Difficultés de recrutement: les patrons sous pression pour augmenter les salaires

Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux (Photo, AFP).
Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 25 août 2021

Difficultés de recrutement: les patrons sous pression pour augmenter les salaires

  • Selon le patron du Medef, «le plus grand danger pour l'économie française aujourd'hui ce sont d'un côté les pénuries de matières premières et surtout les difficultés à recruter»
  • Au vu de ces difficultés, particulièrement fortes dans les services, dont la restauration, l'hôtellerie et le bâtiment, «il y aura forcément des augmentations (de salaires) assez significatives l'année prochaine»

PARIS: L'embellie de l'économie française fait craindre des difficultés de recrutement, créant une situation qui pourrait pousser les salaires à la hausse, selon le Medef, qui a fait sa rentrée mercredi.

"La plupart des indicateurs sont au vert", a affirmé son président Geoffroy Roux de Bézieux, dans son discours introductif à la Rencontre des entrepreneurs de France (La REF).

Devant les patrons réunis à l'hippodrome parisien de Longchamp, il a salué "la réactivité du gouvernement pour soutenir l'économie" pendant la crise sanitaire, et a remercié pour son action le ministre de l'Economie Bruno Le Maire, sous des applaudissements nourris.

Mais selon le patron de l'organisation patronale, "le plus grand danger pour l'économie française aujourd'hui ce sont d'un côté les pénuries de matières premières et surtout les difficultés à recruter".

Au vu de ces difficultés, particulièrement fortes dans les services, dont la restauration, l'hôtellerie et le bâtiment, Geoffroy Roux de Bézieux estime qu'"il y aura forcément des augmentations (de salaires) assez significatives l'année prochaine", alors que les négociations salariales se déroulent en général en début d'année.

Mais avec de telles hausses, "derrière ce sont les prix qui vont augmenter".

Devant les entrepreneurs, M. Le Maire a rappelé pour sa part que la France était pour 2021 sur une trajectoire de 6% de croissance, et que le niveau d'activité de l'avant-crise devrait être retrouvé d'ici la fin de l'année.

Cette "croissance doit profiter à tous, tous sans exception notamment les salariés les plus modestes, notamment ceux qui ont des emplois à temps très partiel, notamment ceux qui ont les niveaux de qualification les plus faibles", a-t-il affirmé.

Pour les Français qui exercent des métiers difficiles, "je ne lâche rien, nous devons ouvrir ce débat", a-t-il assuré.

Il a toutefois estimé qu'il s'agissait d'"un défi qui est très difficile, parce qu'on sait bien que si on est trop brutal (en terme de hausse de salaires, NDLR), on a un risque de voir augmenter à nouveau le chômage", rappelant au passage les mesures déjà en place comme la prime d'activité, la participation et l'intéressement.

Aides sur mesure

Le secrétaire général du syndicat Force Ouvrière, Yves Veyrier s'est félicité de voir le sujet s'imposer: "la question des salaires va être une question que l'on va mettre au centre de cette rentrée", a-t-il prévenu sur RMC.

Le syndicaliste a noté "un changement de discours", qui "va dans le bon sens", alors qu'"on nous disait tout le temps le salaire est l'ennemi de l'emploi".

Pour lui "deux moyens d'agir": le Smic d'une part, qui "a le mérite d'augmenter immédiatement les bas salaires et de donner une dynamique aux négociations de salaires dans les branches", et "l'indice de la rémunération de base des fonctionnaires, gelé depuis plus de dix ans", d'autre part.

Pour M. Roux de Bézieux, la difficulté des entreprises à recruter est "structurelle".

Il a ainsi rappelé que "la France est le seul pays de l'OCDE où le taux de chômage structurel est au-dessus de 7%", tandis que le taux d'emploi des personnes en âge de travailler était de 66%, contre 76% en Allemagne, au premier trimestre 2021.

Aussi le Medef espère-t-il une mise en place de la réforme de l'assurance-chômage au 1er octobre, qui pourrait inciter davantage de chômeurs à reprendre un emploi, selon son président.

"Il me semble que les conditions sont remplies" pour que la réforme puisse entrer en vigueur à cette date, a répondu Bruno Le Maire.

Vu l'amélioration de la situation économique, "le quoi qu'il en coûte, c'est fini", a enfin martelé le ministre, tout en précisant que le pays était en réalité "déjà sorti" des programmes d'aides à l'ensemble des secteurs économiques.

Certaines aides "sur mesure" pour le monde de la culture, les restaurateurs, les hôteliers ou encore le tourisme devraient toutefois être maintenues suite à une réunion qui doit se tenir lundi à Bercy, à l'occasion de laquelle les effets du pass sanitaire sur ces secteurs seront évalués.


UE: les compagnies aériennes devront payer pour leurs émissions de CO2

Les compagnies aériennes devront payer pour les émissions de CO2 de leurs vols intra-européens (Photo, AFP).
Les compagnies aériennes devront payer pour les émissions de CO2 de leurs vols intra-européens (Photo, AFP).
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  • Les compagnies se voyaient jusqu'ici offrir des quotas gratuits couvrant l'essentiel de leurs émissions pour les aider à rester compétitives face à leurs rivales étrangères
  • Un nouveau mécanisme allouera des quotas gratuits d'émissions de CO2 en contrepartie de l'adoption de carburants aériens durables

BRUXELLES: Les compagnies aériennes devront payer pour les émissions de CO2 de leurs vols intra-européens, avec la disparition de quotas gratuits dont elles bénéficiaient jusqu'ici, mais les vols internationaux resteront épargnés, selon un accord conclu mercredi dans l'UE.

Le texte, approuvé après de longues négociations par les eurodéputés et les Etats membres, s'inscrit dans le vaste plan climat européen. Outre les vols intérieurs à l'UE, il s'appliquera aussi aux vols entre l'UE et le Royaume-Uni ou la Suisse, mais exclut pour le moment les vols entre l'Europe et le reste du monde, selon un communiqué du Conseil européen.

Les vols intra-européens sont déjà soumis au marché des quotas d'émissions carbone (ETS) où les compagnies aériennes peuvent acheter et échanger les "droits à polluer" requis pour compenser leurs émissions, à l'instar des industriels et des énergéticiens.

Mais elles se voyaient jusqu'ici offrir des quotas gratuits couvrant l'essentiel de leurs émissions pour les aider à rester compétitives face à leurs rivales étrangères.

Un privilège que les eurodéputés et Etats membres ont décidé de supprimer progressivement d'ici trois ans: 25% de ces allocations "gratuites" disparaîtront dès 2024 et 25% de plus en 2025. Elles seront entièrement supprimées en 2026.

Une partie des recettes collectées par la vente des quotas sera transférée au Fonds d'innovation européen, pour subventionner des technologiques bénéfiques au climat.

Un nouveau mécanisme allouera des quotas gratuits d'émissions de CO2 en contrepartie de l'adoption de carburants aériens durables (SAF), permettant aux compagnies de compenser en partie la différence de prix avec le kérosène classique.

Ce mécanisme sera appliqué de façon plus généreuse dans certain cas pour contribuer à garantir l'approvisionnement en carburants "verts" des îles de petite taille, des petits aéroports et des régions ultrapériphériques.

"Nous avons trouvé un bon équilibre entre l'ambition climatique pour les compagnies aériennes et le soutien à ce secteur pour accomplir cette transition, avec un outil tangible pour l'aider à se décarboner", a observé l'eurodéputée Suncana Glavak (PPE, droite), négociatrice pour le Parlement.

A contrario, l'association européenne des compagnies aériennes Airlines for Europe (A4E) s'est dite "extrêmement déçue" de la disparition programmée des quotas gratuits d'ici 2026. A cette date, les solutions de décarbonation ne seront pas disponibles à grande échelle, a-t-elle déploré dans un communiqué.

Enfin, selon l'accord, les compagnies devront, à partir de 2025, déclarer non seulement leurs émissions de CO2, mais également d'autres particules polluantes (dioxyde d’azote, suie…) contribuant au réchauffement climatique, en vue d'un possible durcissement réglementaire de l'UE en 2028.

Pour autant, les eurodéputés n'ont pas obtenu gain de cause sur l'inclusion des vols internationaux au départ de l'Europe: ces derniers seront toutefois couverts de 2022 à 2027 par le mécanisme international de compensation carbone (CORSIA), dans lequel les compagnies aériennes seront contraintes d'acheter des "crédits carbone" au-delà d'un certain seuil d'émissions, précise l'accord.

La Commission devra cependant examiner après 2025 l'efficacité de ce mécanisme international, et, si elle est jugée insuffisante, préparer une proposition pour soumettre au marché carbone de l'UE ces vols internationaux.

En excluant les vols internationaux, l'accord européen "ignore 58% des émissions de CO2 de l'aviation européenne (...) Nous sommes sur le point de perdre une décennie en inaction climatique", déplore l'ONG environnementale Transport&Environment. Selon elle, le système CORSIA ne "couvrirait qu'à peine 22% des émissions internationales totales d'ici 2030".


Le travail forcé des Ouïghours contribue à l'industrie automobile, selon une étude

Le travail forcé des Ouïgours se retrouve "de manière significative" sur la chaîne d'approvisionnement de pratiquement tous les grands constructeurs automobiles dans le monde (Photo, AFP).
Le travail forcé des Ouïgours se retrouve "de manière significative" sur la chaîne d'approvisionnement de pratiquement tous les grands constructeurs automobiles dans le monde (Photo, AFP).
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  • «Si vous avez acheté une voiture au cours des cinq dernières années, certaines de ses pièces ont probablement été fabriquées par des Ouïghours et d'autres, forcés de travailler en Chine»
  • La Chine est accusée par des organisations de défense des droits humains d'enrôler des Ouïghours dans des programmes de «transfert de main-d'oeuvre» forcée

LONDRES: Acier, aluminium ou cuivre, batteries ou électronique: le travail forcé des Ouïgours se retrouve "de manière significative" sur la chaîne d'approvisionnement de pratiquement tous les grands constructeurs automobiles dans le monde, affirme une étude de l'université britannique de Sheffield Hallam.

"Si vous avez acheté une voiture au cours des cinq dernières années, certaines de ses pièces ont probablement été fabriquées par des Ouïghours et d'autres, forcés de travailler en Chine", résument les quatre auteurs de cette étude publiée mardi, fruit de six mois d'enquête.

Toutes les grandes marques sont concernées, selon les chercheurs, qui citent en particulier Volkswagen, BMW, Honda, Ford, GM, Mercedes-Benz, Toyota, Stellantis (dont Fiat, Chrysler, Dodge et Jeep), Tesla et le chinois Nio.

Le puissant syndicat américain de l'automobile UAW a réagi en "demandant de toute urgence à l'industrie automobile de déplacer toute sa chaîne d'approvisionnement hors de la région" du Xinjiang, dans le nord-est de la Chine, où vivent de nombreux Ouïghours.

La Chine est accusée par des organisations de défense des droits humains d'enrôler des Ouïghours dans des programmes de "transfert de main-d'oeuvre" forcée, liés à des chaînes d'approvisionnement internationales de divers secteurs allant des vêtements aux voitures.

Selon Pékin, qui nie toute persécution de cette minorité musulmane dans la province de l'extrême-est du pays, ces initiatives permettent de réduire la pauvreté en procurant des emplois bien rémunérés pour des résidents ruraux à faible revenu.

L'étude publiée mardi fait partie d'une série de l'université de Sheffield Hallam faisant état d'un recours aux travaux forcés au Xinjiang dans de multiples secteurs, allant du coton aux matériaux de construction en PVC, en passant par les panneaux solaires.

Les universitaires se sont appuyés sur des sources telles que des rapports annuels d'entreprises, sites web et campagnes publicitaires, mais aussi des directives gouvernementales et médias d'État chinois ainsi que des registres douaniers.

L'étude relève notamment que "les plus grands producteurs mondiaux d'acier et d'aluminium se sont déplacés vers la région ouïghoure grâce aux subventions et aux incitations du gouvernement chinois".

Selon les chercheurs, les constructeurs automobiles ont rétorqué "qu'une traçabilité approfondie de la chaîne d'approvisionnement est hors de portée et que comprendre la situation dans la région ouïghoure est un défi".

Mais l'industrie doit garantir la traçabilité de ses chaînes d'approvisionnement pour "s'assurer qu'elle n'est pas complice du régime de travail forcé dans la région ouïghoure" faute de quoi elle court "un énorme risque juridique, éthique et de réputation", selon les universitaires.

Chez General Motors, "nous surveillons activement notre chaîne d'approvisionnement mondiale et effectuons des vérifications étendues, en particulier lorsque nous identifions ou sommes informés d'infractions potentielles à la loi, à nos accords ou à nos politiques", a assuré un porte-parole du groupe américain dans un message à l'AFP.

En cas d'infractions avérées ou présumées, "nous réagissons rapidement et de manière appropriée, y compris en résiliant un contrat", a-t-il ajouté sans toutefois répondre à une question sur la présence ou non de fournisseurs du groupe dans la région du Xinjiang.


Scandale Theranos: 13 ans de prison pour l'ex-numéro deux de la start-up

Ramesh "Sunny" Balwani, ex-directeur des opérations de Theranos (Photo, AFP).
Ramesh "Sunny" Balwani, ex-directeur des opérations de Theranos (Photo, AFP).
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  • M. Balwani avait été déclaré coupable en juillet sur tous les dossiers de fraude envers les investisseurs et les patients de l'entreprise
  • Aux commandes de Theranos, les deux amants avaient levé des centaines de millions de dollars de fonds

SAN FRANCISCO: Ramesh "Sunny" Balwani, ex-directeur des opérations de Theranos, qui promettait de révolutionner les tests sanguins, a été condamné à presque 13 ans de prison mercredi, soit encore plus que son ancienne compagne Elizabeth Holmes, la fondatrice de la start-up californienne déchue.

Jugé lors d'un procès distinct, M. Balwani avait été déclaré coupable en juillet sur tous les dossiers de fraude envers les investisseurs et les patients de l'entreprise.

L'ancien numéro deux de la start-up a écopé mercredi de 155 mois de prison, selon une décision rendue par un juge fédéral américain.

Fondée en 2003, Theranos promettait d'inventer une machine capable de réaliser des centaines de diagnostics sanguins à partir d'une seule goutte de sang prélevée sur le doigt.

Grâce à ce projet révolutionnaire, la start-up avait suscité l'enthousiasme de nombreux hommes d'affaires et hauts personnages, y compris l'ex-secrétaire d'Etat Henry Kissinger, l'ancien ministre de la Défense James Mattis ou le magnat des médias Rupert Murdoch.

Mais elle s'était effondrée lorsque le Wall Street Journal avait révélé en 2015 que la technologie n'avait jamais fonctionné comme prévu.

La condamnation de M. Balwani intervient moins d'un mois après celle de la fondatrice de Theranos, Elizabeth Holmes, qui a écopé mi-novembre de 11 ans de prison. Un jugement dont elle a fait appel.

L'ex-compagne de M. Balwani s'était imposée comme une star de la Silicon Valley, grâce à un récit et une apparence très travaillés qui lui avaient permis de gagner la confiance des investisseurs.

Aux commandes de Theranos, les deux amants, qui étaient initialement poursuivis ensemble mais ont finalement été jugés séparément, avaient levé des centaines de millions de dollars de fonds.

A son apogée, leur start-up était valorisée près de 10 milliards de dollars.