Escroquerie au "faux Le Drian": deux hommes condamnés à 7 et 10 ans en appel

Croquis de l'audience en appel. (AFP).
Croquis de l'audience en appel. (AFP).
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Publié le Mercredi 09 septembre 2020

Escroquerie au "faux Le Drian": deux hommes condamnés à 7 et 10 ans en appel

  • Deux hommes, soupçonnés de s'être fait passer pour le ministre Jean-Yves Le Drian auprès de riches personnalités afin de subtiliser des dizaines de milliers d'euros, ont été condamnés mercredi en appe
  • Rejugés en juin, ils ont reconnu pour la première fois avoir commencé à exécuter un projet d'arnaque similaire, en 2017 en Ukraine, qui aurait consisté à se faire passer pour le prince Albert II de Monaco

PARIS : Deux hommes, soupçonnés de s'être fait passer pour le ministre Jean-Yves Le Drian auprès de riches personnalités afin de subtiliser des dizaines de milliers d'euros, ont été condamnés mercredi en appel à Paris à sept et dix ans de prison.

La peine de Gilbert Chikli, 55 ans, a été réduite d'un an par rapport à sa condamnation en première instance ; celle d'Anthony Lasarevitsch, 36 ans, est identique à celle prononcée en mars, les deux peines étant aussi assorties d'une période de sûreté des deux tiers.  

La cour d'appel de Paris a considéré que les deux prévenus, qui n'étaient pas présents dans le box mercredi matin, étaient bien les cerveaux d'une vaste escroquerie mise en œuvre entre 2015 et 2017. 

A l'époque, plus de 150 personnes et organisations - le roi du Maroc, les patrons de Total et Vinci, l'archevêque de Paris notamment - ont été contactées par un homme se présentant comme M. Le Drian, alors ministre de la Défense - il est aujourd'hui ministre des Affaires étrangères.

Le "ministre" demandait, en urgence, une aide financière pour des opérations secrètes de l'État français, promettant un remboursement immédiat. Pour convaincre, les escrocs utilisaient de faux mails, de faux documents et parfois un masque en silicone. L'homme d'affaires turc Inan Kirac et l'Aga Khan, chef spirituel des ismaéliens, y ont laissé plus de 50 millions d'euros.

Clamant haut et fort leur innocence, MM. Chikli et Lasarevitsch avaient fait appel de leurs condamnations, tout comme le parquet. 

Rejugés en juin, ils ont reconnu pour la première fois avoir commencé à exécuter un projet d'arnaque similaire, en 2017 en Ukraine, qui aurait consisté à se faire passer pour le prince Albert II de Monaco. 

Mais ils ont maintenu être étrangers à l'affaire du "faux Le Drian", affirmant que la combine était connue et qu'une autre équipe avait fait le coup.

Gilbert Chikli est connu de la justice française comme un pionnier de l'escroquerie dite au "faux président", selon laquelle un usurpateur se fait passer au téléphone pour un patron auprès de ses salariés, dans le but de se faire transférer de l'argent.

En 2015, il a été condamné, alors qu'il était en fuite en Israël, à sept ans de prison pour avoir escroqué plusieurs grandes entreprises. Son histoire a inspiré un film sorti la même année ("Je compte sur vous" de Pascal Elbé).

Mercredi, la cour d'appel a aussi confirmé le montant des dommages et intérêts de 44 millions et 10,6 millions d'euros pour les principales victimes, y ajoutant 15.000 euros au titre des frais de justice.


Le Sénat examine un texte appelant au renforcement de l'aide à l'Ukraine

Le Sénat à majorité de droite devrait voter mardi une proposition de résolution réaffirmant son soutien à l'Ukraine et appelant le gouvernement à renforcer l'aide fournie (Photo, AFP).
Le Sénat à majorité de droite devrait voter mardi une proposition de résolution réaffirmant son soutien à l'Ukraine et appelant le gouvernement à renforcer l'aide fournie (Photo, AFP).
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  • Le Sénat se prononcera par un vote sur cette proposition de résolution, à l'issue d'une prise de parole de chacun des groupes politiques
  • Par ce texte, le Sénat entend réaffirmer «son plein soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l’Ukraine»

PARIS: Le Sénat à majorité de droite devrait voter mardi une proposition de résolution réaffirmant son soutien à l'Ukraine et appelant le gouvernement à renforcer l'aide fournie, "en particulier les livraisons d'armes".

Ce texte sans valeur contraignante, proposé par le président du groupe Les Indépendants Claude Malhuret, a été inscrit à l'ordre du jour à la demande du président LR du Sénat Gérard Larcher. Il est cosigné notamment par les présidents des groupes LR Bruno Retailleau, centriste Hervé Marseille, RDPI à majorité Renaissance François Patriat et RDSE à majorité radicale Jean-Claude Requier.

Le Sénat se prononcera par un vote sur cette proposition de résolution, à l'issue d'une prise de parole de chacun des groupes politiques.

Par ce texte, le Sénat entend réaffirmer "son plein soutien à l’indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières reconnues au niveau international par le mémorandum de Budapest de 1994, confirmé par la Fédération de Russie en 2009".

Le texte "invite" notamment le gouvernement "à poursuivre et à renforcer, de manière significative, son soutien politique, économique, militaire, technique et humanitaire afin d’aider l’Ukraine à se défendre contre la guerre d’agression russe (...)" et "en lien avec ses partenaires européens, à poursuivre et à renforcer en particulier les livraisons d’armes à l’Ukraine, dans les domaines identifiés comme les plus nécessaires par les autorités ukrainiennes".

A l'occasion de l'intervention de Rouslan Stefantchouk, président de la Rada, le parlement de l'Ukraine, dans l'hémicycle du Sénat mercredi dernier, Gérard Larcher avait affirmé que "l’Ukraine doit être en capacité non seulement de résister, mais aussi de prendre l’avantage stratégique. Nous devons l’y aider".

Le texte invite aussi, entre autres, le gouvernement et l'Union européenne "à favoriser toute initiative destinée à élucider et à juger les faits susceptibles de constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par la Fédération de Russie".


Energies renouvelables: Ultime vote au Sénat pour l'adoption définitive

Le texte entend répondre à l'objectif fixé par le président Emmanuel Macron pour 2050 de multiplier par dix la capacité de production d'énergie solaire (Photo, AFP).
Le texte entend répondre à l'objectif fixé par le président Emmanuel Macron pour 2050 de multiplier par dix la capacité de production d'énergie solaire (Photo, AFP).
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  • Ce texte a pour objectif de faire rattraper à la France son grand retard sur les énergies renouvelables
  • Après avoir fait l'objet d'un compromis entre députés et sénateurs, il doit être adopté dans l'après-midi

PARIS: Le projet de loi d'accélération des énergies renouvelables porté par Agnès Pannier-Runacher touche au but, bravant le tumulte politique de la réforme des retraites: après de longues concertations et d'âpres négociations, le Parlement s'apprête à l'adopter définitivement mardi, par un ultime vote du Sénat.

En pleine crise énergétique et sous la pression du réchauffement climatique, ce texte a pour objectif de faire rattraper à la France son grand retard sur les énergies renouvelables. Après avoir fait l'objet d'un compromis entre députés et sénateurs, il doit être adopté dans l'après-midi, au coeur d'une journée de mobilisation contre la réforme des retraites.

Il entend répondre à l'objectif fixé par le président Emmanuel Macron pour 2050 de multiplier par dix la capacité de production d'énergie solaire pour dépasser les 100 GW et de déployer 50 parcs éoliens en mer pour atteindre 40 GW.

Il vise à "lever tous les verrous qui retardent le déploiement des projets", a souligné la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher qui a bataillé ferme pour se ménager des appuis dans les oppositions à droite comme à gauche.

"Nous sommes le seul pays européen à ne pas avoir atteint ses objectifs" en matière d'éolien et de solaire, a-t-elle affirmé devant les députés qui ont donné la semaine dernière leur dernier feu vert.

Le texte s'articule en grands volets: allègement des procédures administratives pour réduire le temps de déploiement des projets; accélération du développement de l'énergie solaire et de l'éolien en mer; amélioration de l'acceptabilité locale des projets.

«Idéologie anti-éolienne»

Dans les deux chambres, comme en commission mixte paritaire, les négociations les plus âpres ont notamment porté sur la planification des zones d'accélération du déploiement des énergies renouvelables, avec l'aval des communes, et sur les possibles zones d'exclusion.

Les élus locaux "proposent et ont le dernier mot sur le zonage", a souligné Agnès Pannier-Runacher. Et les zones d'exclusion ne seront possibles que pour des territoires qui valident des zones d'accélération, a-t-elle rappelé.

La gauche redoute le retour du veto des maires, que réclamait LR pour l'ensemble du territoire. Et des ONG et des acteurs du secteur des renouvelables critiquent une "usine à gaz".

Pour Greenpeace France, "si le texte est plutôt satisfaisant sur l’éolien en mer, il reste trop tardif et limité sur le solaire, et surtout très insuffisant sur l’éolien terrestre".

"L’idéologie anti-éolienne a trop influencé cette loi", a souligné un de ses représentants dans un communiqué.

Autre sujet sensible, l'encadrement de l'agrivoltaïsme, combinant agriculture et production d'énergie.

A fin 2022, la France affichait environ 66 GW de capacités électriques renouvelables totales réparties entre 40% pour l'hydraulique (barrages), 31% pour l'éolien terrestre et 24% pour le photovoltaïque.

Une étude publiée fin janvier a estimé que la France ne devrait pas atteindre les objectifs qu'elle s'était fixés pour le déploiement des énergies renouvelables électriques sur la période 2019-2023.

Pour l'éolien terrestre, l'objectif officiel de 24,1 gigawatts (GW) de capacités installées établi pour fin 2023 "ne sera pas atteint", le pays parvenant à peine à 20 GW à fin septembre 2022, note ce baromètre annuel Observ'ER.

Du côté du photovoltaïque, malgré un rythme de croissance accru depuis 2021 et un "relèvement partiellement confirmé en 2022 (...) le secteur n'est toujours pas dans la bonne trajectoire", ajoute l'Observatoire qui se base, entre autres, sur les données d'Enedis et d’EDF.

Ce texte n'est que le premier volet d'un triptyque sur l'énergie. Au printemps, l'exécutif compte défendre à l'Assemblée nationale le projet de loi favorisant la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, voté aisément en première lecture au Sénat le 24 janvier.

Puis le Parlement se prononcera, au mieux cet été, sur le futur énergétique de la France, avec la loi de programmation pluriannuelle, fixant la part de chaque énergie.

Un dernier texte qui prendra en compte le débat public sur le nucléaire, mais que les parlementaires auraient souhaité examiner avant les deux textes techniques d'accélération.


Retraites: 3e round dans la rue pour la réforme, déjà sur le ring de l'Assemblée

Sur cette photo prise le 31 janvier 2023, des manifestants défilent lors d'une deuxième journée de grèves et de manifestations nationales contre le projet de réforme des retraites du gouvernement, à Nantes (Photo, AFP).
Sur cette photo prise le 31 janvier 2023, des manifestants défilent lors d'une deuxième journée de grèves et de manifestations nationales contre le projet de réforme des retraites du gouvernement, à Nantes (Photo, AFP).
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  • Les huit principaux syndicats français (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) entendent bien continuer à mettre la pression à l'exécutif
  • Avec plus de 200 rassemblements prévus dans le pays, une source sécuritaire évoque une fourchette de 900 000 à 1,1 million de manifestants, dont 70 000 maximum à Paris

PARIS: Classes fermées, trains annulés et nombreux défilés: les syndicats espèrent une troisième mobilisation massive mardi contre la réforme des retraites, pour maintenir la pression sur les députés qui viennent d'ouvrir les hostilités dans l'hémicycle.

Unis contre le report de l'âge légal à 64 ans, les huit principaux syndicats français (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires, FSU) entendent bien continuer à mettre la pression à l'exécutif, après deux journées réussies à plus d'un million de manifestants - selon les autorités.

"Vous ne pouvez pas être député et ne pas regarder combien de personnes manifestent dans votre circonscription!", a lancé le leader de la CFDT, Laurent Berger dans la Croix, mardi.

La bataille des retraites a en effet débuté depuis lundi à l'Assemblée dans une ambiance houleuse. Préludes à des débats électriques, la motion de rejet déposée par la gauche a été rejetée en début de soirée avant que la demande de référendum du RN pour contester la réforme ne soit elle aussi repoussée par l'Assemblée.

Au deuxième jour de l'examen du texte, les députés auront l'œil sur les mobilisations qui pourraient cependant marquer le pas, comme dans le secteur clé des transports où les grèves auront un peu moins d'impact sur le trafic. La circulation des trains et des métros restera quand même "fortement perturbée" à la SNCF et à la RATP.

La promesse d'une nouvelle journée de "galère" pour Walid Dabour, habitant des Yvelines qui "bouge tout le temps pour aller sur des chantiers différents". Pour les autres, la solution, sans transports, rimera avec "télétravail".

Moins de grévistes attendus aussi chez les enseignants, début des vacances d'hiver oblige. La FSU n'a d'ailleurs pas avancé de chiffres pour les écoles primaires cette fois-ci. Des actions dans des lycées et des universités ne sont pas exclues, comme à Rennes-2 où les étudiants ont voté le blocage lundi.

Avec plus de 200 rassemblements prévus dans le pays, une source sécuritaire évoque une fourchette de 900 000 à 1,1 million de manifestants, dont 70 000 maximum à Paris.

Pour encadrer les foules, 11 000 policiers et gendarmes seront mobilisés, dont 4 000 dans la capitale, où plus de 1 000 "gilets jaunes" et 400 "radicaux" sont attendus.

«Un problème démocratique»

Les syndicats savent qu'il leur sera difficile de dépasser le record du 31 janvier - 1,27 million selon la police. Aussi le N.1 de la CFDT se projette vers la prochaine journée de samedi: "nous voulons en faire une fête du travail, avec des cortèges pacifiques et festifs".

"Jusque-là les manifestations le mardi je ne pouvais pas à cause du travail, mais le samedi j'irai", illustre André Sivanos qui réside dans le Val d'Oise.

Mais la suite reste incertaine. "Si on n'est pas entendus, je pense que le climat va largement se dégrader", prédit le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, redoutant "un problème démocratique" si les députés "votent des lois qui sont contraires à ce que veut le peuple".

Ses troupes se tiennent prêtes à hausser le ton dès la semaine prochaine, notamment dans l'énergie. "S'il faut aller vers un blocage plus large, on ira sans doute", prévient la patron de la CGT-Energie, Fabrice Coudour.

Pas de quoi faire reculer un gouvernement déterminé à tenir la promesse de campagne d'Emmanuel Macron. "C'est la réforme ou la faillite", affirme le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal.

"L'immobilisme n'est pas permis", insiste son collègue, Olivier Dussopt. Fragilisé par des soupçons de "favoritisme" dans l'attribution d'un marché public lorsqu'il était maire d'Annonay (Ardèche), le ministre du Travail s'est dit "ouvert aux améliorations" sur le fond du texte.

Après les concessions accordées sur les petites pensions, puis les carrières longues, il a évoqué un "bilan d'étape" au Parlement, avant la présidentielle de 2027. Une nouvelle main tendue à la droite, dont les voix seront cruciales pour éviter à l'exécutif de recourir à l'arme du 49.3.

Les chances que tous ces sujets soient abordés sont cependant minimes: plus de 20 000 amendements ont été déposés, essentiellement par la gauche, rendant improbable un vote avant la date-butoir du 17 février.