Il y a 30 ans, le putsch raté qui précipita la dislocation de l'URSS

Dans cette photo d'archive prise le 21 août 1991, le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev fait sa première apparition depuis le coup d'État militaire s'adressant à des journalistes dans sa maison de campagne peu de temps avant son retour à Moscou après l'échec du coup d'État. (AFP)
Dans cette photo d'archive prise le 21 août 1991, le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev fait sa première apparition depuis le coup d'État militaire s'adressant à des journalistes dans sa maison de campagne peu de temps avant son retour à Moscou après l'échec du coup d'État. (AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 18 août 2021

Il y a 30 ans, le putsch raté qui précipita la dislocation de l'URSS

  • Une folle journée commence le mercredi 21 août avec la décision du parlement russe de chercher Mikhaïl Gorbatchev dans sa datcha de Foros
  • Autour de la Maison blanche, quelques milliers de Moscovites érigent des barricades de fortune pour protéger le bâtiment

PARIS: En août 1991, des communistes conservateurs opposés à la réforme d'une Union soviétique en crise tentent un putsch contre le président Mikhaïl Gorbatchev, alors en vacances en Crimée.


Mais leur tentative est mise en échec grâce à la résistance menée par le président de la Fédération de Russie Boris Eltsine. Et elle porte le dernier coup à 70 ans de communisme. Le sort de l'URSS est alors scellé.

Les blindés dans Moscou 

Le lundi 19 août 1991 à 06H20, l'agence TASS, organe officiel de l'URSS, annonce que Mikhaïl Gorbatchev, "incapable d'assumer ses fonctions pour raisons de santé", est remplacé par le vice-président Guennadi Ianaïev.


Le père de la Perestroïka et la Glasnost est en vacances en Crimée, sur les bords de la mer Noire.


Les conjurés prennent la tête d'un "Comité pour l'état d'urgence" investi de tous les pouvoirs. Déjà, les premières colonnes de blindés et des camions de troupes convergent vers la capitale.

Août 1991, les premières heures de liberté de Mikhaïl Gorbatchev à Foros

Le 21 août 1991, alors que se profile l'échec du putsch de communistes conservateurs contre Mikhaïl Gorbatchev, les dirigeants russes organisent une opération de sauvetage pour ramener à Moscou le président soviétique, isolé depuis 72 heures dans sa résidence balnéaire de Foros.


Profitant de la confusion sur le tarmac de l'aéroport moscovite où se presse la délégation menée par les Russes, une poignée de journalistes parviennent à se faufiler à bord du TU-134 de l'Aeroflot en partance pour la Crimée.


Parmi eux, l'envoyé spécial de l'AFP Stéphane BENTURA, dont voici le reportage.

FOROS 22 août -  "Je vous souhaite la bienvenue à tous": c'est par ces quelques mots, agrémentés d'un large sourire sur son visage hâlé, que le président Gorbatchev a accueilli, dans la nuit de mercredi à jeudi, dans sa villa de Foros sur les bords de la mer Noire, la délégation de la Fédération de Russie venue le délivrer.


M. Gorbatchev, officiellement "destitué pour raisons de santé" lundi dernier, a regagné le Kremlin jeudi matin, mettant fin à un coup d'Etat de trois jours durant lequel il a été "assiégé" dans sa résidence d'été, sans jamais avoir été en danger grâce à la protection de ses gardes du corps.


En bras de chemise, le col ouvert, M. Gorbatchev a reçu la délégation conduite par le vice-président russe Alexandre Routskoï et le premier ministre Ivan Silaïev, dans un salon richement décoré de sa luxueuse résidence d'été, perdue dans les bois de cyprès des collines de la presqu'île de Saritch. 


La délégation a dû passer deux grilles gardées par un important dispositif de sécurité pour accéder à la résidence, constituée de plusieurs bâtiments. Les journalistes, les députés et le diplomate français présents ont dû se soumettre à une fouille personnelle minutieuse, effectuée dans l'immeuble de quatre étages ou vivent les gardes du corps.


Le petit groupe est ensuite emmené vers la villa de deux étages, surplombant une superbe piscine avec vue sur la mer. Les invités pénètrent dans un salon du deuxième étage, à l'entrée duquel se tient Irina, la fille du président. M. Gorbatchev s'est d'abord entretenu en tête-à-tête avec MM. Silaïev et Routskoï. 


C'est dans ce cadre doré, où les murs sont de marbre blanc et les parquets de bois précieux, que Mikhaïl Gorbatchev a dû vivre "coupé du monde" avec toute sa famille.


Visiblement en bonne santé mais aussi les traits marqués par l'épreuve, M. Gorbatchev explique à ses invités -- les premiers à le rencontrer depuis le coup d'Etat -- que ses gardes ne l'avaient jamais abandonné durant ces jours dramatiques.


M. Gorbatchev raconte rapidement son épopée et insiste sur la fidélité de ses hommes, qui lui a permis de rester libre de ses mouvements dans l'enceinte de sa résidence. "Le président s'est baigné moins souvent", ironise l'un de ses gardes du corps. 

"Aucun marchandage" 
Le président soviétique n'a ainsi jamais été entre les mains des comploteurs pendant les quatre jours de putsch qui l'ont mis à rude épreuve. Politique délibérée des putschistes pour éviter un bain de sang ou impossible assaut, M. Gorbatchev et ses proches ont simplement été "coupés du monde", dans l'îlot balnéaire où les Gorbatchev ont l'habitude de passer leurs vacances. 


Les hommes du service de sécurité, en tenue de sport, équipés de talkie-walkie et d'armes automatiques, font les cent pas dans la cour devant la maison et dans les allées bordées de cyprès. Aucune tension n'est cependant perceptible. 


Le "coup d'Etat" a commencé dimanche soir pour le président, selon ses gardes du corps interrogés dans un des avions présidentiels lors du retour vers Moscou. Quatre membres de la junte, conduits par le vice-président Guennadi Ianaïev, sont venus dimanche en fin d'après-midi pour lui faire signer une lettre de démission. M. Gorbatchev a refusé et "toutes les communications avec l'extérieur ont été coupées" dès leur départ. 


La voix un peu cassée, le président explique que "pendant presque quatre jours, la garde est restée de mon côté jusqu'au bout et est restée loyale, en prenant la datcha sous son contrôle", a expliqué le président. "On a formé une famille et on a fait front", ajoute-t-il. 


La garde avait ordre "d'ouvrir le feu sur quiconque tentait de pénétrer ici", selon M. Gorbatchev. "La mer était pleine de navires de guerre et les environs pleins de soldats", indique le président que ces événements ont visiblement marqué. 


A ses côtés, se tiennent MM. Routskoï et Silaïev, alors que MM. Evgueni Primakov et Vadim Bakatine, deux de ses fidèles, se tiennent à l'écart dans la pièce ornée de miroirs. "Je peux dire une chose: je n'ai fait aucun marchandage et j'ai tenu bon sur ma position de fermeté", ajoute M. Gorbatchev. 


Consécration pour les autorités russes, Mikhaïl Gorbatchev monte dans l'avion de MM. Routskoï et Silaïev, avec sa femme Raïssa, sa fille Irina et sa petite-fille Xenia. M. Gorbatchev a tenu à ce que le chef du KGB Vladimir Krioutchkov, qui sera arrêté à l'arrivée à Vnoukovo, voyage avec lui. 


A 00h20 jeudi (23H20 mercredi à Paris), le Tupolev 134 dans lequel se trouve le président décolle de Belbek, l'aéroport militaire de Sébastopol, suivi immédiatement de l'avion présidentiel qui transporte, lui, le président du parlement Anatoli Loukianov. 

Eltsine sur un char 

Dès la première heure, le président Boris Eltsine prend la tête de la résistance. Peu avant midi, retranché dans la "Maison blanche", le Parlement russe désormais bloqué par les chars, il dénonce un "coup d'Etat de droite, réactionnaire et anticonstitutionnel". 


Défiant les nouveaux chefs du pays, le très populaire dirigeant russe exige que Gorbatchev "puisse s'exprimer devant le peuple".


Alors que la population afflue vers la place du Manège, au pied du Kremlin, Eltsine debout sur la tourelle d'un char, lance un vibrant appel à la grève générale et à la désobéissance civile. Les images du tribun galvanisant la foule font le tour du monde. 

Ralliements 

Autour de la Maison blanche, quelques milliers de Moscovites érigent des barricades de fortune pour protéger le bâtiment. 


A la tombée de la nuit, les manifestants restent rassemblés devant le siège du pouvoir russe. Des habitants du quartier apportent des sandwichs et du thé.


Au matin du mardi 20 août, gilets pare-balles, casques et masques à gaz sont distribués parmi ceux qui sont à l'intérieur du Parlement: députés, ministres, artistes ou musiciens, dont le violoncelliste Mstislav Rostropovitch, arrivé de Paris. Des coups de feu sporadiques retentissent aux alentours.


Sur le terrain, trois unités militaires prennent le parti de Boris Eltsine, et exhibent le drapeau tricolore de la Fédération de Russie, devenu le symbole de la rébellion.


Des groupes de députés sillonnent les casernes de la région de Moscou pour convaincre les officiers de rejoindre la cause de Boris Eltsine. La manifestation, à l'appel d'Eltsine, rassemble plus de 50.000 personnes sous les murs du Parlement russe.

Folle journée 

Vers deux heures du matin, Boris Eltsine est rejoint par l'ancien ministre soviétique des Affaires étrangères Edouard Chevarnadze, sous les applaudissements frénétiques de la foule. 


Si l'assaut tant redouté ne s'est pas produit, trois jeunes hommes ont toutefois péri dans un accrochage avec une colonne de blindés qu'ils essayaient de bloquer. 


Une folle journée commence le mercredi 21 août avec la décision du parlement russe de chercher Mikhaïl Gorbatchev dans sa datcha de Foros.


Le ministère de la Défense ordonne le retour des troupes dans les casernes. Le dispositif militaire établi autour des points névralgiques de Moscou est allégé, la censure et le couvre-feu sont levés, les décrets des putschistes annulés. La télévision recommence à émettre et diffuse la session du parlement de Russie.

Retour de Gorbatchev 

Dans la nuit, Gorbatchev regagne le Kremlin. Mais il se trouve affaibli de toutes parts: les collaborateurs qu'il avait choisis l'ont trahi ou abandonné, l'armée a vacillé et le parti a hésité.


Boris Eltsine devient le véritable maître du pouvoir. Le 8 décembre, la Russie, l'Ukraine et le Bélarus proclament que l'Union soviétique "n'existe plus". Gorbatchev, lui, démissionne le 25 décembre.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Short Url
  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Short Url
  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
Short Url
  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.