Au sommet de Montpellier, dialogue sans concessions entre de jeunes Africains et Macron

Le président français Emmanuel Macron (à gauche) lance un ballon à côté de l'ancien basketteur franco-américain Tony Parker (au centre) et de la jeune ministre française de l'Égalité des genres Elisabeth Moreno (à droite) alors qu'il assiste à un match de basket-ball lors d'un sommet Afrique-France 2021 à Montpellier, le 8 octobre 2021.(Photo, Ludovic Marin/AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche) lance un ballon à côté de l'ancien basketteur franco-américain Tony Parker (au centre) et de la jeune ministre française de l'Égalité des genres Elisabeth Moreno (à droite) alors qu'il assiste à un match de basket-ball lors d'un sommet Afrique-France 2021 à Montpellier, le 8 octobre 2021.(Photo, Ludovic Marin/AFP)
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Publié le Vendredi 08 octobre 2021

Au sommet de Montpellier, dialogue sans concessions entre de jeunes Africains et Macron

  • Dès l'ouverture du sommet vendredi matin, auquel ont été conviés quelque 3 000 personnes, la table ronde «Engagement citoyen et démocratie» a attiré de nombreux spectateurs et intervenants
  • Aucun chef d'État du continent n'a été invité à ce sommet, qui se tient dans un contexte délicat alors que l'influence de la France dans son ancien pré-carré est de plus en plus disputée

MONTPELLIER: Sans complaisance mais avec humour, ils ont fustigé le "colonialisme", "l'arrogance" ou le "paternalisme français": de jeunes Africains de tout le continent ont bousculé le président Emmanuel Macron lors d'un sommet Afrique-France vendredi à Montpellier (sud).

Lors d'une séance plénière électrique et sous des salves d'applaudissements, onze jeunes Malien, Kényan, Burkinabé, Kényan, Camerounais.... ont secoué les usages et interpellé sans ménagement le président français, hôte de ce sommet inédit sans chefs d'Etat africains, privilégiant la société civile.

Défendant sa "sincérité" et niant tout "paternalisme", le président français s'est avoué "bousculé". Mais, au cours d'un dialogue parfois tendu, il a réitéré ses fondamentaux sur les sujets de contentieux soulevés par les jeunes: colonialisme, soutien à des dictatures, inerventions militaires...

"Arrêtez votre discours paternaliste! Nous n'avons pas besoin d'aide, nous avons besoin de coopération", lui a lancé une jeune Malienne, Adam Dicko, n'hésitant pas à interrompre le président.

Un blogueur sénégalais Cheikh Fall, a demandé à la France de "demander pardon au continent africain" pour les crimes de la colonisation. "Et cessez de coopérer et collaborer avec ces présidents dictateurs. Et programmez un retrait progressif et définitif de vos bases militaires en Afrique!", a-t-il lancé à M. Macron.

Adelle Onyango, une jeune ressortissante du Kenya, pays anglophone, a pour sa part sommé le président de s'engager à mettre "fin à la Françafrique" et ses pratiques opaques, et pointé les contradictions d'une France "arrogante", "enlisée dans des questions de racisme" et venant "donner des leçons de démocratie" aux Africains.

Responsabilités des Etats africains

Tout en reconnaissant "la responsabilité immense de la France dans le commerce triangulaire et la colonisation", le président Macron s'est de nouveau refusé à demander pardon, privilégiant "un travail de vérité" et non de "honte de soi et de repentance".

Répondant aux accusations de soutien à des tyrannies et aux critiques sur les interventions militaires, M. Macron a réitéré ses fondamentaux: "la France est là militairement à la demande" des pays africains. Et a renvoyé ces derniers à leurs responsabilités: "c'est pas moi qui vais faire l'école, c'est pas moi qui vais faire la police... jamais une intervention militaire ne remplace le travail d'un Etat", a-t-il lancé.

Avant de lancer lui aussi des piques concernant "ce continent qui est jeune, dirigé depuis trop longtemps par des personnes qui sont vieilles".

Saluant la "part d'africanité de la France" et "la chance d'avoir une diaspora" dont les membres sont "totalement français", a-t-il insisté, le chef de l'Etat a également fait allusion aux débats identitaires qui marquent les débuts de la campagne présidentielle française, et qui ont été pointés à plusieurs reprises par les participants du sommet.

Le panel de jeunes Africains qui ont interpellé le chef de l'Etat français avait été sélectionné à l'issue des dialogues menés pendant des mois à travers le continent par l'intellectuel camerounais Achille Mbembe, chargé de piloter le sommet.

Restitutions

Dès le début de la matinée, les centaines de jeunes participants avaient déjà exprimé leurs attentes, leurs doutes et leurs frustrations lors de tables rondes consacrées à la démocratie, la culture, le sport ou l'entrepreneuriat.

Arrivé en fin de matinée, Emmanuel Macron a déambulé dans les stands et annoncé que la France redonnerait fin octobre au Bénin 26 œuvres d'art provenant du "Trésor de Béhanzin", pillé au palais d'Abomey en 1892 pendant les guerres coloniales.

Il met ainsi en oeuvre un engagement pris en novembre 2018, dans le cadre de cette "nouvelle relation" que la France entend nouer avec le continent et dont les restitutions constituent un des points saillants.

Il a également annoncé la création d'un "Fonds d'innovation pour la démocratie en Afrique", avec une "gouvernance indépendante", une des principales propositions d'Achille Mbembe.

Ce dernier s'est par ailleurs vu confier une mission en vue de  la création d'une maison des mondes africains et des diasporas.

Un fonds d'amorçage doté de 10 millions sera également créé pour aider des entreprises africaines innovantes du secteur du numérique, dans le cadre de l'initiative Digital Africa de soutien aux start-ups africaines.


Budget: "Il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans ce contexte international, affirme Wauquiez

Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
Le président du groupe parlementaire Droite républicaine, Laurent Wauquiez, s'exprime lors d'un débat parlementaire sur le budget 2026 à l'Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement français, à Paris, le 31 octobre 2025. (AFP)
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  • Laurent Wauquiez exclut toute censure du gouvernement, estimant qu’elle serait irresponsable dans le contexte international et budgétaire actuel
  • Le chef des députés LR juge le budget imparfait mais non idéologique, tout en critiquant le manque d’économies et la pression sur les grandes entreprises

PARIS: Le patron des députés LR Laurent Wauquiez a affirmé mercredi qu'il "ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement" dans le contexte international actuel, écartant une censure de l'exécutif de Sébastien Lecornu de la part de la cinquantaine de députés LR.

"Dans le contexte international de danger qui est celui de la France et de menace d'une guerre commerciale, il ne serait pas sérieux de faire tomber le gouvernement et de laisser la France sans budget", a déclaré Laurent Wauquiez devant l'Association des journalistes parlementaires (AJP).

Le patron des députés LR a nié que ce budget soit "socialiste" comme l'a affirmé le patron de son parti Bruno Retailleau.

"Ce n'est pas un budget socialiste, ce n'est pas un budget de droite. C'est un budget qui est le fruit d'une situation politique pleine de tempêtes dans laquelle il n'y a pas de majorité dans notre Assemblée nationale", a-t-il expliqué.

Laurent Wauquiez a estimé que le travail parlementaire de la droite a permis d'éviter "l'hérésie fiscale" du projet de budget initial, tout en reconnaissant que la version adoptée par 49.3 est "imparfaite".

A ses yeux, le "gros point de noir de ce budget" est le manque d'économies sur les dépenses et le "poids mis sur les grandes entreprises".

Laurent Wauquiez a sévèrement taclé David Lisnard, le maire libéral de Cannes, qui a appelé mardi les élus de droite à faire tomber le gouvernement et dont la députée Alexandra Martin, qui porte les couleurs de son parti Nouvelle Energie au sein du groupe LR, a promis de voter la censure.

"Ceux qui veulent censurer ou ne pas censurer, la meilleure façon c'est d'avoir le courage de se présenter aux élections législatives", a affirmé le député de Haute-Loire, en allusion au patron de l'Association des maires de France (AMF). David Lisnard est candidat à sa réélection à Cannes en mars et il a annoncé qu'il se présenterait à la présidentielle l'an prochain, si la primaire à droite qu'il souhaite n'est pas organisée.


La France demande «un exercice de l'Otan» au Groenland, se dit «prête à y contribuer»

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez". (AFP)
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  • "La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française
  • Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan

PARIS: La France veut un "exercice de l'Otan" au Groenland et est "prête à y contribuer", a indiqué mercredi l'Elysée, alors que le président américain Donald Trump répète qu'il veut s'emparer de ce territoire autonome danois.

Ses menaces concernant le Groenland ont jeté un froid dans les relations déjà complexes entre le président américain, qui doit s'exprimer mercredi au Forum de Davos, et les puissances européennes.

"La France demande un exercice de l'OTAN au Groenland et est prête à y contribuer", a fait savoir la présidence française.

Plusieurs pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà envoyé du personnel militaire sur ce territoire pour une mission de reconnaissance en vue d'un exercice danois organisé avec des alliés de l'Otan, mais en dehors du cadre de l'alliance atlantique et donc sans l'implication des Etats-Unis.

Cela avait provoqué la colère de Donald Trump, qui avait menacé ses alliés participant à ces manœuvres d'imposer de nouveaux droits de douane allant jusqu'à 25%.

Le dirigeant martèle que le Groenland, par ailleurs riche en minéraux, est vital pour la sécurité des Etats-Unis et de l'Otan face à la Russie et à la Chine. Un exercice de l'Otan à proprement parler permettrait d'impliquer Washington et d'afficher le fait que la sécurité en Arctique est prise au sérieux par les Européens, juge-t-on à Paris.

Donald Trump, à qui des journalistes demandaient mardi jusqu'où il serait prêt à aller pour acquérir le Groenland, a répondu: "vous le découvrirez".

"Je pense qu'il va se passer quelque chose qui sera très positif pour tout le monde", a-t-il assuré.


G7, Groenland, Russie: Macron face au défi de ne pas rompre le fil avec Trump

Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements. (AFP)
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  • "Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain
  • "Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il

PARIS: Emmanuel Macron tente un coup: il a proposé à Donald Trump un sommet du G7 à Paris avec la présence des Russes, toujours en quête d'un équilibre incertain pour contenir les poussées de fièvre de l'imprévisible diplomatie américaine, entre confrontation et accommodements.

"Mon ami", commence le président français dans un message privé qui n'aurait pas dû être publié mais a été révélé mardi par son homologue américain.

"Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland", poursuit-il.

Il propose d'"organiser une réunion du G7 à Paris jeudi après-midi", et se dit prêt, "en marge" de ce sommet, à "inviter les Ukrainiens, les Danois, les Syriens et les Russes".

Une présence officielle de dirigeants russes à Paris serait inédite depuis le début de l'invasion russe de l'Ukraine il y a bientôt quatre ans. La Russie a été expulsée du G8, redevenu G7, à la suite de l'annexion de la Crimée par Moscou en 2014, même si Donald Trump a plusieurs fois exprimé le vœu de la réintégrer.

La réponse du président américain n'a pas été rendue publique, et rien ne dit à ce stade que ce sommet se fera. Le Kremlin a assuré n'avoir reçu aucune invitation.

Emmanuel Macron estime avoir appris à gérer sa relation avec Donald Trump lors du premier mandat à la Maison Blanche et depuis son retour il y a un an.

Face à des tensions à nouveau au plus haut en raison de la volonté américaine de s'emparer du Groenland, territoire autonome danois, et des menaces de taxes douanières accrues contre les Etats européens qui s'y opposent, le président français tente de jouer sur les codes de la diplomatie disruptive de son homologue.

"Le président Trump aime faire des opérations. J'ai un peu le même tempérament, donc je comprends très bien", avait reconnu Emmanuel Macron en octobre au sujet de ses "coups" qui sèment souvent la sidération.

Accusé d'être trop accommodant il y a deux semaines sur le Venezuela, le chef de l'Etat français est monté en première ligne pour défendre la souveraineté du Danemark et du Groenland, en dépêchant des militaires sur l'île arctique aux côtés de l'Allemagne notamment.

Puis il a été le plus ferme des dirigeants de l'UE à s'élever contre les menaces douanières, en demandant d'activer son "instrument anti-coercition", considéré comme le "bazooka" en cas de guerre commerciale.

Parallèlement, Paris a été le premier grand pays à dire clairement "non" à l'invitation américaine à un "Conseil de la paix" qui ressemble à un substitut de l'ONU, mais totalement à la main de Donald Trump.

Fin de mandat 

Ce dernier a réagi à ce refus en moquant son homologue français, dont "personne ne veut car il va bientôt terminer son mandat", et en agitant le spectre de droits de douane de 200% sur les vins et champagnes.

Hasard du calendrier, cette séquence intervient le jour de la diffusion, prévue mardi sur la chaîne France 2, d'un documentaire dans lequel on voit Emmanuel Macron appeler le dirigeant américain en mai depuis Kiev pour lui dire que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accepté sa proposition de cessez-le-feu. "Prix Nobel pour ça!", "tu es le meilleur", répond l'intéressé.

Les deux hommes, qui avaient cassé les codes, chacun à sa manière, pour arriver aux affaires en 2017, avaient d'abord noué une relation particulière, entre séduction et rapport de forces. Mais la vraie-fausse idylle a depuis connu des hauts mais aussi beaucoup de bas.

A tel point qu'Emmanuel Macron est régulièrement accusé, en France et parfois en Europe, d'en faire trop pour plaire à Donald Trump.

L'ex-président François Hollande a estimé que son successeur à l'Elysée avait tort de vouloir ménager l'Américain "pour essayer de l'influencer" et de "tout faire pour garder Donald Trump sur le terrain européen".

C'est bien la stratégie d'Emmanuel Macron: "garder Trump au plus près de nous" lorsque les intérêts européens sont en cause, sur l'Ukraine, le Groenland ou le commerce. "Gérer ses à-coups" et les poussées de tensions, quitte à avaler des couleuvres, quand monter au créneau serait peine perdue.

"Il pense qu'il faut choisir ses batailles", analyse Célia Belin, chercheuse au Conseil européen pour les relations internationales. "C'est un principe de réalité: quand la gesticulation ne sert à rien, ça nous rend à la limite plus faibles", dit-elle à l'AFP.

Selon elle, "l'Europe a besoin que la France", pays doté de l'arme nucléaire et porteuse par tradition gaulliste d'une voix à part, "se mette plus en avant dans la confrontation avec Trump".