Afghanistan: la France évacue, Macron va s'exprimer

Sécurisé par les forces américaines, l'aéroport est devenu le seul point de fuite pour les étrangers mais aussi les Afghans. (AFP)
Sécurisé par les forces américaines, l'aéroport est devenu le seul point de fuite pour les étrangers mais aussi les Afghans. (AFP)
Short Url
Publié le Lundi 16 août 2021

Afghanistan: la France évacue, Macron va s'exprimer

  • Les citoyens afghans et étrangers voulant fuir l'Afghanistan «doivent être autorisés à le faire», ont plaidé les Etats-Unis et 65 autres pays dans un communiqué commun
  • L'un des objectifs de Paris est de définir une stratégie commune au niveau de l'UE, alors que des divergences sont apparues ces derniers mois sur le dossier des expulsions de migrants afghans vers leur pays d'origine

 

PARIS : La France s'apprête d'ici lundi soir à évacuer ses derniers ressortissants d'Afghanistan, passé sous contrôle des talibans, alors qu'Emmanuel Macron doit s'exprimer à 20H00 pour détailler sa stratégie face à cette crise qui inquiète fortement la communauté internationale.

Depuis le fort de Brégançon, à Bormes-les-Mimosas (Var), où il est en vacances, le chef de l'Etat a fait le point de la situation à la mi-journée au cours d'un Conseil de défense en visioconférence avec les principaux responsables concernés, comme les ministres des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et des Armées Florence Parly.

Rien n'a filtré de la réunion en attendant l'allocution télévisée au cours de laquelle Emmanuel Macron devrait exprimer "l'extrême préoccupation" de Paris face au retour des talibans, affirmer que la France est "aux côtés des Afghans" et rappeler "les valeurs universelles" qu'elle défend pour "faire front à l'obscurantisme" des fondamentalistes islamistes, selon son entourage.

Il devrait également détailler l'opération militaire d'évacuation baptisée Apagan, qui mobilise notamment deux avions de transport de l'Armée de l'Air, un C130 et un A400M, qui ont décollé dimanche soir et lundi matin de France pour les Emirats arabes unis.

C'est la base aérienne française d'Al Dhafra, à Abou Dhabi, qui accueillera plusieurs dizaines de Français évacués de Kaboul, dont des diplomates, des humanitaires ou des journalistes, avant leur rapatriement jusqu'en France.

Il y aura aussi "des personnes qui sont sous notre protection", a indiqué Florence Parly sur France Info. En expliquant que la priorité était d'"évacuer les personnels (afghans, ndlr) qui ont rendu d'éminents services à notre pays en nous aidant au quotidien, et par ailleurs faire le maximum pour mettre en protection des personnalités qui ont défendu les droits, les droits de l'Homme, des journalistes, des artistes, tous ceux qui sont engagés pour ces valeurs que nous continuons de défendre partout dans le monde".

Quelque 625 Afghans employés dans des organisations françaises sont déjà arrivés en France avec leur famille depuis le mois de mai, selon le gouvernement.

"La France a déjà donné plus de 1.000 visas. Il faudra en donner aux gens qui ont travaillé avec nous. Il ne faut surtout pas abandonner ces familles", a souhaité lundi François Patriat, le patron des sénateurs LREM, sur Cnews.

Les opérations d'évacuation sont notamment gérées par l'ambassade, qui s'est délocalisée dimanche à l'aéroport quelques heures avant que les talibans n'entrent dans la capitale, désertée par le président Ashraf Ghani. L'ambassadeur de France David Martinon a tweeté lundi une photo le montrant en pleine réunion dans une petite salle de l'aéroport qui, sécurisé par les forces américaines, est devenu le seul point de fuite pour les étrangers mais aussi les Afghans.

Air France et plusieurs autres compagnies aériennes ont annoncé éviter "jusqu'à nouvel ordre", le survol de l'Afghanistan, comme l'a demandé l'Autorité afghane de l'aviation civile (ACAA).

Craintes migratoires

Au cours des dernières heures, Emmanuel Macron a été en contact avec des dirigeants de pays partenaires, tout comme Jean-Yves Le Drian qui s'est entretenu dimanche soir avec son homologue américain Antony Blinken.

L'un des objectifs de Paris est de définir une stratégie commune au niveau de l'Union européenne, alors que des divergences sont apparues ces derniers mois sur le dossier des expulsions de migrants afghans vers leur pays d'origine.

Cette question est sensible alors que les Afghans ont constitué en 2020 10,6% des demandeurs d'asile dans l'UE (un peu plus de 44.000 sur quelque 416.600 demandes), le deuxième contingent derrière les Syriens (15,2%), selon l'agence statistique de l'UE Eurostat. 

A l'instar d'autres capitales, Paris a suspendu depuis juillet les expulsions de migrants afghans déboutés de leur demande d'asile.

Tout comme une résurgence du terrorisme, une nouvelle vague migratoire est crainte par de nombreux responsables politiques. Elle interviendra "d'abord dans les pays tout autour de l'Afghanistan" puis "dans le monde entier", selon Jean Leonetti (LR), tandis que le numéro deux du RN, Jordan Bardella, a appelé à "un  sursaut international pour protéger la France et l'Europe d'une déferlante migratoire sans précédent que nos dirigeants semblent encore prendre à la légère".

A la vue des images de dimanche, plusieurs responsables établissent un parallèle entre la chute de Kaboul et celle de Saïgon en 1975, un souvenir douloureux pour les Etats-Unis et les pays occidentaux, qui relance le débat sur le bien-fondé des interventions militaires.

"J'ai applaudi la défaite US au Vietnam. Je suis écœuré par leur déroute en Afghanistan. Il est temps de réfléchir avant de s'engager dans des guerres sans issue", a commenté dimanche le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon.

Intervenant aux côtés des Américains, la France a été présente militairement en Afghanistan de 2001 à 2014 et a compté jusqu'à près de 4.000 soldats dans ce pays au plus fort de l'engagement de l'Otan, au prix de 89 morts et 700 blessés.

=

Afghanistan: réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE mardi

Les ministres européens des Affaires étrangères tiendront mardi une réunion par visioconférence pour discuter de la situation en Afghanistan, où les Etats occidentaux tentent d'accélérer leurs opérations d'évacuation, a indiqué Josep Borrell, chef de la diplomatie de l'UE.


Cette réunion intervient alors que plusieurs Etats et la Commission européenne tâchaient lundi d'évacuer en urgence leurs diplomates, ressortissants étrangers et personnels locaux de Kaboul, où les talibans sont en train de reprendre le pouvoir après une offensive militaire éclair qui a balayé les forces armées afghanes.


"Suite aux derniers développements en Afghanistan, et après d'intenses consultations avec nos partenaires ces derniers jours et dernières heures, j'ai décidé de convoquer demain après-midi une réunion extraordinaire par visioconférence, pour une première évaluation" de la situation, a tweeté M. Borrell.


"L'Afghanistan se trouve à la croisée des chemins. La sécurité et le bien-être de ses citoyens, tout comme la sécurité internationale, sont en jeu", a-t-il ajouté.


Selon plusieurs diplomates, des responsables de la Commission européenne ont demandé aux gouvernements des Vingt-Sept d'accorder des visas aux ressortissants afghans ayant travaillé pour la représentation de l'UE dans le pays, ainsi qu'à leurs familles, soit un total estimé à quelque 500 ou 600 personnes.


Le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a indiqué lundi sur la radio nationale RTE que Dublin avait d'ores et déjà approuvé la délivrance de visas à 45 Afghans, et s'apprêtait à en accepter une centaine d'autres.


Les citoyens afghans et étrangers voulant fuir l'Afghanistan "doivent être autorisés à le faire", ont plaidé les Etats-Unis et 65 autres pays dans un communiqué commun, avertissant les talibans qu'ils devaient faire preuve de "responsabilité" en la matière.


La chancelière allemande Angela Merkel projette de déployer jusqu'à "plusieurs centaines de soldats" de la Bundeswehr pour évacuer les derniers Allemands ainsi que des Afghans menacés dans le pays, a appris l'AFP lundi de sources parlementaires.


De son côté, l'armée française prévoit sa première rotation aérienne d'évacuation de Kaboul, entre sa base aux Emirats arabes unis et la capitale afghane, d'ici "la fin de ce lundi", a annoncé la ministre française des Armées Florence Parly.

Il y aura aussi "des personnes qui sont nous notre protection", a indiqué Florence Parly sur France Info. En expliquant que la priorité était d'"évacuer les personnels (afghans, ndlr) qui ont rendu d'éminents services à notre pays en nous aidant au quotidien, et par ailleurs faire le maximum pour mettre en protection des personnalités qui ont défendu les droits, les Droits de l'Homme, des journalistes, des artistes, tous ceux qui sont engagés pour ces valeurs que nous continuons de défendre partout dans le monde".


Quelque 625 Afghans employés dans des organisations françaises sont déjà arrivés en France avec leur famille depuis le mois de mai, selon le gouvernement.


"La France a déjà donné plus de 1.000 visas. Il faudra en donner aux gens qui ont travaillé avec nous. Il ne faut surtout pas abandonner ces familles", a souhaité lundi François Patriat, le patron des sénateurs LREM, sur Cnews.


Les opérations d'évacuation sont notamment gérées par les diplomates toujours présents à Kaboul, dont l'ambassadeur David Martinon, qui se sont délocalisés dimanche à l'aéroport quelques heures avant que les talibans n'entrent dans la capitale, désertée par le président Ashraf Ghani.


Sécurisé par les forces américaines, l'aéroport est devenu le seul point de fuite pour les étrangers mais aussi les Afghans.

Evacuation en urgence de Kaboul des étrangers et d'Afghans menacés 

L'évacuation de diplomates, d'étrangers et de personnels afghans ayant travaillé pour eux s'organisait lundi en urgence dans des conditions très difficiles à Kaboul, tombée aux mains des talibans.


Les citoyens afghans et étrangers voulant fuir l'Afghanistan "doivent être autorisés à le faire", ont plaidé les Etats-Unis et 65 autres pays dans un communiqué commun, avertissant les talibans qu'ils devaient faire preuve de "responsabilité" en la matière.


L'armée américaine a "sécurisé" lundi l'aéroport de Kaboul, où a été regroupé le personnel de son ambassade dans l'attente d'être évacué, a annoncé le département d'Etat.


Mais les vols commerciaux ont été annulés et les troupes américaines ont tiré en l'air pour contrôler la foule d'Afghans qui ont envahi le tarmac dans l'espoir de prendre un vol, dans un climat de chaos total.


Les Américains ont envoyé 6.000 militaires pour évacuer quelque 30.000 diplomates américains et civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis.


De nombreux autres pays, dont l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, l'Espagne, ont aussi transféré des membres de leur personnel diplomatique à l'aéroport avant une évacuation.


L'Allemagne veut déployer des soldats en Afghanistan pour évacuer leurs derniers ressortissants ainsi que des Afghans menacés dans le pays, selon des sources parlementaires lundi.


Selon le projet de Berlin, un pont aérien doit être mis en place pour permettre l'évacuation de 2.000 Afghans ayant travaillé pour les Allemands, "des femmes particulièrement menacées, des défenseurs des droits de l'Homme et d'autres employés d'ONG", selon les mêmes sources. 


Une partie du personnel de l'ambassade d'Allemagne à Kaboul devait être évacuée vers Doha avec des avions américains. Une équipe d'environ 80 personnes devrait rester dans la capitale afghane pour organiser l'évacuation des autres Allemands.


Madrid a annoncé l'envoi lundi de deux avions militaires à Dubaï pour "la première phase" d'évacuation de son personnel diplomatique, du personnel afghan et de leur famille.


La ministre suédoise des Affaires étrangères Ann Linde a indiqué que l'ensemble du personnel suédois déployé dans le pays (19 personnes au total) a été évacué la nuit dernière vers une base militaire américaine à Doha. La Finlande doit évacuer son personnel diplomatique lundi.


A Prague, c'est un avion militaire transportant 46 Tchèques et Afghans, dont des femmes et des enfants, qui a atterri lundi matin.


Paris a pour sa part déployé des renforts militaires aux Emirats arabes unis pour faciliter l'évacuation des ressortissants français de Kaboul.


La première rotation d'évacuation organisée par l'armée française entre sa base aux Emirats et la capitale afghane est prévue d'ici "la fin de ce lundi", a déclaré la ministre des Armées Florence Parly, précisant qu'il y avait "plusieurs dizaines" de Français à évacuer, ainsi que des "personnes qui sont sous notre protection".


Parmi les Français à évacuer figurent notamment le personnel diplomatique, a déclaré la ministre.

«Conditions très difficiles»
La France a par ailleurs réitéré sa volonté de "continuer de mettre en protection les personnalités de la société civile afghane, les défenseurs des droits, les artistes et les journalistes particulièrement menacés pour leur engagement".


Le Royaume-Uni a déployé 600 soldats pour assurer l'évacuation de ses ressortissants et de son personnel local. Un premier vol est arrivé pendant la nuit sur la base de Brize Norton, dans le centre de l'Angleterre.


"Nous avons évacué 370 employés et citoyens britanniques hier et avant-hier", a indiqué le ministre de la Défense Ben Wallace, ajoutant qu'un groupe de 782 Afghans sera évacué du pays "dans les prochaines 24 à 36 heures". "Notre objectif est d'atteindre 1.200 à 1.500" personnes évacuées par jour, a-t-il affirmé.


L'Irlande est par ailleurs en contact avec 23 de ses ressortissants, dont 15 "pensent à partir", selon le ministre des Affaires étrangères Simon Coveney. Des visas ont été émis pour 45 Afghans ayant travaillé pour eux, d'autres suivront, a-t-il dit.


Le Canada a annoncé dimanche soir la fermeture provisoire de son ambassade, précisant que le personnel canadien était déjà sur le chemin du retour.


L'évacuation de ressortissants danois et norvégiens était aussi en cours. "Je peux vous informer que dimanche soir, dans des conditions très difficiles, la Défense danoise a réussi à évacuer un groupe de Danois et de Norvégiens d'Afghanistan", a indiqué la ministre des Forces armées danoises Trine Bramsen. Selon Mme Bramsen, un "grand groupe" reste encore à évacuer.

«Les Russes restent»
Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a indiqué lundi que son gouvernement avait émis 45 visas humanitaires pour des Afghans ayant travaillé pour la Pologne ou une délégation européenne à Kaboul, et leur famille.


Trois expatriés suisses ont été évacués de Kaboul et des efforts sont en cours pour faire sortir du pays une quarantaine de leurs collègues afghans et leurs familles, a indiqué lundi le ministre suisse des Affaires étrangères.


Le drapeau américain a été retiré lundi de l'ambassade des Etats-Unis à Kaboul dont "presque tout" le personnel se trouve à l'aéroport dans l'attente d'être évacué, a annoncé le département d'Etat. Le chargé d'affaires américain en Afghanistan Ross Wilson s'y trouve également, a-t-on précisé.


Pour sa part, la Russie ne prévoyait pas d'évacuer son ambassade.


"Aucune évacuation n'est prévue", a affirmé dimanche Zamir Kaboulov, émissaire du Kremlin pour l'Afghanistan, cité par l'agence de presse Interfax.


La Russie fait partie des pays ayant reçu des garanties de la part des talibans quant à la sécurité de leurs ambassades, a expliqué M. Kaboulov.

Craintes migratoires 
Au cours des dernières heures, Emmanuel Macron a été en contact avec des dirigeants de pays partenaires, tout comme Jean-Yves Le Drian qui s'est entretenu dimanche soir avec son homologue américain Antony Blinken.


L'un des objectifs de Paris est de définir une stratégie commune au niveau de l'Union européenne, alors que des divergences sont apparues ces derniers mois sur le dossier des expulsions de migrants afghans vers leur pays d'origine.


Cette question est sensible alors que les Afghans ont constitué en 2020 10,6% des demandeurs d'asile dans l'UE (un peu plus de 44.000 sur quelque 416.600 demandes), le deuxième contingent derrière les Syriens (15,2%), selon l'agence statistique de l'UE Eurostat. 


A l'instar d'autres capitales, Paris a suspendu depuis juillet les expulsions de migrants afghans déboutés de leur demande d'asile.


Une nouvelle vague migratoire est crainte par de nombreux responsables politiques. Elle interviendra "d'abord dans les pays tout autour de l'Afghanistan" puis "dans le monde entier", selon Jean Leonetti (LR) tandis que le numéro deux du RN, Jordan Bardella, a appelé à "un  sursaut international pour protéger la France et l'Europe d'une déferlante migratoire sans précédent que nos dirigeants semblent encore prendre à la légère".


"L'urgence nous impose d'agir", a par ailleurs réagi Xavier Bertrand, président ex-LR des Hauts-de-France et candidat à l’élection présidentielle de 2022, en demandant à Emmanuel Macron "de prendre l'initiative de réunir nos partenaires européens et internationaux pour discuter des mesures régionales de sécurité et des conséquences de la crise afghane".


A la vue des images de dimanche, plusieurs responsables établissent un parallèle entre la chute de Kaboul et celle de Saïgon en 1975, un souvenir douloureux pour les Etats-Unis et les pays occidentaux, qui relance le débat sur le bien-fondé des interventions militaires. "J'ai applaudi la défaite US au Vietnam. Je suis écœuré par leur déroute en Afghanistan. Il est temps de réfléchir avant de s'engager dans des guerres sans issue", a commenté dimanche le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon.


Intervenant aux côtés des Américains, la France a été présente militairement en Afghanistan de 2001 à 2014 et a compté jusqu'à près de 4.000 soldats dans ce pays au plus fort de l'engagement de l'Otan, au prix de 89 morts et 700 blessés.


L'Iran et les Etats-Unis jugent un accord proche

Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Short Url
  • L’Iran et les États-Unis se disent proches d’un accord pour mettre fin à plusieurs mois de tensions au Moyen-Orient
  • Des désaccords persistent sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et le dossier libanais

TEHERAN: L'Iran et le médiateur pakistanais ont affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis était proche pour mettre fin à trois mois et demi de conflit au Moyen-Orient, un haut responsable américain affichant également un ton optimiste.

Après des semaines de négociations laborieuses et d'espoirs déçus à plusieurs reprises, est-on dans la dernière ligne droite? Les principaux protagonistes se disent confiants même si la version du texte donnée par les médias iraniens diffère significativement de celle avancée par Washington.

"Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé", a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J'ai bon espoir", a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que le projet d'accord prévoyait la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz.

Il a cependant accusé Israël de chercher des "prétextes" pour faire "dérailler" un éventuel accord avec Washington.

Même tonalité positive du côté du Premier ministre du Pakistan, principal négociateur dans le conflit. "La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", selon Shehbaz Sharif.

- Signature "à distance" -

Et à Washington, un haut responsable a estimé à "80 à 85%" la probabilité d'un accord-cadre ouvrant une période de 60 jours de discussions techniques, mais "pas 100%". "La ligne d'arrivée n'est pas encore franchie", a-t-il averti, sous le couvert de l'anonymat.

La Suisse a déjà proposé d'accueillir une éventuelle signature, alors qu'un sommet du G7 en présence de Donald Trump doit commencer lundi dans la ville française d'Evian, près de Genève. Mais Téhéran a affirmé qu'une fois finalisé, le protocole d'accord serait signé "à distance".

Les marchés parient de leur côté sur une telle issue, avec un pétrole passé sous la barre des 90 dollars le baril.

Le président américain, qui a déjà annoncé 39 fois un accord imminent selon un décompte de CNN, peine à trouver une issue à cette guerre impopulaire, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football co-organisé par les Etats-Unis.

Il s'est fendu vendredi d'un message furieux sur son réseau Truth Social: "Les termes (d'accord) que l'Iran a fait fuiter aux médias menteurs n'ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit".

"Ce sont des gens qui n'ont pas d'honneur. Avec eux, il est impossible de négocier de bonne foi", a-t-il écrit aussi.

- Dilution de l'uranium -

L'agence de presse iranienne Mehr avait publié plus tôt ce qu'elle a présenté comme une ébauche de protocole en 14 points, avec des conditions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d'Ormuz, le droit à l'enrichissement d'uranium, le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger.

Washington a livré de son côté une toute autre version du texte.

Le compromis doit, selon le responsable américain, mener à la réouverture d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Il doit aussi aboutir au "démantèlement" du programme nucléaire iranien et permettre aux Etats-Unis de récupérer l'uranium hautement enrichi, qui serait "détruit sur place" puis "sorti" du pays.

Mais Abbas Araghchi a préconisé vendredi une dilution sur le sol iranien de ses stocks d'uranium enrichi à 60%.

Diluer l'uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, permettrait d'éloigner considérablement la menace d'un enrichissement à des fins militaires.

Téhéran dément vouloir se doter de l'arme atomique, comme l'en accusent les Etats-Unis et Israël.

- Liban -

Enfin, sur la question des avoirs, "les Iraniens ne recevront pas d'argent et les fonds ne seront pas libérés simplement par une signature d'accord ou la participation à une réunion", a insisté sur X le vice-président américain JD Vance.

Ce point est central pour l'Iran, après des décennies de sanctions qui asphyxient son économie.

Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant l'entrée en vigueur d'une trêve le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Autre point d'achoppement majeur, le front libanais.

Selon Washington, l'accord en discussion avec l'Iran inclut bien le Liban, comme réclamé par Téhéran, alors que les Etats-Unis avaient toujours dit vouloir traiter ce dossier séparément.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite. Des frappes qui ont fait plus de 3.700 morts.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Short Url
  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Short Url
  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.