Pérou : cinq questions sur la guérilla du Sentier lumineux

L'incinération vendredi du chef historique de la guérilla maoïste du Sentier lumineux, Abimael Guzman, décédé le 11 septembre à 86 ans, clôt un sombre chapitre du terrorisme au Pérou. (AFP)
L'incinération vendredi du chef historique de la guérilla maoïste du Sentier lumineux, Abimael Guzman, décédé le 11 septembre à 86 ans, clôt un sombre chapitre du terrorisme au Pérou. (AFP)
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Publié le Samedi 25 septembre 2021

Pérou : cinq questions sur la guérilla du Sentier lumineux

  • Si les dirigeants ont reconnu leur défaite et ne proclament plus la lutte armée, ils n'ont pas exprimé de regrets
  • La CVR a chiffré à près de 70 000 les morts ou disparus durant les 20 ans de conflit entre l'armée et les guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru

LIMA: L'incinération vendredi du chef historique de la guérilla maoïste du Sentier lumineux, Abimael Guzman, décédé le 11 septembre à 86 ans, clôt un sombre chapitre du terrorisme au Pérou entamé au début des années 80 et qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Qu'est-ce que le Sentier lumineux ? 

Le Sentier lumineux, issu d'une scission au sein du Parti communiste péruvien, est une guérilla d'extrême gauche qui a mené des actions violentes entre 1980 et 2000.


En mai 1980, l'organisation, qui trouve ses racines idéologiques dans la révolution chinoise de Mao Tsé-toung , entre en conflit avec l'Etat péruvien et tente d'obtenir le pouvoir par la force. 


Le mouvement se développe sur le terreau de la révolte indigène, des oubliés de la réforme agraire de 1969 et des étudiants sortant de l'université avec des diplômes inutilisables en raison de la ségrégation raciale et linguistique.


L'organisation a compté jusqu'à 5 000 combattants. 


En 2003, la Commission vérité et réconciliation (CVR), mise en place à l'issue du conflit, estime que cette guérilla a commis "des crimes d'une extrême gravité qui constituent des crimes contre l'humanité".

Qui était Abimael Guzman ?

Abimael Guzman, né en 1934 dans une famille de la classe moyenne, s'est lancé dans la lutte révolutionnaire au début des années 1960. 


Il abandonne sa chaire de philosophie et lance le Parti communiste du Pérou-Sentier lumineux, faction dissidente du PC péruvien.


Au milieu des années 1960, il se rend à plusieurs reprises en Chine où il assiste aux débuts de la Révolution culturelle. 


En 1979, il passe à la lutte armée clandestine avec le projet de porter la révolution depuis les campagnes vers les villes en s'inspirant du maoïsme.


Sa capture et celle de son état-major en 1992 avait démantelé en grande partie l'organisation.


Réputé impitoyable, le guérillero, qui se faisait appeler "Puka Inti" ("soleil rouge" en langue quechua), entretenait un culte de la personnalité parmi les partisans de son mouvement. 

Quels crimes ont été commis ?

Au départ, les guérilleros sont bien reçus par la population à laquelle ils distribuent des terres. Mais la situation dégénère avec les assassinats de paysans, de responsables communautaires et l'enrôlement d'enfants dans des milices ou les champs de coca.


Parmi ses actions les plus sanglantes : l'assassinat en 1984 de 117 paysans qui refusaient de soutenir la rébellion et l'attentat à la voiture piégée à Lima en 1992 qui fait 25 morts et 150 blessés.


La CVR a chiffré à près de 70 000 les morts ou disparus durant les 20 ans de conflit entre l'armée et les guérillas du Sentier lumineux et du Mouvement révolutionnaire Tupac Amaru (MRTA, guévariste). Le Sentier lumineux est responsable de 54% de ces victimes.

Que reste-t-il aujourd'hui du Sentier lumineux ?

La quasi-totalité des dirigeants sont désormais sous les verrous, mais il reste environ 200 combattants dirigés par Victor Quispe Palomino.


Ils opèrent dans la région montagneuse et reculée de la Vallée des fleuves Apurimac, Ene et Antaro (centre-sud), principal secteur de production de la coca au Pérou, où ils sont accusés d'être alliés avec les narcotrafiquants. 


Les dirigeants historiques ont toujours assuré que cette faction n'est pas sous leur commandement.

Repentance, réconciliation ?

Si les dirigeants ont reconnu leur défaite et ne proclament plus la lutte armée, ils n'ont pas exprimé de regrets.


Osman Morote, ex-numéro 2 de la guérilla, déclarait en 2017 depuis sa cellule : "la prison, c'est difficile, mais elle ne nous soumettra jamais, et elle ne réussira encore moins à entamer notre profonde conviction qui est que l'avenir appartient au prolétariat et au peuple".


Pour la CVR, la réconciliation a eu lieu entre l'Etat et les victimes qui ont souffert de violations des droits humains de la part de l'armée péruvienne qui a demandé pardon il y a plusieurs années. 


Mais elle n'a pas eu lieu avec le Sentier lumineux. Selon les experts, l'organisation pourrait participer à la vie politique, mais devrait d'abord donner des signes de repentance.


«Continuez à manifester», «l'aide est en route», lance Donald Trump aux Iraniens

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.  Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran. Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté. (AFP)
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  • La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option"
  • Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement

PARIS: Donald Trump a encouragé mardi les manifestants en Iran à renverser les institutions et a promis que "l'aide" arrivait, Téhéran dénonçant de son côté des "troubles orchestrés" pour servir de prétexte à une intervention militaire américaine.

"CONTINUEZ A MANIFESTER - PRENEZ LE CONTROLE DE VOS INSTITUTIONS!!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth social, soulignant que "beaucoup d'aide est en route".

Le président américain a menacé plusieurs fois d'intervenir militairement depuis le début le 28 décembre du mouvement, l'un des plus vastes depuis la proclamation de la République islamique en 1979.

La mission iranienne à l'ONU a accusé mardi les Etats-Unis de chercher à renverser le régime par la force, "des troubles orchestrés et le chaos servant de modus operandi pour fabriquer un prétexte à une intervention militaire".

Fils de l'ancien chah d'Iran chassé du pouvoir en 1979 et figure de l'opposition iranienne en exil aux Etats-Unis, Reza Pahlavi a assuré mardi aux manifestants que "le monde n'a pas seulement vu et entendu votre voix et votre courage, maintenant il répond".

La répression a fait au moins 734 morts selon l'ONG Iran Human Rights (IHR) basée en Norvège, qui estime toutefois que le nombre réel de morts pourrait s'élever à plusieurs milliers.

Des rapports crédibles font état "de tueries à grande échelle menées par les forces de sécurité à travers le pays", affirme également l'ONG Human Rights Watch.

De nouvelles vidéos, authentifiées par l'AFP, sont apparues sur les réseaux sociaux montrant des dizaines de corps alignés dans une mosquée au sud de la capitale iranienne.

"Tirs au hasard" 

Les condamnations internationales ont afflué mardi: l'ONU s'est dit "horrifiée" et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dénoncé un bilan "effroyable" et dit plancher sur de nouvelles sanctions contre Téhéran.

L'UE et des capitales européennes ont convoqué les ambassadeurs iraniens pour dénoncer la "répression la plus brutale et la plus sanglante contre des manifestations" depuis des années, selon Londres.

La Maison Blanche avait affirmé lundi que la possibilité de frappes aériennes était toujours sur la table, mais que la diplomatie demeurait "la première option".

Donald Trump a par ailleurs annoncé des sanctions contre les partenaires commerciaux de l'Iran - des droits de douane de 25% prenant effet "immédiatement".

L'Iran reste privé d'internet depuis le 8 janvier. Des défenseurs des droits humains accusent Téhéran de chercher ainsi à masquer la répression.

L'IHR évoque 10.000 arrestations.

"La violence augmente, les arrestations aussi. Les oppresseurs tirent au hasard", relate Kian Tahsildari à Istanbul, relayant le témoignage d'amis à Mashad (nord-est de l'Iran).

Téhéran "prêt à toute éventualité" 

Les liaisons téléphoniques internationales, coupées depuis vendredi, ont été rétablies mardi depuis l'Iran vers l'étranger mais restent précaires, selon un journaliste de l'AFP à Téhéran.

Dans la capitale, les forces de sécurité ont été mardi moins visibles aux principaux carrefours de Téhéran, a-t-il constaté.

Les médias d'Etat diffusent en boucle des images des dégâts et rendent hommage aux membres des forces de sécurité tués.

Les autorités iraniennes ont annoncé la tenue mercredi d'une cérémonie funéraire géante à Téhéran en l'honneur des "martyrs" des derniers jours, en référence essentiellement à ceux-ci.

Depuis le début du mouvement, initialement lié au coût de la vie, le pouvoir dit comprendre les revendications portant sur des questions économiques mais accuse des "émeutiers" pilotés par l'étranger d'être à l'origine des violences.

Mardi, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a affirmé sur Al Jazeera que la décision de couper l'internet avait été prise en raison "d'opérations terroristes" dont "les ordres venaient de l'étranger".

"Nous sommes préparés pour toute éventualité et nous espérons que Washington fera un choix guidé par la sagesse. Peu importe quelle option ils choisiront, nous y sommes prêts", a-t-il ajouté.

Agé de 86 ans, l'ayatollah Khamenei a déjà été confronté à d'importants défis, notamment durant la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, déclenchée par une attaque massive contre les installations militaires et nucléaires iraniennes.

Mais ces manifestations "représentent sans doute le défi le plus sérieux" pour le guide suprême "depuis des années, tant par leur ampleur que par leurs revendications politiques de plus en plus explicites", relève Nicole Grajewski, professeure au Centre de recherches internationales de Sciences Po.

Des analystes jugent cependant prématuré de prédire dans l'immédiat la chute du pouvoir théocratique iranien, soulignant que la République islamique dispose de solides leviers répressifs, à commencer par le Corps des Gardiens de la Révolution.


Des frappes en Iran sont toujours une option pour Trump, selon la Maison Blanche

Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte. (AFP)
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  • La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG
  • "Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef"

WASHNIGTON: Donald Trump envisage des frappes aériennes en Iran pour mettre fin à la répression des manifestations qui secouent la République islamique depuis le 28 décembre, a affirmé lundi la Maison Blanche, ajoutant toutefois qu'une voie diplomatique restait ouverte.

La répression des manifestations en Iran a fait plus de 600 morts depuis le début de la contestation selon une ONG, la République islamique faisant face à l'un de ses plus importants mouvements de contestation depuis sa proclamation en 1979.

"Une chose dans laquelle le président Trump excelle est de garder toutes les options sur la table. Et les frappes aériennes sont l'une des très nombreuses options qui s'offrent au commandant en chef", a affirmé à la presse la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt.

Toutefois, elle a assuré que "la diplomatie (était) toujours la première option pour le président".

Selon elle, une voie diplomatique reste ouverte avec l'Iran, le pouvoir adoptant un "ton très différent" lors de discussions privées avec l'émissaire américain, Steve Witkoff.

"Ce que vous entendez de la part du régime iranien est très différent des messages que l'administration (américaine) reçoit en privé, et je pense que le président veut examiner ces messages", a-t-elle ajouté.

Donald Trump "ne souhaite pas voir des gens se faire tuer dans les rues de Téhéran, et malheureusement, c'est ce à quoi nous assistons actuellement", a également assuré Karoline Leavitt.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a lui déclaré lundi qu'un canal de communication était "ouvert" entre l'Iran et Steve Witkoff, malgré l'absence de relations diplomatiques entre les deux pays ennemis.

Le pouvoir cherche à présent à reprendre la main en faisant descendre dans les rues des milliers de ses partisans, après avoir imposé une coupure totale d'internet depuis le 8 janvier.

Le président américain avait annoncé dimanche qu'une réunion avec des responsables iraniens était "en cours de préparation", sans toutefois écarter l'option militaire. "Nous pourrions devoir agir avant une rencontre", avait-il avancé, en ajoutant que l'armée américaine étudiait des "options très fortes".

 


Partez maintenant! le message des États-Unis à leurs ressortissants en Iran

Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
Cette image, prise le 6 janvier 2026 à partir d'images UGC publiées le même jour sur les réseaux sociaux, montre les forces de sécurité iraniennes utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants au bazar de Téhéran. (Fichier/AFP)
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  • L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention
  • Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité

DUBAI: L'aide à l'alerte qui montre des liens avec les États-Unis peut conduire à la détention.
Les États-Unis ont demandé à leurs ressortissants en Iran de quitter le pays immédiatement, dans un contexte d'escalade des troubles.

"Quittez l'Iran maintenant", a déclaré l'ambassade virtuelle de Téhéran, gérée par le département d'État, dans une alerte de sécurité diffusée lundi, invitant les Américains à planifier leur départ sans l'aide du gouvernement américain.

L'alerte fait état d'une escalade des manifestations, d'un risque de violence, d'arrestations, de perturbations de l'Internet et d'un renforcement des mesures de sécurité.

L'Iran ne reconnaissant pas la double nationalité et traitant les citoyens américains et iraniens ayant une double nationalité uniquement comme des ressortissants iraniens, le fait de montrer des liens avec les États-Unis pourrait conduire à la détention.

Il a été conseillé aux citoyens américains de quitter le pays par voie terrestre, notamment via l'Arménie ou la Turquie, s'ils peuvent le faire en toute sécurité. Ceux qui ne sont pas en mesure de partir ont été invités à rester dans des lieux sûrs, à éviter les manifestations, à faire profil bas et à s'assurer un accès à la nourriture, à l'eau et aux médicaments.

Les États-Unis n'ont pas de relations diplomatiques ou consulaires avec l'Iran. L'ambassade de Suisse à Téhéran joue le rôle de puissance protectrice des États-Unis en cas d'urgence.