Nigeria: après la déradicalisation, la désillusion des repentis de Boko Haram 

Dans cette région ravagée par le conflit, où 4,3 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire selon l’ONU, les millions de dollars investis pour réhabiliter les anciens combattants sont parfois très mal vus par la population qui manque de tout. (Photo, AFP)
Dans cette région ravagée par le conflit, où 4,3 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire selon l’ONU, les millions de dollars investis pour réhabiliter les anciens combattants sont parfois très mal vus par la population qui manque de tout. (Photo, AFP)
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Publié le Jeudi 02 septembre 2021

Nigeria: après la déradicalisation, la désillusion des repentis de Boko Haram 

  • Abubakar, 48 ans, cultivait ses champs et ne manquait de rien, jusqu’au jour où Boko Haram a envahi son village de l’Etat du Borno, épicentre de l’insurrection
  • «Malgré la peur d'être capturés par les djihadistes, rester n’était pas une option»

MAIDUGURI: Assis sur des nattes, quatre hommes aux frêles silhouettes battues par le vent du désert cousent de petits chapeaux traditionnels, histoire de rompre l’ennui. Non loin, les femmes font bouillir des marmites et les enfants jouent entre les abris de tôle érigés sur la terre sèche.


Dans le Nord-Est du Nigeria, la scène est banale. Elle se répète à l'infini dans les innombrables camps qui accueillent quelque deux millions de déplacés fuyant l'insurrection jihadiste de Boko Haram.


Mais ce n’est pas vraiment l’avenir qu’avaient imaginé Aliyu, Abubakar, Muhammad et Mallam - dont les noms ont été changés par mesure de sécurité: présentés comme d'anciens combattants du groupe islamiste Boko Haram, ils ont intégré le programme de "déradicalisation" du gouvernement nigérian.


Après des années de détention traumatisantes, selon eux, dans des cellules sales et surpeuplées, les quatre hommes ont fini par échouer dans ce camp, sans argent ni travail, bien loin du nouveau départ que leur avait promis le gouvernement.


Le Nigeria a lancé en 2016 l’Opération "Safe Corridor", offrant la possibilité de déposer les armes à ceux qui se portent volontaires. Il mène en parallèle des offensives militaires contre les insurgés de Boko Haram et de sa branche dissidente, L’Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap). Le conflit a fait plus de 40 000 morts en 10 ans.


Mais tous ne sont pas éligibles. Les profils des combattants sont d'abord passés au peigne fin pour sélectionner ceux qui présentent une menace "faible", avant leur transfert dans un centre de déradicalisation à Mallam Sidi, une ville de l’Etat de Gombe (Nord-Est).


Pendant six mois, ils sont censés suivre des cours d’alphabétisation, une formation professionnelle et religieuse et reçoivent une aide psychosociale.


Les Etats-Unis, l'Union européenne et la Grande-Bretagne ont déboursé des millions de dollars pour financer le programme, soutenu par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et coordonné par l’armée nigériane.

Détenus par «erreur»

Pour son patron, le général Mohammed Maina, "l'opération Safe Corridor a enregistré d'énormes succès".


"Plus de 800 ex-combattants repentis ont été déradicalisés, réhabilités et réintégrés avec succès", a-t-il assuré dans une réponse écrite à l'AFP début juillet.


D'autres pourraient bientôt suivre: l'armée a annoncé début août examiner les cas de 335 combattants qui se sont récemment rendus.


Pourtant, d’après les quatre hommes rencontrés, le parcours de sortie est assez éloigné de la version officielle: ils affirment avoir été détenus pendant des années sans faire l’objet de poursuites et dans des conditions très rudes, avant de pouvoir accéder au programme de réhabilitation.


Pire, deux d'entre eux, Abubakar et Mallam se présentent comme des cultivateurs n’ayant jamais collaboré avec les jihadistes et détenus à tort avec beaucoup d’autres citoyens ordinaires, y compris des enfants.


Leurs parcours individuels sont difficiles à vérifier, mais ces dernières années, plusieurs rapports, notamment de l’Agence américaine de développement (Usaid) et de l'ONG Amnesty International, ont documenté des centaines de témoignages similaires.


Dans un rapport publié cette année, le think-tank International Crisis Group (ICG) rapporte que, selon les personnes ayant suivi le programme qu’il a interrogées, pas plus d’un quart des pensionnaires du centre de réhabilitation étaient réellement membres de Boko Haram


"La plupart des autres (...) sont des civils ayant fui les zones contrôlées par Boko Haram, que les autorités ont considéré à tort comme des jihadistes et détenus avant de les inclure dans Safe Corridor", affirme le rapport.


Des allégations démenties par le général Maina: "les ex-combattants sont sélectionnés après un profilage et une enquête approfondis".


Par ailleurs, selon une source très bien informée et ayant requis l'anonymat, plusieurs dizaines d’ex-combattants de haut rang -- dont des commandants -- sont également passés par le centre de déradicalisation de Gombe, dans le cadre d'un programme différent.

«Pris au piège»

Abubakar, 48 ans, cultivait ses champs et ne manquait de rien, jusqu’au jour où Boko Haram a envahi son village de l’Etat du Borno, épicentre de l’insurrection.


A partir de ce jour-là, "mes revenus ont commencé à diminuer parce qu'ils prenaient nos récoltes (...) même la nourriture que nous préparions", raconte ce père de trois enfants.


"Ils nous observaient, nous surveillaient (...) nous étions pris au piège. Nous n’avions pas le choix, ils avaient des armes."


Mallam, 52 ans, cultivait du sorgho et des haricots dans un autre village du Borno.


Quand ils sont arrivés, les jihadistes ont ordonné aux hommes de laisser pousser leur barbe et aux femmes de rester à la maison. Il raconte avoir une fois reçu 80 coups de fouet pour avoir acheté des cigarettes.


Les deux agriculteurs ont décidé de s'échapper avec leurs familles.


"Nous sommes partis au milieu de la nuit (...) Nous étions une centaine", affirme Abubakar qui avait entendu à la radio le gouvernement appeler les civils à quitter les zones occupées par Boko Haram.


Malgré la peur d'être capturés par les djihadistes, rester n’était pas une option.


"Nous savions qu'un jour ils nous tueraient parce que nous ne les acceptions pas", explique Mallam, qui a cinq enfants.


Mais une fois en territoire contrôlé par l'armée, les deux agriculteurs affirment avoir été arrêtés. Soupçonnés de soutenir les insurgés, ils ont été emmenés à la caserne de Giwa, aux conditions de détention tristement célèbres, à Maiduguri, la capitale du Borno.


Ce ne serait que la première étape d'un long parcours carcéral.

«Pas de nourriture, pas de toilettes»

Abubakar et Mallam assurent y avoir passé respectivement huit et quatre mois.


"Il n'y avait pas de nourriture, pas de toilettes, des parasites partout (...) les gens mouraient tous les jours", raconte Mallam.


Abubakar et son fils de 13 ans occupaient une cellule avec 450 personnes. "Nous devions tous nous tenir debout tellement c'était plein", se souvient-il.


Puis ils ont été séparés. Mallam assure avoir appris la libération de son fils au bout de quelques mois à Giwa, seulement six ans plus tard, à sa sortie du programme.


En 2016, Amnesty avait accusé l'armée de détenir en masse et sans "aucune preuve" des membres et sympathisants présumés de Boko Haram sur des sites militaires, tels que Giwa.


"Ils ont dû être impliqués, volontairement ou non", a réagi le porte-parole de l'armée, Onyema Nwachukwu, à propos des agriculteurs Mallam et Abubakar. "Nous ne détenons pas les gens de manière arbitraire", a-t-il déclaré à l'AFP.


Pour les militaires, tout activité consistant à fournir des vivres, du carburant ou des médicaments à Boko Haram, même sous la contrainte, suffit à rendre quiconque suspect.


D’après M. Nwachukwu, l’armée "n'arrête pas les enfants" mais les femmes détenues après avoir rejoint les rangs de Boko Haram demandent parfois à garder leurs enfants avec elles.

«Se battre était notre devoir»

Les anciens combattants Aliyu et Muhammad ont eux aussi séjourné à la caserne de Giwa après leur rédition, et en gardent un souvenir amer.


"Ils nous ont dit que nous allions passer deux à trois mois à Giwa (…) mais cela s'est transformé en 18 mois", a déclaré Muhammad. "C'était vraiment horrible".


Aliyu avait 18 ans lorsqu’un voisin a commencé à lui parler du "gouvernement corrompu", à lui enseigner sa vision de l’islam et à lui donner de l’argent. C'est comme ça qu’il s’est "radicalisé".


Un jour, il a quitté village et parents, jusqu’à la forêt de Sambisa, principal fief de Boko Haram.


Après avoir étudié le Coran et s’être formé au maniement des armes, Aliyu, aujourd'hui âgé de 28 ans, est devenu trafiquant d'armes, puis combattant, prenant part à de "grandes attaques".


"Nous l'avons fait à cause de la religion", assure-t-il. "C'était notre devoir".


Muhammad, 25 ans, était encore enfant et mendiait dans la rue quand il a rencontré un prédicateur qui lui a parlé de Mohammed Yusuf, le fondateur de Boko Haram.


L'homme, devenu son mentor, l'a envoyé dans une école religieuse à "Fallujah" - les jihadistes nigérians donnent souvent aux lieux des surnoms irakiens ou afghans – avant de partir pour le "jihad".


"J'étais impatient de me battre", raconte Muhammad, alors analphabète.  "Je comprenais que nous étions en guerre contre le gouvernement. On nous enseignait que c’était la bonne voie."


Tous deux disent avoir fait partie de Boko Haram pendant environ six ans, mais peu à peu, l‘engouement du début a fait place au doute face à l’attitude de leurs compagnons d’armes.


"Ils faisaient des choses sans raison (...) tuer, voler, ce qui est contraire aux enseignements religieux. Et j’en ai vu certains prendre de la drogue", raconte Muhammad.


À l'époque, la contre-offensive de l’armée nigériane, grâce au soutien militaire des pays voisins comme le Tchad et le Cameroun, lui permet de reprendre certains pans de territoire occupés par les insurgés.


Quand les deux apprenti-jihadistes entendent parler de l’opération "Safe corridor", et de la possibilité de suivre une formation professionnelle, ils décident de franchir le pas.


Mais ils devront attendre près de deux ans avant de pouvoir rejoindre le programme de déradicalisation.

«Alternatives viables»

Le porte-parole de l'armée, M. Nwachukwu, reconnaît que le processus n’est "pas automatique", estimant qu’il faut du temps "pour s’assurer qu'ils ont véritablement abandonné la lutte".


Les donateurs et partenaires internationaux ont émis de nombreuses critiques sur le "profilage" qui vise aussi à repérer les suspects de plus grande envergure en vue d'éventuelles poursuites.


Cela "reste opaque, sans supervision indépendante, sans archivage ni définition publique des critères de sélection", a souligné l'Usaid dans un rapport.


Les repentis Muhammad et Aliyu disent que l'essentiel de leurs codétenus n'étaient pas des jihadistes.


"Dans ma cellule de 260 personnes, nous étions 12 vrais Boko Haram", assure Aliyu.


"C'est franchement de l'injustice", renchérit Muhammad. Parmi ses 300 co-détenus, "les vrais Boko Haram n’étaient pas plus de 20".


L’AFP n’a pas pu vérifier ces chiffres. Le directeur du programme, M. Maina, assure que le processus de vérification à Giwa "est peut-être imparfait, mais il est toujours très minutieux".


Dans des documents officiels consultés par l'AFP, le gouvernement nigérian reconnaît que certains "collaborateurs"  – volontaires ou contraints- de Boko Haram sont victimes de l'insurrection, mais affirme que Safe Corridor leur offre des "alternatives viables".


Après Giwa, pour la deuxième phase de leur détention, les agriculteurs Abubakar et Mallam ont été transférés à la prison de haute sécurité de Maiduguri, où ils ont passé trois années de plus sans être inculpés.


"J'espérais que les militaires me protègent, mais ça a été le contraire", dit aujourd’hui Abubakar.


Aliyu, Muhammad, Abubakar et Mallam sont finalement arrivés à leur destination: le centre de réhabilitation de Gombe. Pendant un an, ils ont pu apprendre à lire et écrire, la menuiserie et la soudure ou encore s'entretenir avec des éducateurs sociaux.


"Nous pouvions dormir, nous avions des moustiquaires, des oreillers", explique Abubakar.


Ils ont lu des textes qui contredisent le discours jihadiste. Les deux ex-combattants admettent que le programme a modifié leur point de vue.


"Aujourd'hui, si quelqu'un voulait partir faire le jihad, je lui dirais +suis ta propre religion chez toi, mais ne va pas te battre+", a déclaré Aliyu.


"Ils (Boko Haram) ont trahi ma compréhension du jihad pour servir leurs intérêts personnels", assène Muhammad.


Mais pour les deux agriculteurs, Abubakar et Mallam, le séjour à Gombe n'était qu'une détention prolongée de plus: "nous avons été envoyés là-bas pour souffrir", s'insurge Mallam.

Pas de travail 

Quel avenir attendait finalement ces hommes après toutes ces années passées derrière les barreaux et au centre de déradicalisation?


Après avoir prêté allégeance à l'Etat nigérian et promis de ne pas retourner combattre, les pensionnaires de Gombe reçoivent généralement 20 000 nairas chacun (environ 42 euros) et sont envoyés dans un centre de transit avant d'être libérés.


"Des liens sont établis avec les communautés" pour préparer leur retour et les autorités locales sont chargées d’assurer leur réintégration, selon M. Nwachukwu.


Lorsque Mallam a retrouvé sa femme après presque cinq ans de détention, la faim l'avait complètement transformée.


"Elle avait vécu dans un camp où il n'y a pas de nourriture (...) Mes parents sont morts et tous nos enfants souffrent de malnutrition."


Même les anciens combattants Aliyu et Muhammad, qui répondaient aux critères d’anciens combattants à "faible risque" et ont bénéficié d’une amnistie, remettent en cause la réussite du programme.


Ils vivent désormais comme des parias et gagnent à peine un euro par jour dans un camp de déplacés, sans perspective d’avenir, stigmatisés par leur communauté.


"Ils nous ont parlé d'emploi, mais au final, il n'y a pas d'emploi", regrette Muhammad. "Quel type de vie est-ce là ? Je regrette de m'être rendu".


Dans cette région ravagée par le conflit, où 4,3 millions de personnes sont en situation d'insécurité alimentaire selon l’ONU, les millions de dollars investis pour réhabiliter les anciens combattants sont parfois très mal vus par la population qui manque de tout.


"Les efforts de réintégration sont louables (...) mais il y a beaucoup d'animosité, les gens sont en colère", explique Mariam Oyiza qui dirige une association soutenant les femmes victimes de violences.


Malgré tout, alors que des centaines de défections ont été enregistrées ces derniers mois, le gouvernement fédéral et les donateurs espèrent que le programme encouragera des milliers d'autres insurgés à déposer les armes.


Pour cela, les autorités nigérianes doivent montrer qu'elles "sont capables d’accompagner les détenus jusqu'à l'obtention de leur diplôme et de les réintégrer dans la société en toute sécurité", estime l'ICG. "À ce jour, Safe Corridor n'est pas en mesure d'offrir ce type d'assurances".


Trump avertit qu'il va frapper «fort» l'Iran, après des attaques contre des bases américaines

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays. (AFP)
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  • "Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News
  • La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran

TEHERAN: Donald Trump a averti que les Etats-Unis allaient frapper "fort" l'Iran après des tirs iraniens contre des bases américaines en Jordanie, relançant, après quelques jours d'accalmie, le conflit qui s'étend au Moyen-Orient.

L'armée américaine a annoncé dans la nuit avoir intercepté des missiles visant en provenance de l'Iran ses  forces "basées au Moyen-Orient". La télévision iranienne a ensuite fait état de frappes américaines dans le nord-ouest du pays.

Cette reprise des hostilités, suspendues depuis samedi, a ravivé les inquiétudes pour l'approvisionnement en or noir. Vers 12H00 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, s'échangeait à 87,99 dollars, en hausse de 4,64%.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", a déclaré le président américain dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

La Jordanie, alliée de Washington et ciblée déjà par Téhéran, avait dit tôt mercredi avoir abattu cinq missiles venus d'Iran.

Les Gardiens de la Révolution iraniens, puissante force armée, ont revendiqué une attaque de missiles contre "une base aérienne et le centre de commandement central des Etats-Unis".

"Violation flagrante" 

Washington a de son côté annoncé des frappes en Irak contre des groupes armés pro-iraniens, menées conjointement avec l'Arabie saoudite, visée plus tôt par des missiles en provenance du territoire irakien.

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens -  et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

Cette coalition a dénoncé une "escalade dangereuse".

Si M. Trump a affirmé, selon le journaliste de Fox News, que les frappes étaient "coordonnées avec le gouvernement irakien", la présidence irakienne a dénoncé une "violation flagrante de la souveraineté de l'Irak".

Le Conseil ministériel irakien pour la sécurité nationale a ensuite indiqué avoir adopté "un plan de sécurité global (...) pour faire face à toute violation de la souveraineté de l’Irak et empêcher toute entité d’utiliser le territoire irakien pour menacer les États voisins".

Les groupes pro-iraniens en Irak ont démenti être derrière les tirs ayant visé des installations pétrolières dans l'est de l'Arabie saoudite.

"Des avions de combat américains et saoudiens ont frappé plusieurs sites logistiques et d'armement terroristes dans l'est de l'Irak", a écrit le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom).

Téhéran a également condamné les frappes dans le pays voisin. Sa télévision d'Etat a fait état dans l'après-midi de bombardements américains sur une ville à la frontière avec l'Irak.

A Téhéran, des habitants exhalent leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières échanges de frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, resté relativement calme depuis 2022, opposant les rebelles yéménites houthis à l'Arabie saoudite.

Ryad soutient militairement le gouvernement yéménite face aux Houthis, soutenus par l'Iran.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Guerre par procuration" 

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...) La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", déclare à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

Le gouvernement yéménite a accusé mercredi les Houthis de vouloir imposer des droits de passage aux navires transitant par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, un goulet d'étranglement à son extrémité sud.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule.

Les Gardiens iraniens ont d'ailleurs annoncé mercredi avoir frappé et arrêté trois pétroliers qui tentaient de franchir ce détroit, par lequel transitait avant la guerre quelque 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde.

Washington avait dit la semaine dernière vouloir "laisser de la place aux négociations" avec les Iraniens, avec une pause dans les hostilités.

Les nouvelles frappes mercredi sont intervenues au lendemain de la visite à Washington du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui a rencontré Donald Trump pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, déclenchée par des attaques de leurs pays contre l'Iran le 28 février.


Plus personne à la rue : un défi de taille pour le nouveau Premier ministre britannique

Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
Des tentes alignées pour des personnes sans domicile sont photographiées dans une rue de Londres le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham promet d'en finir avec le sans-abrisme, malgré un bilan mitigé à Manchester et une hausse record des sans-abri en Angleterre
  • Les experts jugent que 340 M£ ne suffiront pas et réclament davantage de logements sociaux et d'investissements

LONDRES: En arrivant à Downing Street, Andy Burnham s'est engagé à ce que plus personne ne dorme dans la rue au Royaume-Uni. Une promesse ambitieuse que le nouveau Premier ministre avait déjà faite en tant que maire du Grand Manchester, avec un résultat mitigé.

Sur une petite place du centre de Londres, Kevin, 60 ans, vend "The Big Issue", un journal au profit des sans-abri.

"Ca me permet de tenir le coup", dit cet homme sans domicile fixe depuis sa sortie de prison en 2010.

Interrogé sur l'engagement du nouveau chef du gouvernement travailliste, qui a pris ses fonctions le 20 juillet, il se montre sceptique : "Je pense que ça ne veut rien dire: il vient de Manchester et n'a pas réussi à régler le problème là-bas".

Pour Kevin, qui dort sous une tente, les centres d'hébergement ne sont pas toujours préférables à la rue. "J'ai fréquenté trois foyers différents dans le centre de Londres et je n'y mettrais même pas mon chien. C'était dégoûtant. On voyait des seringues partout".

- Records -

En 2017, tout juste élu maire de l'agglomération de Manchester, Andy Burnham avait annoncé le programme "A Bed Every Night" ("Un lit chaque nuit"), qui a permis de faire passer le nombre des personnes dormant dans la rue de 268 cette année-là à 90 en 2021, selon les autorités locales. Mais ce chiffre est remonté à 197 en 2025.

Dans toute l'Angleterre, le nombre des gens à la rue a atteint en 2025 un record de 4.793, selon les chiffres du gouvernement. Et le groupe de réflexion Institute for Public Policy Research (IPPR) s'attend à voir ce chiffre augmenter de 25% d'ici à 2030.

Plus largement, 382.000 personnes n'avaient pas de domicile permanent en 2025 en Angleterre, selon l'association Shelter.

Les collectivités locales, compétentes pour s'occuper des sans-abri mais confrontées à des coupes budgétaires, peinent à lutter contre ce phénomène.

Des associations prennent le relais, telle "Hackney Night Shelter" qui offre gratuitement un lit à une vingtaine de personnes pendant deux semaines au maximum.

Les stores à lamelles grises des dortoirs rappellent le passé du bâtiment, qui abritait autrefois des bureaux, même si l'association a su aménager l'espace pour le rendre accueillant.

Mark Palframan, 61 ans, son directeur, salue l'objectif d'Andy Burnham. "C'est un objectif réaliste", estime-t-il, à condition d'y consacrer les ressources suffisantes.

- Travailleurs sans abri -

Situation préoccupante, beaucoup de personnes sans domicile fixe ont un emploi. Le refuge a en particulier hébergé des assistants d'éducation et des professionnels du cinéma.

"Autrefois, le travail permettait de sortir du sans-abrisme", souligne M. Palframan, pour qui il serait utile de s'attaquer au coût de la vie, d'améliorer les droits des locataires et d'accélérer les procédures d'asile.

Eddie, un Lituanien de 46 ans, a travaillé pendant la moitié des 20 années qu'il a passées au Royaume-Uni.

Portant un treillis militaire, il se prépare à passer une nouvelle nuit dehors dans le quartier branché d'Hackney, à Londres.

"Je travaillais pour une entreprise de déménagement. Quand elle a arrêté de me payer, (...) je n'ai plus pu payer mon loyer, alors j'ai vécu dans le camion que j'utilisais pour le travail", explique-t-il.

Bénéficiaire d'allocations pour handicap, Eddie a aussi vécu dans un squat qui a été fermé après l'interdiction en 2012 des occupations illégales d'immeubles résidentiels abandonnés.

- Bâtiments vides -

"Il y a des bâtiments vides, pourquoi ne pas laisser les gens y vivre ?", interroge-t-il.

L'association londonienne Street Storage, quant à elle, met des espaces de stockage à la disposition des sans-abri.

Il y avait un chef cuisinier qui "rangeait ici sa tenue et ses couteaux de cuisine, dormait dehors pendant la journée, venait les récupérer le soir, travaillait de nuit, les rapportait le matin", raconte sa dirigeante, Rachel Woolf.

Andy Burnham s'est engagé à consacrer 340 millions de livres (près de 400 millions d'euros) pour mettre fin au sans-abrisme "au plus vite".

Cette somme ne suffira pas "à régler le problème", commente Maya Singer Hobbs, chercheuse à l'IPPR, qui insiste sur la nécessité de construire plus de logements sociaux.

Ce qui requiert un "investissement initial" important mais permettrait de "réaliser des économies" sur le long terme, souligne-t-elle. Le coût s'élèverait toutefois à plusieurs "milliards" et il ne faut donc pas s'attendre à des annonces avant que le gouvernement ne présente son budget plus tard dans l'année.


Séisme au Japon: plusieurs dizaines de blessés, des personnes piégées dans un centre commercial

Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé. (AFP)
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  • Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée
  • La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA

TOKYO: Un puissant séisme a secoué mardi le sud-ouest du Japon, causant plusieurs dizaines de blessés, faisant s'effondrer des bâtiments et provoquant des incendies, la télévision faisant état de "nombreux" morts dans un centre commercial endommagé.

A Kashima, dans le département de Kumamoto touché par la secousse, le deuxième étage d'un centre commercial s'est effondré, piégeant de "nombreuses personnes" à l'intérieur, ont annoncé les services de secours. Une déflagration y avait été entendue.

Selon la chaîne de télévision privée TBS, un "nombre considérable" de personnes y ont trouvé la mort. Contactée par l'AFP, la police locale s'est dite incapable de confirmer d'éventuelles victimes à ce stade.

Le tremblement de terre survenu à 16H27 (07H27 GMT) sur l'île de Kyushu, était de magnitude 7,1 selon l'agence météorologique nippone JMA. Une alerte au tsunami émise après la secousse a été levée.

La secousse a par ailleurs atteint le niveau maximum (7) sur une échelle distincte utilisée au Japon, qui mesure la force avec laquelle les séismes sont ressentis à un endroit donné, selon la JMA.

Des images de télévision montraient des ponts routiers en partie détruits, des bâtiments éventrés et des wagons de trains de marchandises renversés.

"Nous évaluons encore l'ampleur des blessés et des dégâts matériels", a déclaré la Première ministre Sanae Takaichi lors d'une intervention télévisée.

"Des coupures de courant et des incendies se produisent dans certaines zones, des routes et ponts ont été endommagés, et des bâtiments se sont effondrés", a-t-elle ajouté.

La télévision publique NHK faisait état d'au moins 50 personnes hospitalisées après le séisme et de 12 habitations effondrées près de la ville de Yatsushiro.

"Terrifiée"

"La secousse a été assez forte et a duré longtemps. J'étais terrifiée", a confié à l'AFP Chiharu Hara, une recruteuse de 35 ans en déplacement professionnel dans le département de Kumamoto.

Dans les locaux de son client, "rien n'est tombé du plafond, mais le bâtiment a violemment oscillé. J'ai eu peur qu'il s'effondre. Tout le monde a paniqué", explique-t-elle, ajoutant que les routes sont partiellement fermées et faisant état de problèmes de connexion téléphonique.

"Lorsque le séisme s'est produit, les secousses étaient si fortes que je ne pouvais pas rester debout", a déclaré à la télévision un employé de la NHK dans le département de Kumamoto

"C'était vraiment très fort. Les secousses se poursuivent à l'heure où je vous parle", ajoutait-il.

Aucune anomalie immédiate n'a été constatée dans les centrales nucléaires de la région, selon l'Autorité japonaise de régulation nucléaire.

Quelque 45.000 foyers et installations sont privés d'électricité dans le département de Kumamoto, selon l'opérateur Kyushu Electric Power, qui a précisé que trois réacteurs nucléaires de la région continuaient de fonctionner normalement.

Le géant taïwanais des puces électroniques TSMC, qui a ouvert une usine de semi-conducteurs à Kumamoto en 2024 et en construit une autre dans cette région, a indiqué à l'AFP avoir évacué son personnel par mesure de précaution.

Séismes meurtriers 

Kumamoto avait été frappé en 2016 par deux séismes dévastateurs -- l'un de magnitude 6,5, suivi deux jours plus tard par un autre de magnitude 7,3. Ils ont fait 273 morts et plus de 2.800 blessés.

Un séisme de magnitude 7,2 avait par ailleurs frappé le nord du Japon le 25 juin dernier, sans faire de morts ni causer de dégâts importants.

Le Japon est l'un des pays les plus exposés aux séismes au monde, situé à la jonction de quatre grandes plaques tectoniques le long de la bordure occidentale de la "ceinture de feu" du Pacifique.

L'archipel, qui compte environ 125 millions d'habitants, enregistre généralement plusieurs centaines de secousses chaque année et représente environ 18% des séismes recensés dans le monde.

La très grande majorité d'entre eux sont de faible intensité, même si les dégâts qu'ils provoquent varient en fonction de leur localisation et de la profondeur à laquelle ils se produisent sous la surface terrestre.

Le pays reste marqué par le gigantesque séisme sous-marin de magnitude 9,0 survenu en 2011, qui avait déclenché un tsunami faisant quelque 18.500 morts ou disparus et provoqué la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima.