La rivalité entre grandes puissances alimente la course folle à l'armement dans le Pacifique

Le sous-marin d'attaque rapide de classe Virginia USS Illinois (SSN 786) est vu à la base commune Pearl Harbor-Hickam le 13 septembre 2021. (Photo de l'US Navy via AP)
Le sous-marin d'attaque rapide de classe Virginia USS Illinois (SSN 786) est vu à la base commune Pearl Harbor-Hickam le 13 septembre 2021. (Photo de l'US Navy via AP)
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Publié le Vendredi 17 septembre 2021

La rivalité entre grandes puissances alimente la course folle à l'armement dans le Pacifique

  • « Il y a une petite frénésie à s'armer dans la région indo-pacifique », souligne John Delury, professeur à l'université Yonsei (Corée du Sud)
  • Cette activité exceptionnelle traduit une volonté de la région de dépenser sans compter pour se doter des dernières et meilleures technologies en matière d'armement, selon les experts

SYDNEY : Les tests de missiles et achats d'armes cette semaine dans la région Pacifique ont mis en lumière l'intensification de la course à l'armement dans cette partie du globe dans un contexte de tensions croissantes entre la Chine et les Etats-Unis.

"Il y a une petite frénésie à s'armer dans la région indo-pacifique", souligne John Delury, professeur à l'université Yonsei (Corée du Sud). "On a l'impression que tout le monde s'y met".

Cette semaine, en l'espace de 24 heures, la Corée du Nord a tiré deux missiles balistiques embarqués, la Corée du Sud son premier missile balistique depuis un sous-marin et, de son côté, l'Australie annonçait l'achat de sous-marins américains à propulsion nucléaire et de missiles de croisière à la pointe de la technologie.

Cette activité exceptionnelle traduit une volonté de la région de dépenser sans compter pour se doter des dernières et meilleures technologies en matière d'armement, selon les experts.

L'an dernier, à elle seule, la région Asie-Pacifique a dépensé plus d'un demi-milliard de dollars américains en matière de défense, selon les données de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm.

"On voit vraiment une tendance à la hausse depuis 20 ans", a expliqué à l'AFP Lucie Beraud-Sudreau, de cet Institut. "L'Asie est vraiment la région où cette tendance est la plus perceptible".

Mme Beraud-Sudreau souligne la concordance entre une croissance économique rapide -- qui fait entrer plus d'argent dans les caisses du gouvernement -- et un changement dans la "perception des menaces" pesant dans la région.

Big brothers

A elle seule, la Chine représente environ la moitié de ce montant, avec un budget annuel consacré à la défense en constante hausse depuis 26 ans, qui a permis de faire de l'Armée populaire de libération (APL) une force militaire moderne.

Pékin consacre désormais un montant estimé à 252 milliards de dollars par an à sa défense -- soit un budget en hausse de 76% par depuis 2011 -- ce qui lui permet de projeter ses forces dans toute la région et rivaliser ainsi directement avec les Etats-Unis.  

Les dépenses en matière de défense de l'Australie, de l'Inde, du Japon, de la Corée du Sud et dans le reste de la région augmentent également à un rythme rapide.

Michael Shoebridge, ancien responsable des services de renseignement de la défense australienne, aujourd'hui membre de l'Institut australien de stratégie politique, estime que ces dépenses sont réalisées en réaction à la Chine.

"La compétition en matière militaire est entre la Chine et les autres pays partenaires qui veulent dissuader Pékin  de recourir à la force", selon lui.

"Cette réaction ne fait que s'amplifier, notamment depuis que Xi (Jinping) est président. Il entend clairement utiliser tout le pouvoir acquis par la Chine de manière assez coercitive et agressive".

Aujourd'hui, près de 20% des dépenses dans la région en matière de défense sont consacrées aux achats d'équipement, notamment de moyens maritimes et de dissuasion à longue portée destinés à persuader Pékin - ou tout autre adversaire - que le coût d'une attaque serait trop élevé.

Pour M. Shoebridge, la décision historique de l'Australie de faire l'acquisition d'au moins huit sous-marins à propulsion nucléaire et de missiles de croisière Tomahawk illustre cette théorie de dissuasion: "Cela vise à accroître le coût d'un éventuel conflit militaire pour la Chine et permet de contrecarrer assez efficacement les moyens mis en place par l'APL".

Il estime également que les dépenses de la Corée du Sud "sont autant motivées par la Chine que par la Corée du Nord". "Il n'y a aucune explication à la décision (de Séoul de construire) un porte-avions par rapport à la Corée du Nord".

De même, "la modernisation militaire de l'Inde est clairement motivée par la puissance militaire croissante de la Chine", souligne M. Shoebridge. 

De son côté, la Chine - qui aime à qualifier sa relation avec les Etats-Unis de "rivalité entre grandes puissances" - les accuse d'alimenter la course aux armements.

Selon le Global Times, quotidien chinois au ton résolument nationaliste, Washington "polarise de manière hystérique son système d'alliance". 

Si la peur de la Chine est le moteur des dépenses de défense dans la région, les Etats-Unis semblent vouloir accélérer le processus, en aidant activement les alliés régionaux à se renforcer.

Alors que la Chine et le Japon "allaient de l'avant" avec leurs programmes de défense, M. Delury estime que Washington a "aidé et encouragé" les alliés à faire de même "sous prétexte de dissuader la Chine". 


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.


Double séisme au Venezuela: au moins 32 morts et plus de 700 blessés

Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
  • Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres
  • Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela

CARACAS: Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués.

Dans la capitale de ce pays d'Amérique latine de près de 30 millions d'habitants régulièrement frappé par des séismes, des photographes de l'AFP ont vu des secouristes et des habitants fouiller des immeubles réduits à des gravats. Des personnes étaient extirpées des décombres puis emmenées sur des brancards.

Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres. "Nous avons besoin de lampes torches !", lance l'un d'eux dans la nuit noire.

"A l'heure actuelle, nous avons reçu des informations faisant état de 32 morts" et "de plus de 700 blessés", a déclaré la présidente par intérim Delcy Rodriguez dans un message à la nation, après avoir déclaré l'état d'urgence.

Elle a précisé ne pas encore disposer de données concernant l'Etat de La Guaira, situé à proximité de la capitale et qui est selon elle la région la plus touchée. L'aéroport de Caracas, gravement endommagé selon elle, a été fermé.

Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela. "Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis", a assuré le président américain Donald Trump, tandis que Mme Rodriguez a indiqué s'être entretenue au téléphone avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé le président déchu Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.

La Chine et l'Inde ont elles aussi proposé leur aide, et plusieurs pays d'Amérique latine ont fait de même et exprimé leur solidarité, parfois au-delà de leurs divergences politiques. 


L'Iran accuse l'Otan de «complicité» dans la guerre menée contre lui

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
  • M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury"
  • "Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X

TEHERAN: Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury" lancée contre l'Iran le 28 février.

M. Rutte a également affirmé que l'aéroport de Bucarest avait réduit ses vols commerciaux pour laisser la place aux avions de ravitaillement utilisés dans le cadre de cette opération, et qu'entre 4.000 et 5.000 sorties d'avions américains avaient été effectuées depuis des bases européennes pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X.

"Le secrétaire général de l'Otan a explicitement désigné l'Italie et la Roumanie comme ayant participé à l'agression contre l'Iran", a souligné le porte-parole du ministère iranien.

"Ces pays, ainsi que tous les autres pays européens ayant apporté leur soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, doivent expliquer à leur propre population et au monde entier pourquoi ils ont choisi de se rendre complices de cet acte d'agression flagrant et de la perpétration d'atrocités de masse contre les populations iraniennes", a-t-il ajouté.

En Italie, le ministère de la Défense a condamné mercredi les propos de M. Rutte, estimant qu'ils avaient envoyé "un message complètement trompeur", Rome n'ayant permis aux Etats-Unis d'utiliser ses bases que pour des vols techniques et logistiques, et non des missions de combat.