conditions météorologiques, les sapeurs-pompiers de Gironde ont alerté sur un "risque de reprise de feux extrêmement élevé" dans la journée.

La veille, elles avaient conduit à l'évacuation préventive de 4.000 touristes des campings et résidences de vacances de la station balnéaire de Lacanau, à 50 km à l'ouest de Bordeaux.

Depuis le début de cet incendie hors-norme, 222.000 personnes ont été évacuées de manière préventive dans 24 communes du secteur.

Mardi soir, 57.000 habitants de trois villes proches de Bordeaux évacués dans le week-end ont pu rentrer chez eux, a indiqué la préfète du département Sophie Brocas.

Un chantier colossal de 127 kilomètres de "coupes tactiques", quasiment achevé, vise à priver ce feu, d'origine accidentelle, de "combustible" et empêcher sa progression, selon l'association Défense de la forêt contre les incendies de la région aquitaine (DFCI).

"126 sapeurs-pompiers ont été blessés depuis le début de cet évènement", a indiqué la préfecture.

Ces derniers jours, le sud-est du pays a aussi été touché par plusieurs incendies, en Corse, dans les Hautes-Alpes et dans le Var.

 


Incendies: Engie va consacrer 25 millions d'euros à la reconstruction des forêts

Un pompier de Paris observe les dégâts alors que la fumée envahit les arbres à Marcheprime, près de Bordeaux, le 26 juillet 2026, lors d’un incendie qui ravage la forêt au nord du bassin d’Arcachon depuis le 22 juillet. (AFP)
Un pompier de Paris observe les dégâts alors que la fumée envahit les arbres à Marcheprime, près de Bordeaux, le 26 juillet 2026, lors d’un incendie qui ravage la forêt au nord du bassin d’Arcachon depuis le 22 juillet. (AFP)
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  • Engie consacrera 25 millions d’euros à la restauration durable des forêts françaises touchées par les incendies
  • Le groupe vise à renforcer la biodiversité et la résilience des écosystèmes face au changement climatique

PARIS: Le groupe énergétique français Engie va verser 25 millions d'euros pour participer à "la reconstruction et la régénération durable des forêts détruites", a-t-il annoncé mardi, mettant en avant le "choc humain, environnemental et économique" des incendies, notamment en Gironde et à Fontainebleau.

"Cette contribution permettra d'accompagner les efforts de reconstitution des espaces forestiers détruits et de soutenir les initiatives visant à renforcer la résilience des écosystèmes naturels face aux effets du changement climatique", a écrit le groupe dans un communiqué.

"Cela implique notamment de réfléchir aux essences les plus adaptées, à la préservation de la biodiversité, à la restauration de zones humides, aux conditions d'accès pour les services de secours ainsi qu'à la protection et au retour de la faune sauvage", ajoute Engie, soulignant que ces incendies avaient atteint "une part du patrimoine naturel français".

Les incendies ont déjà parcouru plus de 116.000 hectares en France cette année, un record, selon le Premier ministre Sébastien Lecornu, dont une part importante par le "mégafeu" qui sévit depuis plusieurs jours en Gironde.

Les efforts de reboisement s'annoncent très coûteux: chaque hectare de forêt à restaurer coûte entre 5.000 et 10.000 euros, selon le ministère de la Transition écologique. La ministre Monique Barbut a rappelé mardi dernier que l’État augmenterait de 20 millions d'euros les fonds alloués à l'Office national des forêts (ONF) en 2026.

Le groupe énergétique affirme qu'il va "se rapprocher des autorités publiques, des collectivités territoriales, des acteurs de la filière forestière et du monde de la recherche afin de déployer concrètement ce soutien" et qu'il s'inscrit "dans le cadre du plan +France Forêt 2100+".

Quelques initiatives de la part des entreprises ont eu lieu depuis le début de la saison des incendies, à l'instar de Carrefour qui a promis de donner environ 8 tonnes de denrées alimentaires et de produits d'hygiène, de Lidl qui a indiqué en livrer 3 tonnes, de la Macif qui a annoncé un fonds d'un million d'euros pour ses sociétaires et des actions de solidarité, et du Crédit Agricole qui a prévu notamment un fonds d'urgence de deux millions d'euros à destination des services départementaux d'incendie et de secours (SDIS).