Biden annonce une «nouvelle» phase dans la relation avec l'Irak, sans bouleversement majeur

L'Irak est un maillon important du dispositif stratégique des États-Unis, qui mènent les opérations de la coalition antidjihadiste en Syrie voisine. (Photo, AFP)
L'Irak est un maillon important du dispositif stratégique des États-Unis, qui mènent les opérations de la coalition antidjihadiste en Syrie voisine. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 27 juillet 2021

Biden annonce une «nouvelle» phase dans la relation avec l'Irak, sans bouleversement majeur

  • Les experts n'attendent pas de changement majeur, la présence militaire américaine dans le pays n'étant, de fait, plus considérée comme une force d'intervention active
  • À la tête d'un pays ravagé par la corruption, la pauvreté et la pandémie, où frappent encore des cellules dormantes de l'EI, Moustafa al-Kazimi est tiraillé entre l'allié américain et de puissantes factions pro-Iran

WASHINGTON: Joe Biden a annoncé lundi, au côté du Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi, une "nouvelle phase" de la présence militaire américaine en Irak, avec une fin annoncée de toute "mission de combat" qui ne remet pas en cause la présence de troupes dans le pays.

"Nous ne serons pas à la fin de l'année dans une mission de combat" en Irak mais "notre coopération contre le terrorisme continuera même dans cette nouvelle phase", a dit le président américain dans le Bureau ovale, où il avait invité le chef de l'exécutif irakien.

"La relation va évoluer complètement vers un rôle de formation, conseil, assistance et partage de renseignements" des forces irakiennes engagées contre le groupe djihadiste État islamique (EI), et "il n'y aura plus de forces  avec une mission de combat d'ici au 31 décembre 2020" en Irak, a précisé le département d'État américain dans un communiqué. 

Selon ce même texte, "les États-Unis réaffirment leur respect de la souveraineté et des lois irakiennes et s'engagent à fournir les ressources dont l'Irak a besoin pour préserver son intégrité territoriale."

«Plus solide que jamais»

"Notre relation est plus solide que jamais", a dit le Premier ministre irakien, qui cherche à consolider sa position très précaire, à trois mois des élections législatives.

À la tête d'un pays ravagé par la corruption, la pauvreté et la pandémie, où frappent encore des cellules dormantes de l'EI, Moustafa al-Kazimi est tiraillé entre l'allié américain et de puissantes factions pro-Iran.

Dans les faits, les experts n'attendent pas de changement majeur, la présence militaire américaine dans le pays n'étant, de fait, plus considérée comme une force d'intervention active.

La majorité des troupes américaines, envoyées en 2014 dans le cadre d'une coalition internationale pour aider Bagdad à défaire l'EI, ont été retirées sous la présidence de Donald Trump. Et officiellement, les quelque 2 500 militaires américains encore déployés dans le pays ne combattent pas et jouent déjà un rôle de "conseillers" et de "formateurs".

Avec cette fin annoncée de la "mission de combat", le Premier ministre irakien espère reprendre un peu l'ascendant sur les puissantes factions pro-Téhéran regroupées au sein du Hachd al-Chaabi, coalition à la fois paramilitaire et intégrée à l'État.

Ces factions, qui sont soupçonnées d'avoir mené depuis le début de l'année une cinquantaine d'attaques contre les intérêts américains en Irak, réclament le départ pur et simple de toutes les troupes déployées par Washington.

Mais cela paraît très improbable, alors que des cellules résiduelles de l'EI restent actives dans le pays.

Ne pas reproduire l'erreur de 2011

Le groupe djihadiste a revendiqué un attentat meurtrier il y a un peu plus d'une semaine dans la capitale irakienne.

Ramzy Mardini, spécialiste de l'Irak au Pearson Institute de l'université de Chicago, fait valoir que le président américain risquerait de subir un "coût politique" conséquent si le scénario de 2011 se reproduisait. À savoir un retrait américain largement considéré comme une erreur stratégique majeure, qui a permis l'émergence de l'EI.

L'Irak est par ailleurs un maillon important du dispositif stratégique des États-Unis, qui mènent les opérations de la coalition antidjihadiste en Syrie voisine.

Et pas question pour Washington d'abandonner le pays à l'influence iranienne, en plein regain de tensions entre Iran et États-Unis – même si ces derniers entendent toujours sauver l'accord international de 2015 sur le nucléaire iranien.

Vendredi encore, une attaque au drone a été menée sur une base abritant des militaires américains au Kurdistan (nord), sans faire de victimes.

Un "Comité de coordination des factions de la résistance irakienne", considéré comme une façade pour les groupes pro-Iran, a redemandé "le retrait total de toutes les forces américaines", faute de quoi les attaques se poursuivraient.


Le CCG déclare que les hostilités iraniennes compromettent le dialogue et les relations régionales

Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
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  • Le communiqué indique que la poursuite de l'agression iranienne ne fera qu'accentuer l'isolement de l'Iran
  • Affirmation du droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international

LONDRES : Un communiqué du Conseil de coopération du Golfe a déclaré mercredi que les hostilités iraniennes sapaient la confiance et fermaient la porte au dialogue.

Le communiqué souligne que "l'agression ne permet pas d'établir des relations ni de favoriser la compréhension ou le rapprochement".

La déclaration ajoute que la poursuite de l'approche agressive de l'Iran ne fera qu'accentuer son isolement, avertissant que de telles politiques affaiblissent la stabilité régionale.

Elle précise également que la porte de la compréhension reste ouverte à ceux "qui choisissent le langage de la sagesse et du bon voisinage".

Le Conseil a réaffirmé son entière solidarité avec le Bahreïn, le Koweït et la Jordanie, soulignant que la sécurité des États du Golfe est indivisible et que toute attaque contre un membre constitue une attaque contre tous.

Le Conseil a condamné les actions de l'Iran, a tenu Téhéran pour responsable de leurs conséquences sur la sécurité régionale, la navigation internationale et l'approvisionnement en énergie, et a appelé la communauté internationale à demander des comptes aux responsables.

Il a également affirmé le droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international et à la charte des Nations unies.

Cette déclaration a été faite alors que les ministres des affaires étrangères du CCG participaient à la 167e session du conseil ministériel du CCG à Bahreïn.

La réunion du CCG pour les États arabes du Golfe s'est tenue à Manama sous la présidence du ministre des affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani.


Liban: au moins 12 morts dans des frappes israéliennes dans le sud

Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
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  • Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud
  • "Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël"

BEYROUTH: Israël a poursuivi mercredi ses frappes au Liban, faisant au moins 12 morts, selon une source médicale à l'AFP, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, appelant les Libanais à "rejoindre" la lutte de son pays contre le Hezbollah pro-iranien.

L'armée israélienne a en outre arrêté et enlevé en Israël, pour interrogatoire, deux habitants d'un village frontalier du sud, avant leur remise en liberté dans la soirée.

Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud.

"Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël", a déclaré M. Netanyahu dans un message en anglais adressé au peuple libanais.

Dans le même temps, Donald Trump a douché mercredi les espoirs d'un accord avec Téhéran pour mettre fin à la guerre régionale. Il a affirmé que son armée allait "attaquer" l'Iran dès mercredi, l'accusant de duplicité.

Dans le sud, près de Tyr, huit personnes ont été tuées dans des frappes sur le village de Tayr Debba et quatre autres dans la localité de Deir Qanoun an-Nahr, a indiqué une source médicale à l'AFP.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a aussi rapporté d'autres bombardements sur une trentaine de localités dans le sud et l'est du Liban, dont trois villages méridionaux dont Israël avait ordonné plus tôt l'évacuation.

La veille, de violents raids sur la ville de Tyr avaient fait 11 morts et Israël avait ordonné à l'ensemble des habitants de la ville millénaire et de ses environs d'évacuer, provoquant un exode précipité.

Plus au nord, une frappe israélienne a visé une voiture dans le centre de la grande ville côtière de Saïda, porte du sud du Liban, a indiqué l'Ani.

Un correspondant de l'AFP y a vu des secours retirer deux personnes d'un véhicule en feu.

Villages chrétiens isolés 

De son côté, le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des troupes israéliennes dans des localités qu'elles occupent dans le sud.

Dans la zone frontalière, une patrouille israélienne a enlevé "un membre du conseil municipal de Kfar Chouba et un employé de la municipalité alors qu'ils effectuaient des travaux de pompage d'eau", selon l'Ani.

L'armée israélienne a indiqué pour sa part avoir interpellé et "transféré sur le territoire israélien pour y être interrogés", deux "suspects" qui "s'étaient approchés de la zone où les soldats israéliens mènent des opérations".

La municipalité de Kfar Chouba a annoncé qu'ils étaient revenus libres au village dans la soirée. Affirmant qu'ils "n'avaient aucune intention de s’approcher des forces israéliennes", elle a condamné un "acte hostile envers deux innocents qui accomplissaient une mission humanitaire".

Kfar Chouba est l'un des rares villages frontaliers dont les habitants sont restés malgré les ordres d'évacuation de l'armée israélienne, qui occupe désormais une partie du sud du pays.

Parmi ces villages figure une poignée de localités chrétiennes, dont les représentants ont appelé mardi soir l'État libanais à "ouvrir des couloirs humanitaires".

Le communiqué du "Rassemblement des villages chrétiens frontaliers" souligne que les routes les desservant sont désormais "coupées ou extrêmement dangereuses".

Depuis le début, le 2 mars, de la nouvelle guerre au Liban entre le Hezbollah et Israël, les frappes israéliennes ont fait 3.696 morts, selon le dernier bilan des autorités.

Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans cette guerre régionale pour soutenir l'Iran, qui exige que tout accord de paix avec Washington inclut la fin des hostilités sur le front libanais.


Liban: les «négociations directes» avec Israël, seule voie pour sortir de la guerre 

Jean-Pierre Lacroix (à droite), sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, serre la main du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, lors d'une rencontre à Beyrouth le 7 janvier 2026. (AFP)
Jean-Pierre Lacroix (à droite), sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, serre la main du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, lors d'une rencontre à Beyrouth le 7 janvier 2026. (AFP)
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  • "La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban"
  • "Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne)"

PARIS: Les "négociations directes" entre le gouvernement libanais et Israël sont "la seule voie" pour rétablir la paix au Liban, a estimé mercredi le ministre libanais des Affaires étrangères lors d'une audition devant l'Assemblée nationale française.

"Le Hezbollah fait tout ce qu'il peut pour empêcher ces négociations directes", a déploré Youssef Raggi, entendu par la Commission des Affaires étrangères. "Mais pour l'Etat libanais, pour le gouvernement, c'est la seule voie pour essayer de voir comment régler le problème dans sa globalité", a-t-il ajouté, appelant au pragmatisme et soulignant que l'option militaire avait "prouvé son inefficacité".

"La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban", a également affirmé le ministre libanais, violemment hostile au Hezbollah et à son parrain iranien.

"Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne)".

Il a en outre jugé "absurde" l'argumentaire du Hezbollah qui dit défendre "le pays contre l'invasion et contre l'occupation israélienne" puisque Israël a assuré n'avoir "aucune ambition territoriale sur le Liban".

Israël occupe une partie du sud du Liban le long de sa frontière, et a avancé en profondeur dans le Liban comme jamais en près de 30 ans depuis le début de cette nouvelle guerre.

Le ministre a enfin avancé qu'il ne s'agissait pas de désarmer le Hezbollah "pour faire plaisir aux Etats-Unis, ni aux Arabes, ni à la communauté internationale". C'est une demande, c'est une exigence purement libanaise" - également réclamée avec force par Israël.

"Nous voulons que le Hezbollah, comme toutes les autres petites organisations qui lui sont alliées (...) soient désarmées pour que nous puissions enfin vivre dans un pays normal".

Le Hezbollah a entraîné le 2 mars le Liban dans la guerre pour soutenir l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.

Les frappes israéliennes ont depuis fait 3.666 morts, selon le dernier bilan des autorités libanaises.