Les Talibans encerclent le Panchir et mettent en garde les Etats-Unis contre tout report du départ de leurs soldats

Des Afghans marchent le long des clôtures à leur arrivée au Pakistan par le point de passage frontalier Pakistan-Afghanistan à Chaman le 23 août 2021 à la suite de la prise de contrôle militaire de l'Afghanistan par les talibans. (AFP)
Des Afghans marchent le long des clôtures à leur arrivée au Pakistan par le point de passage frontalier Pakistan-Afghanistan à Chaman le 23 août 2021 à la suite de la prise de contrôle militaire de l'Afghanistan par les talibans. (AFP)
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Publié le Mardi 24 août 2021

Les Talibans encerclent le Panchir et mettent en garde les Etats-Unis contre tout report du départ de leurs soldats

  • «Notre but c'est de diffuser le drapeau de l'Émirat islamique partout en Afghanistan»
  • La vice-présidente Kamala Harris estime que les Etats-Unis ont tout le temps pour analyser le contexte du retrait d'Afghanistan, pour elle l'heure est avant tout aux évacuations

BERLIN: Les talibans ont mis en garde lundi les Etats-Unis contre le maintien envisagé de forces américaines en Afghanistan au-delà de la date prévue du 31 août, prévenant qu'ils n'annonceraient la constitution d'aucun gouvernement avant leur départ.

A Kaboul, la situation restait chaotique et tendue autour de l'aéroport, où des milliers d'Afghans effrayés par le retour des islamistes au pouvoir attendent d'être en mesure de quitter leur pays à bord des avions affrétés par les Occidentaux. Des échanges de tirs y ont eu lieu dans la matinée entre militaires américains et allemands d'un côté et assaillants non identifiés de l'autre.

Le président Joe Biden a évoqué ce week-end la possibilité de prolonger au-delà du 31 août la présence américaine à l'aéroport de Kaboul, où sont retranchées les derniers soldats et diplomates occidentaux qui coordonnent les évacuations. Il avait auparavant fixé cette date pour l'achèvement du retrait des forces américaines d'Afghanistan et donc la fin d'une guerre de 20 ans, la plus longue qu'aient connue les Etats-Unis.

Mais les talibans ont haussé le ton lundi contre un possible allongement de ce délai. "La réponse est non", sinon "il y aura des conséquences", a réagi un porte-parole des talibans, Suhail Shaheen, auprès de la chaîne de télévision britannique Sky News.

Deux sources au sein du nouveau régime ont ensuite dit à l'AFP que les talibans n'annonceraient pas la constitution d'un gouvernement tant qu'il resterait des militaires américains en Afghanistan.

Joe Biden avait souligné dimanche soir ne pas exclure de repousser l'échéance du 31 août de quelques jours pour finir d'évacuer les milliers de personnes qui veulent quitter à tout prix ce pays.

Un garde afghan a été tué lors d'un échange de tirs tôt lundi matin à l'aéroport de Kaboul, entraînant l'intervention des forces allemandes et américaines, a annoncé l'armée allemande.


"Ce matin à 04H13 (dimanche à 2H43 GMT, ndlr), il y a eu un échange de coups de feu entre des gardes afghans et des assaillants non identifiés à la porte Nord de l'aéroport de Kaboul. Un garde afghan a été tué et trois autres blessés", a indiqué l'armée allemande sur son compte Twitter.

Des soldats allemands et américains ont pris part à "des échanges de tirs ultérieurs", a ajouté l'armée allemande en précisant qu'aucun soldat allemand n'avait été blessé.

Face à cette situation, le ministre britannique des Forces armées, James Heappey, a déclaré que les forces et les ressortissants britanniques n'avaient pas été impliqués dans une fusillade à l'aéroport de Kaboul lundi.

Heappey a déclaré à la BBC que l'affrontement s'était produit dans une zone de l'aéroport où les forces britanniques ne se trouvaient pas.

talibans
Un jeune afghan vend des drapeaux des Talibans à Kaboul. (AFP).

 

Londres va plaider pour une extension des opérations d'évacuation au G7

Le Royaume-Uni va plaider auprès des Etats-Unis pour une prolongation des opérations d'évacuation à Kaboul au-delà de la date limite du 31 août, lors d'un sommet virtuel du G7 mardi consacré à l'Afghanistan, a indiqué le gouvernement britannique lundi.


"Pouvoir persuader ou non les Etats-Unis de rester  est une question relevant du Premier ministre (britannique Boris Johnson) demain à la réunion du G7", a déclaré le secrétaire d'Etat chargé des Forces armées, James Heappey, sur Sky News.


Il a toutefois souligné que la décision ne relevait pas uniquement de Washington, et que les talibans avaient également leur mot à dire. 


"Une conversation avec les talibans s'ensuivra alors, et les talibans auront le choix entre chercher à collaborer avec la communauté internationale et montrer qu'ils veulent faire partie du système international" ou "dire qu'il n'y pas d'opportunité de prolonger" la présence américaine, a ajouté M. Heappey.


Boris Johnson, dont le pays assure actuellement la présidence du G7, a annoncé dimanche que les dirigeants du groupe des grandes puissances  (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) se réuniraient virtuellement mardi pour des "discussions urgentes" sur la situation en Afghanistan.


Depuis la prise de pouvoir des talibans mi-août, des milliers de familles se massent près de l'aéroport international de Kaboul pour tenter d'évacuer le pays avant le 31 août, date fixée par l'administration américaine pour le retrait définitif de ses forces d'Afghanistan. 


Face au chaos des évacuations et sous pression de ses alliés, Joe Biden a ouvert la porte à un maintien des soldats sur place au-delà de cette date butoir, en évoquant "des discussions en cours" côté américain à ce sujet.


L'armée britannique a indiqué dimanche soir avoir évacué 5.725 personnes d'Afghanistan depuis le 13 août, dont 3.100 Afghans, et assuré que l'opération se poursuivrait "tant que la situation sécuritaire le permet", sans qu'aucune "date ferme" n'ait été fixée pour le dernier vol.

La réaction des Talibans à cette requête n'a toutefois pas tardé. Ils ont fait savoir qu'il n'accepteront aucune extension à la date limite du 31 août pour le départ des forces occidentales d'Afghanistan, selon des sources du groupe extrémistes à Reuters.

De plus, les talibans n'annonceront pas la constitution d'un gouvernement en Afghanistan tant qu'il restera des soldats américains sur son sol, ont déclaré lundi à l'AFP deux sources au sein de ce mouvement islamiste.

"Il a été décidé que la formation du gouvernement (...) ne serait pas annoncée tant qu'un seul soldat américain serait présent en Afghanistan", a dit l'une de ces sources. L'information a été confirmée par une deuxième.

La vice-présidente Kamala Harris a estimé pour sa part que les Etats-Unis ont tout le temps pour analyser le contexte du retrait d'Afghanistan. Pour elle l'heure est actuellement et avant tout, aux évacuations.

De son côté, le Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong dit espérer que l'Afghanistan ne redevienne pas un foyer d'extrémisme. "Singapour a offert son soutien pour les évacuations en Afghanstan", a-t-il ajouté.

Depuis le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan le 15 août, l'aéroport de Kaboul est le théâtre de scènes chaotiques, dans lesquelles sept personnes ont trouvé la mort a annoncé dimanche le ministère britannique de la Défense. Des dizaines de milliers d'Afghans désespérés affluent à l'aéroport pour tenter d'être évacués.

Les islamistes tentent de convaincre la population qu’ils ont changé, affirmant que leur politique sera moins brutale que lorsqu’ils étaient à la tête du pays de 1996 à 2001. Mais cela n’endigue pas le flot de ceux qui ne croient pas en leurs promesses et veulent désespérément partir.

Un haut responsable taliban, Amir Khan Mutaqi, a toutefois fait reposer dimanche la responsabilité du chaos à l'aéroport sur les États-Unis et prévenu que cela ne pourrait durer très longtemps. 

« L’Amérique, avec toute sa puissance et ses équipements (...), a échoué à ramener l’ordre à l’aéroport. Il y a la paix et le calme dans tout le pays, mais il n’y a que le chaos à l’aéroport de Kaboul (...) Cela doit cesser le plus tôt possible », a-t-il déclaré.


Dans les rues de Kaboul, la situation est en effet restée plutôt calme, des combattants talibans en armes patrouillant les rues de la capitale et tenant des postes de contrôle.


Si aucun gouvernement n'a encore été instauré, les discussions se poursuivant avec des personnalités afghanes pour le rendre "inclusif", les talibans ont tout de même tenté d'affirmer leur autorité.

Face à l'étendard des talibans, le drapeau national devient symbole de résistance

De retour au pouvoir après deux décennies de guerre, les talibans tentent d'affirmer leur autorité avec tous les outils à leur disposition, y compris le drapeau.


Depuis leur entrée dans Kaboul le 15 août, à l'issue d'une fulgurante victoire militaire, les islamistes ont imposé leur drapeau sur tous les bâtiments gouvernementaux, les postes de police et les installations militaires.


Ils ont même été accusés d'avoir puni des gens qui agitaient le drapeau national noir, rouge et vert, et orné de l'emblème national, même s'ils ne se sont livrés à aucune communication officielle sur le sujet.


Dimanche, à un carrefour de la capitale, des vendeurs proposaient leur drapeau, blanc orné en noir d'une profession de foi islamique et du nom officiel de leur régime: l’Émirat islamique d'Afghanistan.


"Notre but c'est de diffuser le drapeau de l'Émirat islamique partout en Afghanistan", a déclaré à l'AFP l'un des vendeurs Ahmad Shakib, un étudiant en économie, sans dire s'il était ou non un partisan des talibans.


La vue des talibans juchés sur leurs véhicules et portant leur étendard a terrorisé la population afghane ces dernières semaines, au fur et à mesure de leur avancée dans les zones rurales puis sur les centres urbains.


Dès qu'ils prenaient le contrôle d'une nouvelle zone, l'un de leurs premiers réflexes était de remplacer le drapeau national par le leur.


Mais pour la partie de la population qui n'a pas oublié le brutal régime taliban entre 1996 et 2001 et s'inquiète de les voir à nouveau au pouvoir, brandir le drapeau national est devenu un acte de résistance.


De nombreux Afghans se sont risqués dans les rues de Kaboul et de quelques grandes villes, le drapeau en mains, ces derniers jours, en particulier jeudi, jour du 102e anniversaire de l'indépendance du pays, parfois au vu et au su des talibans.


Dans la capitale, des gens ont fait flotter au vent le drapeau national dans un convoi de voitures klaxonnant à tout-va. Ailleurs, des hommes et des femmes rassemblés en bord de route agitaient la bannière tricolore.


Sur les réseaux sociaux aussi, des images du drapeau national ont été postées en masse, par des personnalités publiques, comme des sportifs, mais aussi par de simples citoyens.


Mercredi, des talibans avaient tiré en l'air dans la ville de Jalalabad (est) pour disperser des dizaines de personnes qui protestaient contre le retrait du drapeau national, selon des médias locaux.


"Mon cœur est ici, avec ce drapeau (...) Je ne laisserai jamais ce drapeau", a déclaré un habitant de Jalalabad. "Tuez-nous, tirez-nous dessus (...) Mais nous ne laisserons jamais ce drapeau".

Les talibans ont annoncé lundi avoir encerclé les combattants de la résistance autoproclamée à leur pouvoir dans le Panchir, une province enclavée au nord-est de Kaboul, tout en ajoutant vouloir négocier avec eux plutôt que combattre.


Dans la nuit, des informations non confirmées ont fait état de heurts aux abords de la vallée du Panchir, où le vice-président du régime renversé par les talibans, Amrullah Saleh, s'est réfugié et a décrété la résistance aux nouveaux maîtres du pays.


"Nos combattants sont stationnés près du Panchir" qu'ils encerclent, a déclaré sur Twitter un porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, tout en ajoutant que son régime "tente de résoudre cette affaire pacifiquement".


Sur les réseaux sociaux, des comptes pro-résistance niaient toute avancée des talibans, affirmant que ces derniers avaient été stoppés par des embuscades.


Ces annonces et informations restaient difficiles à confirmer de manière indépendante, la région étant enclavée et peu accessible ces jours-ci.


Le Panchir est connu de longue date comme un bastion anti-taliban. La résistance y a repris ces dernières semaines, alors que les talibans finissaient de prendre le reste du pays, autour du Front national de résistance (FNR), emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud, assassiné en 2001 par Al-Qaïda, et d'Amrullah Saleh.


L'entrée principale de la vallée est une gorge étroite qui rend son invasion extrêmement difficile par des forces extérieures, à la merci des tirs de combattants positionnés sur les hauteurs alentours.


Un porte-parole du FNR, Ali Maisam Nazary, a déclaré ce weekend que le Front se préparait à "un conflit de longue durée" avec les talibans, si un compromis ne pouvait être trouvé avec eux sur un système de gouvernement décentralisé garantissant "la justice sociale, l’égalité des droits et la liberté pour tous". 


Une semaine après avoir conquis Kaboul et le pouvoir lors d'une offensive éclair, les talibans poursuivent leurs discussions avec des personnalités afghanes, en vue de former un gouvernement qu'ils disent vouloir ouvrir à d'autres factions.

Poche de résistance 
Ils ont ainsi remplacé sur tous les bâtiments publics le drapeau national tricolore par leur drapeau blanc, orné en noir d'une profession de foi islamique et du nom officiel de leur régime: l’Émirat islamique d'Afghanistan.

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Des combattants talibans voyagent à bord d'un véhicule arborant le drapeau taliban dans la région de Karte Mamorin à Kaboul le 22 août 2021. (AFP)


"Notre but c'est de diffuser le drapeau de l'Émirat islamique partout en Afghanistan", a déclaré ce weekend Ahmad Shakib, un étudiant en économie qui vendait des drapeaux talibans à un carrefour de Kaboul.


Les talibans sont entrés le 15 août à Kaboul sans rencontrer de résistance, à l'issue d'une offensive éclair entamée en mai à la faveur du début du retrait des forces américaines et de l'Otan.


Mais une poche de résistance s'est formée dans la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, longtemps connue comme un bastion anti-taliban, autour du Front national de résistance (FNR), emmené par Ahmad Massoud, fils du commandant Ahmed Shah Massoud assassiné en 2001 par Al-Qaïda.

Afghanistan: une mosaïque ethnique dans un pays fragmenté

La diversité ethnique en Afghanistan est une donnée centrale de la vie politique et des conflits dans ce pays depuis plus d'un siècle, et devrait jouer un rôle dans la formation d'un nouveau gouvernement par les talibans.


Aucun groupe ethnique ne dispose à lui seul d'une majorité absolue parmi les quelque 40 millions d'habitants du pays, dont la fragmentation contribue à l'instabilité.


Voici un aperçu de la mosaïque ethnique afghane:

- Les Pachtounes -

Ethnie majoritaire d'Afghanistan (avec plus de 40% de la population), les Pachtounes sont pour la plupart des musulmans sunnites et parlent le pachto. Depuis le 18e siècle, ils ont régulièrement contrôlé l'Etat et l'armée.


Les talibans, qui ont pris le pouvoir pour la deuxième fois après la période 1996-2001, sont un groupe à dominante pachtoune. Et les deux présidents du précédent régime soutenu par les Etats-Unis, Hamid Karzai et Ashraf Ghani, étaient également issus de cette ethnie.


La position dominante des Pachtounes, qui sont répartis dans une zone en arc de cercle s'étendant de la frontière pakistanaise à la frontière iranienne (est et sud du pays), a souvent provoqué le ressentiment des autres groupes ethniques, s'estimant marginalisés sur les plans politique, économique et culturel.

- Les Tadjiks -

Deuxième groupe ethnique du pays, représentant environ un quart de la population, les Tadjiks parlent le dari (farsi en persan).


Ils sont principalement répartis dans le nord et l'ouest du pays, avec des bastions dans la vallée du Panchir, la ville occidentale de Herat et certaines provinces du nord. 


La vallée du Panchir est connue pour avoir résisté à l'occupation de l'armée soviétique dans les années 1980, mais aussi au premier régime taliban.


Elle a été le fief du Tadjik le plus célèbre, le commandant Ahmed Shah Massoud, héros de la résistance antisoviétique et de la lutte contre les talibans, tué le 9 septembre 2001 dans un attentat suicide attribué à Al-Qaïda.


Le Tadjik Burhanuddin Rabbani a été président de l'Afghanistan de 1992 à 1996, avant que Kaboul ne tombe aux mains des talibans. Abdullah Abdullah, ancien vice-président et négociateur en chef de l'ex-gouvernement dans les pourparlers avec les talibans, est d'ethnie mixte pachtoune-tadjik, mais il est considéré comme appartenant à la seconde.

- Les Hazaras - 

Les Hazaras, qui représentent autour de 10% de la population afghane et parlent un dialecte dari, sont considérés comme originaires d'Asie Centrale et de peuples turcs, et se trouvent principalement dans le centre du pays. 


Il s'agit d'une minorité chiite, violemment persécutée depuis des siècles, notamment par les talibans qui les considèrent comme des hérétiques.


Les Hazaras ont également été la cible d'attaques à la bombe meurtrières du groupe Etat islamique.

- Les Ouzbeks - 

La minorité ouzbèke, qui représente autour de 10% de la population, est essentiellement installée dans le nord du pays chevauchant la frontière avec l'Ouzbékistan.


Ses liens notamment linguistiques et culturels sont forts avec la Turquie et les Ouzbeks sont principalement des musulmans sunnites.


Le sulfureux chef de guerre Abdul Rachid Dostom, issu de cette ethnie, est soupçonné d'avoir fait massacrer en 2001 des centaines, voire des milliers, de prisonniers talibans.

- Autres ethnies -

Parmi les autres ethnies peuplant l'Afghanistan, et au rôle plus marginal, on compte des Turkmènes, des Kirghizes, des Kazakhs, des Baloutches, et des Nouristanis, jadis appelés Kafir (infidèles) jusqu'à leur conversion forcée au 19e siècle.

Dimanche, des comptes Twitter pro-talibans ont annoncé que "des centaines de moudjahidine de l’Émirat islamique" se dirigent vers le Panchir, seule zone échappant encore à leur contrôle, "après que des responsables locaux ont refusé de le remettre de façon pacifique".


Les islamistes "ont massé des forces près de l'entrée du Panchir", a confirmé sur Twitter Amrullah Saleh, vice-président sous le précédent gouvernement, qui s'est lui aussi réfugié dans la vallée pour les combattre.


De son côté, un porte-parole du FNR, Ali Maisam Nazary, a déclaré à l'AFP que le Front se préparait à "un conflit de longue durée" avec les talibans, si un compromis ne pouvait être trouvé avec eux sur un système de gouvernement décentralisé. 


Selon lui, des milliers d'Afghans ont rejoint le Panchir pour combattre le nouveau régime ou simplement pour y trouver refuge. "Nous sommes prêts à défendre l'Afghanistan et nous mettons en garde contre un bain de sang", a déclaré dimanche M. Massoud à la chaîne Al-Arabiya.


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.