«Je suis perdu» : en Grèce, les éleveurs hébétés face à leurs troupeaux brûlés

Une commission est venue constater les dégâts afin d'évaluer les dédommagements promis par les autorités grecques. L'éleveur devrait obtenir une aide pour chacune des bêtes ayant péri. (Photo, AFP)
Une commission est venue constater les dégâts afin d'évaluer les dédommagements promis par les autorités grecques. L'éleveur devrait obtenir une aide pour chacune des bêtes ayant péri. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 12 août 2021

«Je suis perdu» : en Grèce, les éleveurs hébétés face à leurs troupeaux brûlés

  • Entre les branches dénudées et les arbres noircis apparaît ici une corne, là une mâchoire. Un cimetière à ciel ouvert sur un tapis de cendres
  • «Les pins ont brûlé, les champs ont brûlé, les bêtes ont brûlé. On va avoir faim. Qu’est-ce qu’on va manger ? Comment on va vivre ?»

PAPPADES : Kostis Angelou zigzague entre ses chèvres brûlées par l'incendie, hébété au milieu des arbres calcinés. "Je suis perdu", soupire l'éleveur, "j'en peux plus".

Les 372 têtes du troupeau de cet éleveur grec gisent sur les deux versants de la colline noircie. 

La route cabossée conduit, à  1 300 mètres d’altitude, à ce qu’il reste d’une forêt dévastée par les feux de forêt qui ont ravagé pendant plus d’une semaine le nord de l’île d'Eubée, la deuxième plus grande de Grèce.

Dans un silence mortel, seules les feuilles séchées bruissent sous la brise.

Au pied des troncs sans vie reposent les corps éventrés de bêtes calcinées, figées, dans une nuée de mouches et une odeur écoeurante. 

Entre les branches dénudées et les arbres noircis apparaît ici une corne, là une mâchoire. Un cimetière à ciel ouvert sur un tapis de cendres. 

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Au pied des troncs sans vie reposent les corps éventrés de bêtes calcinées, figées, dans une nuée de mouches et une odeur écoeurante. (Photo, AFP)

Là, au milieu de la forêt, Kostis Angelou, 44 ans, a survécu par miracle en passant des heures sous un tuyau d'eau, entouré par les flammes. "Un saint m'a sauvé", confesse-t-il.

Ce mercredi, ses yeux hagards, enfoncés dans son visage, fixent la désolation.

Il s’accroupit devant le spectacle funeste, prend sa tête dans ses mains : "Qu’ils les enterrent, je ne veux plus les voir".

«Tout recommencer»

Cet éleveur a quitté l’école à l’âge de douze ans. Depuis, il s'occupait de ses bêtes, l'un des nombreux troupeaux qui peuplent le nord-est d’Eubée, dans l'est de la Grèce. "Plus de trente ans, 365 jours par an", précise cet homme mince.

"Il faut que mon cœur se calme, je dois tout recommencer du début", chuchote-t-il. Et tenter de préserver l’héritage familial car "ça fait 50 ans" que son père travaille pour avoir "un tel troupeau" : "s’il vient ici, il va s’évanouir".

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Kostis Angelou zigzague entre ses chèvres brûlées par l'incendie, hébété au milieu des arbres calcinés. (Photo, AFP)

Ce dernier, Spyros Angelou, 73 ans, encaisse effectivement mal le choc. 

"On est finis, qu’est-ce que tu veux qu'on fasse", demande le vieil homme, attablé dans la cour de sa maison.

Ses mots s’articulent douloureusement. "J’ai grandi avec ces bêtes, moi", dit-il.

"Les pins ont brûlé, les champs ont brûlé, les bêtes ont brûlé. On va avoir faim. Qu’est-ce qu’on va manger ? Comment on va vivre ?", se lamente-t-il.

Niché dans les collines, le hameau de Kerasia est entouré de paysages brûlés. Les flammes se sont arrêtées aux portes de l’école primaire et les rues escarpées ont été sauvées par les habitants.

Le fils Angelou est lui aussi père, d’un garçon de 11 ans. Mais il espère un avenir différent pour lui.

"Mon fils avait l’habitude de m’accompagner partout dès qu’il avait le temps. Mieux vaut qu’il ne s’occupe jamais de l’élevage et qu’il trouve un autre métier", lâche-t-il.

La transmission de génération en génération pourrait s’arrêter là.

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Niché dans les collines, le hameau de Kerasia est entouré de paysages brûlés. (Photo, AFP)

Une commission est venue constater les dégâts afin d'évaluer les dédommagements promis par les autorités grecques. L'éleveur devrait obtenir une aide pour chacune des bêtes ayant péri. 

"Je suis perdu de toute façon", conclut le jeune éleveur dans un profond désespoir.

Dans le paysage vallonné, quelques petits travaux de réhabilitation ont commencé. "Les maisons se reconstruisent facilement, la nature c’est une autre histoire", soupire Kostis Angelou.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.